• Cambodge Episode 2 : Battambang et l'école d'art de Phare Ponleu Selpak


    Du 4 au 11 juin 2009 (215 km)

    Pendant 3 jours, nous avons arpenté Angkor Vat dans une atmosphère plutôt pluvieuse. Nos ballades étaient souvent interrompues par de grosses averses.

    Le 4 juin, nous faisons demi-tour. Nous avons décidé de rendre visite tout de suite à l'école de cirque de Battambang et pour nous y rendre, nous devons contourner le grand lac Tonlé. La journée est terrible ! Nous quittons Siem Reap sous une pluie fine pas trop désagréable. Au bout de 20 km, la pluie s'arrête et laisse place à un vent de face qui ne fait que s'intensifier. Malgré nos vélos couchés nous sommes quand même beaucoup ralentis et la vision de cette route droite jusqu'à l'horizon, dans cet univers plat et sans arbre nous fout le moral à zéro.
    Vers midi, nous faisons une pause sous un abri en béton, au milieu de nulle part. C'est très propre et carrelé par terre. Sur les deux murs qui nous protègent du vent, une fresque du Bouddha sur sa fleur de lotus, veille sur nous. Au menu, un pain de campagne à la française acheté à Siem Reap. Vraiment très bon, on dirait presque un Bio, c'est génial, nous avons les papilles hyper-sensibles, le cerveau en transe et l'estomac qui en redemande. Seul ombre au déjeuner, la ''vache qui rit'' étalée sur le pain. C'est français aussi mais c'est tout sauf du fromage. Après cette petite pause, retour dans la galère. Nous appuyons aussi fort que possible sur nos pédales en essayant de penser à autre chose. Le vent de tempête nous apporte des nuages menaçants. Juste après la traversée d'un village le vent tourne et nous l'avons en tempête dans le dos pendant quelques secondes seulement. Rapidement, nous sentons l'odeur de la route mouillée et enfin, le déluge au loin qui avance vers nous tel un monstre. A peine le temps de faire demi-tour, ''la vague de tsunami'' nous rattrape. Nous fonçons sous l'abri en taule d'une boutique de bord de route. La jeune fille n'a pas le temps d'être effrayée de voir deux vélos foncer droit sur elle que le ciel tombe sur les 4 mètres carrés de taules qui nous protège. La pluie s'abat sur nous avec une violence phénoménale.

    Cédric : '' Dans ce tout petit abri de fortune, Alice a réussi à se mettre dans un coin sec, mais moi, tel Pierre Richard, je me retrouve sous un coin de taule plein de trous. Au début, comme à la flûte, j'essaie de boucher les trous, mais très vite je me rends compte que ça ne sert à rien, j'ai des crampes dans les bras et puis je suis déjà trempé.''

    Après la pluie, pas de soleil, mais toujours ce satané vent de face. Le soir arrive et nous pédalons encore. La nuit arrive et nous pédalons toujours. Sur les derniers 20 km, ce sont les vers luisants volants qui nous guident. Le vent s'est calmé, mais nous n'avons plus la force d'appuyer sur les pédales. Au bout de 110 km, à une vitesse moyenne de 10 km/h, nous arrivons enfin chez notre ami Wendy à Sisophon. Il nous accueille comme s'il nous attendait et nous rassure alors que nous sommes tout honteux d'arriver à une heure si tardive. Nous utilisons nos dernières forces pour discuter avec lui et tenir nos yeux ouverts. Écrasés par la fatigue, nous finissons par nous écrouler sur la planche de notre lit dehors, sous une moustiquaire. Le temps de fermer les yeux et nous nous endormons sans avoir le courage de faire taire les rats qui se bastonnent juste à coté de nous pour un reste de viande.

    Le lendemain matin, c'est à peine remis de notre étape de la veille que nous partons pour Battanbang, en espérant avoir suffisamment la forme pour y arriver en une seule étape de 85 km. La route numéro 5 à l'Ouest de grand lac Tonlé est très poussiéreuse et avec ce flot continu de cars qui roulent comme des dingues, nous ne nous sentons pas vraiment en sécurité. Nous comprenons le code de la route cambodgien qui consiste à laisser la priorité au plus gros véhicule. Par exemple, si un 4x4 arrive en face et qu'un bus veut nous doubler et qu'il n'a pas l'espace, c'est à nous de sauter dans le fossé et ce n'est même pas la peine d'essayer de s'imposer et de faire ralentir le boulet de 15 tonnes car il ne pourra et ne voudra pas ralentir sa course folle. Pendant une pause rafraîchissement dans les toilettes d'une station service, nous rencontrons un monsieur suisse cambodgien qui après avoir fuit les Khmers rouges et travaillé 30 ans dans la poste suisse, a décidé de revenir prendre sa retraite au pays. Il nous parle du Cambodge qu'il connaissait avant de partir et du pays d'aujourd'hui. Le business des mines anti-personnelles ''made in France, Chine, ou Malaisie''. Il nous raconte quelques horreurs sur le monde selon Pol Pot, ce qui nous donne la nausée. Après cette pause instructive, nous reprenons la route et vers midi, alors que nous cherchons un endroit où manger, nous ne trouvons que des gens très bizarres. Le premier petit restaurant veut nous vendre une assiette de riz 5 fois son prix, un gars vient derrière Cédric et lui donne une grande tape dans le dos, comme ça, pour rien. Plus loin, un autre restaurant veut nous servir de la viande alors que nous demandons le prix d'une assiette de riz. Nous faisons des mîmes très clairs, nous parlons Khmer, nous montrons de l'argent, mais les gens de ce magasin ne semblent pas, ou ne veulent pas comprendre. Pendant ce temps derrière notre dos, un autre mec passe et nous arrache des bananes que nous avions accrochées sur nos sacoches. Le gars nous fait un grand sourire en épluchant une banane et en la mangeant sous nos yeux l'air de dire ''Regardez, bande de gros barang (étrangers), je vous vole votre bouffe, je la mange sous vos yeux et j'en ai rien à foutre car je vous em...''. Nous lui demandons de nous dire merci et de nous payer les bananes mais le gars nous tourne le dos et s'en va fier de lui. A ce moment nous repensons au suisse de ce matin qui nous expliquait que Pol-Pot voulait exterminer tous les intellectuels du pays!  En remontant sur nos vélos, nous passons à proximité du voleur qui en nous voyant nous lance un regard de tueur et fait tourner un sac à bout de bras en essayant de nous le lancer à la figure. Dans cette petite ville, les hommes parfois nous hurlent dessus comme des bêtes. On se demande ce qui s'est passé ici et quels traumatismes profonds y a t'il dans la tête de ces gens. Ceci dit, les cambodgiens ne sont pas tous comme ça et nous rencontrons sur le bord de la route une majorité de gens adorables, honnêtes et généreux.

    En milieu d'après midi, nous arrivons enfin à l'école de Phare Ponleu Selpak et c'est Youri qui nous  fait  visiter l'école.

    1400 élèves de la maternelle au lycée fréquentent l'école publique qui est sur place. A coté, il y à l'école des arts où les enfants choisissent en fonction de leur préférences. L'enfant qui aime faire des blagues ira dans la classe des clowns ou dans le groupe de théâtre. Celui qui fait des galipettes sur le toboggan ira naturellement vers les acrobaties du cirque. Celui qui est plus calme et aime avoir un crayon dans les mains ira dans la classe de dessin. Celui qui tape sur sa table en classe ira naturellement aux cours de musique. L'enfant qui reste scotché devant le magasin d'informatique ira avec le groupe d'infographistes. Celui qui aime le dessin et l'ordinateur pourra s'épanouir en réalisant des dessins animés pour des ONG faisant la prévention sur le SIDA ou la préservation de l'eau, etc . En parlant d'eau potable, l'école de cirque possède son propre centre de purification de l'eau car c'est un problème majeur en Asie du Sud Est. Il y a de l'eau partout mais elle n'est pas potable. Alors pour subvenir aux besoins de l'école et vendre le surplus pour se faire un peu d'argent, l'association ''1001 fontaines pour demain'' a mis en place cette station. L'eau d'un étang est traitée, filtrée et mise dans de gros bidons consignés. Sur le site de l'école, une maison est habitée par plus de trente enfants qui sont sans parents ou bien qui ont été abusés ou issues de familles extrêmement pauvres.

    Pour faire fonctionner toute cette structure, il y a de nombreux volontaires qui viennent souvent de France ou des environs. Nous avons rencontré entre autre Youri de Belgique, Pascale, Xavier et Vanessa de France, Leila d'Algérie, Dan de Hollande...

    Cette école fonctionne très bien et connait un succès grandissant. Certains élèves du cirque sont professionnels et vont tourner à l'étranger, en Europe et même à Châteauroux dans le Berry!
    Ce qui est intéressant aussi, c'est que tous les groupes sont interconnectés. Par exemple, pour un spectacle de cirque, le groupe de musiciens interviendra pour  créer la musique. Les groupes d'infographistes et dessinateurs réaliseront les affiches, etc.
    Un dernier point intéressant, c'est la rémunération directe des élèves car pour chaque oeuvre ou billet vendu, ils perçoivent une partie des recettes. Dans un pays où certains parents préfèrent envoyer leurs enfants travailler à ramasser les déchets dans la rue plutôt que de les envoyer à l'école. Le fait qu'à Phare Ponleu Selpak les élèves puissent apprendre et rapporter un peu d'argent à la maison, incite les parents à les envoyer à l'école.

    Pour plus d'information sur cette école, voici leur site  ICI

    Alice : ''Nous avons beaucoup aimé cette école et d'ailleurs, nous y sommes restés plus longtemps que prévu, car Cédric est tombé malade la nuit avant de repartir. Nous dormions dans notre tente installée sur un balcon de l'école et pendant toute la nuit, Cédric a eu une énorme fièvre, en plus de la chaleur ambiante. Au petit matin, il a pris des cachets pour faire descendre la fièvre et nous nous sommes installés dans une chambre réservée aux travailleurs volontaires de l'école. Bandol vient nous voir et nous explique que tous ceux qui viennent travailler dans cette école tombent malades comme cela. Selon lui il ne faut pas s'alarmer et si Cédric tient à rester en vie, il vaut mieux éviter d'aller à l'hôpital voir un médecin qui lui fera des examens pour lui vendre tout un tas de traitements et de soins pour tout sauf la maladie dont il souffre. Pascale vient nous voir et nous propose d'aller nous installer dans une chambre qu'elle loue chez une vieille chinoise. Nous déménageons 300 mètres en dehors de l'école et nous écoutons les conseils de Pascale concernant la fièvre. Selon elle, avec la chaleur qui règne dans ce pays, il ne faut surtout pas laisser la fièvre s'installer et donc prendre des médicaments dès que la température remonte et se rafraîchir dans l'eau aussi souvent que possible. Lorsque Cédric va un peu mieux, nous sommes invités chez Bandol pour un repas en compagnie des salariés et bénévoles de l'école. Au menu, une soupe au milieu des convives chauffe doucement, on l'agrémente de mousse de soja, de légumes, de nouilles, de crevettes panées et de boulettes de viande pour les carnivores. Dan qui pense à tout à ramené une bouteille de rouge. C'est un vin du Chili mais on dirait presque un mélange de Cahors et de Bordeaux. C'est bon et ça nous rappel la France quand même.''

    Cédric : ''Lorsque la fièvre est définitivement tombée, nous avons découvert qu'en fait elle était le signal de départ d'une énorme diarrhée qui aura été très dure à combattre et à faire disparaître. Vu l'hygiène du stand auquel nous avions mangé dans le marché de Battambang, avec les rats qui se promènent au milieu des fruits et légumes suspendus au dessus d'un bouillon de culture, il est probable qu'une fois encore le germe pathogène est frappé Pierre Richard n°2. N'empêche que cette fois ci, je préfère prendre un abonnement aux toilettes plutôt que de me droguer aux antibiotiques. Alors forcément, c'est un peu long à rétablir.''

     

     

    « Cambodge Episode 1 : De Poipet à Siem Reap et les vieux temples khmersCambodge Episode 3 : Phnom Penh, l'accueil extraordinaire de Key et le goût de France »

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :