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Portrait de Planète
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Cédric et Alice.
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Du 21 au 27 mai 2009 (358 km)
Nous quittons Bangkok le 21 mai dans un nuage de pollution absolument dément. Coincée entre les bâtiments et sous les routes aériennes, la fumée ne peut pas s'échapper et stagne dans ce tunnel. Nous souffrons terriblement et rapidement, nous avons très mal à la gorge. La chaleur en prime, la journée se termine par un bon mal de tête. Après 104 km, nous sommes loin de la capitale thaïlandaise. Nous avons pédalé dans des zones industrielles, des zones agricoles industrielles et des résidences pour riches, ultra-sécurisées. Comment des gens peuvent-ils prendre plaisir à vivre là dedans? C'est moche, les pavillons sont tous les mêmes, collés les uns aux autres entourés de rangées de fils barbelés. Le soleil presque à l'horizon éclaire les nuages noirs. On ne sait absolument pas où dormir à l'abri. Des gens nous indiquent la direction d'un temple. Nous y allons et nous trouvons les moines en train de purifier par le feu tous leurs emballages plastiques. Un nuage de fumée toxique enveloppe le temple. Dans une longue apnée, nous faisons demi-tour. A bout de nerf, la migraine de plus en plus forte, nous demandons à une école de nous héberger pour une nuit. Le gars nous renvoie vers un hôtel de luxe situé à un grand carrefour. Nous y allons sans savoir comment nous allons pouvoir négocier une chambre à un prix raisonnable. Le tonnerre commence à gronder lorsque les deux résidus de crasse et de sueur que nous sommes, pénétrons le grand hall du ''Grand Royal Hôtel''. Le prix de la chambre est naturellement exorbitant et non négociable. A tout hasard, nous demandons s'il n'y aurait pas de simples chambres sans télé et sans air conditionné. La fille nous propose par miracle une chambre à 5 euros avec télé et ventilateur. Sans hésiter une seconde nous disons oui. Le jeune garçon d'hôtel vient nous débarrasser les vélos et s'occupe de tout. Nous voulons l'aider mais il veut absolument tout prendre en charge jusqu'à l'installation de nos bagages dans la chambre, l'allumage de la télé et du ventilateur. Dehors, les éclairs illuminent la nuit et la pluie s'abat très violemment, inondant temporairement le marché aux poissons, situé au pied de l'hôtel, sous nos fenêtres. Peut-être que quelques survivants ont pu profiter de cette occasion pour reprendre leur liberté.
Le lendemain matin, nous profitons du buffet de l'hôtel pour prendre un énorme petit déjeuner ! Tout y passe !!! Au milieu des hommes d'affaires déjeunant en cravate costard, deux français en short et sandales s'empiffrent comme des ogres. Assiettes de riz et légumes vapeurs, salade de fruits, morceaux de pastèque, pain de mie grillé, beurre et confiture. A part la viande, nous mangeons de tout dans des proportions phénoménales. L'objectif étant de nous remplir le ventre pour la journée. Résultat, en 3 jours nous parcourons les 250 kilomètres jusqu'à la ville frontière. Le dernier jour de vélo en Thaïlande est sans aucun doute le plus beau et le plus agréable de tout notre séjour en ce pays. Nous quittons les grandes routes polluées pour des chemins de terre rouge. Le paysage devient enfin vraiment rural. Les gens sont heureux, gentils sincères. Les enfants jouent dans les ruisseaux. Nous nous arrêtons boire un verre d'eau fraîche dans un petit bistrot au bord de la route. Une femme nous emmène chez son frère, un ancien militaire reconverti en paysan pêcheur, qui vit au bord de ses deux étangs. Ils nous font déguster des noix de coco qu'ils cueillent pour nous, puis avant de repartir, ils nous offrent mangues et ananas du jardin.
Cédric : ''Arrivés dans la ville frontière, j'ai le pied gauche qui a doublé de volume et qui est très douloureux. C'est un simple petit bouton de moustique qui à frotté en permanence sur la sandale. Le pied est infecté. Un petit message internet à notre docteur Claude qui nous répond qu'à ce stade il faut de suite commencer un traitement antibio avant que l'infection ne s'étende et se généralise. Il faut aussi se reposer et faire des pansements sur la plaie avec compresses et bétadine. J'ai beaucoup de mal à marcher et la plaie est vraiment très laide donc pour le repos, pas de problème. L'antibiotique fait vite son effet. Sans attendre la fin du traitement nous partons vers le Cambodge.''
Pendant ce bref arrêt de trois jours dans cette petite ville, nous avons eu le temps de sympathiser avec quelques habitants. Le premier soir, nous rencontrons Julien, un baroudeur originaire de la région des chtits et qui voyage un peu partout dès qu'il a économisé assez d'argent. Il ne vit pas ici, juste de passage en allant au Cambodge. Ensuite nous avons rencontré Anne-Tiphaine qui est française et prof d'anglais dans une école de la ville. Elle avait l'air aussi contente que nous de pouvoir passer une soirée à discuter en français. Parmi nos nouveaux amis thaïlandais dans cette ville, il y a 3 commerçants. Tous les midis, nous mangeons sur le trottoir chez une dame adorable qui nous prépare un délicieux Kao-Pat sans viande. A chaque fois qu'elle nous voit elle est très heureuse et veut parler avec nous. Ensuite tous les soirs, c'est le même rituel, nous allons manger dans la rue chez des commerçants tellement contents de nous revoir chaque soir qu'ils nous offrent quelque chose en plus du Pat-Thai (nouille frites). Sans le faire exprès, nous nous asseyons toujours à la même table, situé devant un magasin où tous les soirs, un couple de lesbiennes s'enfilent une petite bière fraîche devant les conneries de la télé, de leur magasin de fringues pour bébé. Après notre assiette de pâtes, nous allons chercher sur le trottoir d'en face un roti gkoèr (crêpe à la banane). Le vieux couple cuisine avec une synchronisation parfaite. Ils ont du passer leur vie à s'entraîner. Pendant que la grand-mère gère les ingrédients et le service, le grand père prépare la plaque chauffante puis la cuisson.
Nous sommes tristes de partir de cette petite ville qui nous a offert un court instant, le plaisir des petites habitudes et la monotonie des jours qui se suivent et se ressemblent. Cette vie de sédentaire nous a bien reposés, même si nous savons qu'elle nous aurait vite ennuyés.
Après avoir galéré pour changer notre monnaie thaïlandaise et obtenir notre visa, en bravant toute cette faune de types qui voulaient nos dollars en échange d'un visa double du prix, enfin, ça y est : A NOUS LE CAMBODGE !!!
Publié par alice.cedric à 07:02:11 dans Carnet de route | Commentaires (1) | Permaliens
Du 17 au 20 mai (35 km)
Alice : ''Après cette nuit agitée et folklorique, nous arrivons à Bangkok, des valises sous les yeux. Nous allons manger, un kao pat (riz, légumes) pas tip-top, et direction l'hôtel. Je pédale pour deux car je dois remorquer Cédric sur son vélo sans chaîne. Sur les boulevards et dans les ruelles commerçantes de Bangkok, nous essayons d'éviter tous les obstacles qui se dressent devant nous. Vivement que ce soit réparé !''
Une fois dans ce petit hôtel pas cher, une douche revigorante, une petite sieste sous le ventilateur et hop, nous revoilà sur pied.
Cédric : '' En souvenir du coiffeur Thaïlandais qui avait fait vraiment n'importe quoi de ma tignasse, Alice décide de se couper les cheveux toute seule. Je l'aide un peu et le résultat n'est pas trop mal.''
Le lendemain, nous nous occupons de nos vélos. Nous trouvons un bon petit magasin ''vélo Thailand'' où nous faisons changer les chaînes de nos deux vélos, ainsi que nos cassettes. Les dérailleurs sont encore potables (même si le mien à bien morflé lors des nombreuses casses de la chaîne et le dérailleur du vélo d'Alice semble un peu rouillé). Nous aurions bien fait changer aussi nos pédaliers pour avoir des plateaux plus petits, mais nous ne sommes pas près à investir autant d'argent. Déjà, nous en avons pour 120 Euros, à cause notamment des chaînes qu'il faut acheter par trois pour nos vélos couchés. Le magasin nous offre la main d'oeuvre. C'est un sacré beau cadeau car le mécano s'y connait plutôt bien en mécanique cycle. Il passe une journée entière sur nos vélos à essayer de tout remettre en ligne. Son obsession nous fait plaisir, il faut dire que ce jeune homme est un passionné par le vélo en condition extrême, du genre de ceux qui dévalent les montagnes en lignes droites. Alors forcément, la mécanique à plutôt intérêt à être bien réglée et solide.
Nous repartons sur de nouveaux vélos, même si le mien craque toujours comme un vieux rafiot dès que j'appuie un peu sur les pédales.
Juste avant de plier bagages, nous faisons plus ample connaissance avec une famille française qui logeait dans la même auberge que nous. Le père Manu, la mère Flo et le fils Matéo, sont partis à l'aventure du bout du monde après avoir tout quitté en France. Chacun son sac à dos et oui, il en faut peu pour être heureux, il faut se satisfaire du nécessaire.
Publié par alice.cedric à 06:56:27 dans Carnet de route | Commentaires (0) | Permaliens
Du 15 au 17 mai 2009 (85km)
Le passage de la frontière est assez désagréable. Tout le monde porte un masque à cause de l'angoisse de la grippe du cochon. On nous promène de guichet en guichet car à notre insu, nous devenons acteurs d'un reportage de propagande pour la télé thaïlandaise. Le policier que l'on voyait complètement avachi sur sa chaise, s'est réveillé à la demande des journalistes. Les voitures qui traversaient la frontière sans contrôle particulier, se sont vues soudainement fouillées de fond en comble. Avec d'autres braves gens, nous avons été mis en ligne derrière un guichet, le temps des prises vidéo. Ce spectacle nous a bien fait rire. Ensuite, comme nous passons la frontière avec des vélos, on ne peut pas dire que nous soyons piétons, mais on ne peut pas dire non plus que nous soyons automobilistes. Par conséquent, aucun douanier ne veut prendre la responsabilité de tamponner nos passeports. Finalement, en insistant lourdement sur un vieux grincheux, ça marche quand même. Nous voici dans la ville frontière.
Le passage d'un camion citerne aspergeant la route et les trottoirs de désinfectant, a bien failli nous arroser aussi. Nous avons eu le réflexe de tourner dans une ruelle. Du coup, nous avons fait une promenade dans ce gros bordel. Car en vérité, il ne faut pas croire ce que disent les affiches. Toutes les boutiques de cette ville frontière ne sont pas des karaokés. Le nom karaoké sert juste à masquer le gros bordel de derrière. Toute la ville est comme ça, pleine de bordels principalement à destination des gens qui viennent de Malaisie.
Nous fuyons cet endroit pour nous réfugier bien vite dans un hôtel de la ville d'après. Nous arrivons juste à temps avant le déluge. Pas vraiment le choix, entre un hôtel à prostituées et un hôtel ultra-sécurisé. On n'a jamais vu une parano pareille. Nos passeports sont confisqués, il y a des caméras partout qui nous filment même dans l'obscurité. Pour entrer dans l'hôtel, il y a un digicode. Dans la chambre, il y a un balcon protégé de l'extérieur par de vrais barreaux de prison.
Alice : ''Notre deuxième jour de retour en Thaïlande, nous pédalons jusqu'à Hat Hay. Une fois dans les murs de la ville, la chaîne de Cédric recasse pour la énième fois. Heureusement, à trois rues d'ici, il y a un réparateur de vélo. Manque de chance pour nous, il s'agit d'un chinois mal aimable, qui ne veut pas nous aider en invoquant une raison simple, il n'a pas de matériel. Après avoir un peu insisté, il nous trouve comme par miracle un dérive-chaîne. Mais il faut l'acheter à un prix exorbitant, non négociable alors que c'est exactement la même pacotille que celle qui a cassé en Malaisie. Il nous prend vraiment pour des Charlots! Nous mettons la chaîne dans un sac plastique et nous allons à la gare. Il reste deux places en troisième classe pour Bangkok, c'est parfait pour nous. Le train est à 15h.''
Le train thaïlandais en troisième classe, c'est une expérience inoubliable. Assis sur une planche, avec un dossier du même matériau bien fixé à l'équerre, le confort! Et c'est parti pour 19h de train, accompagnés d'une paire d'alcooliques et d'un moine bouddhiste aux allures de vieux gangster. Les alcooliques picolent comme des trous et le moine fume comme un pompier alors que c'est interdit dans le wagon! Va comprendre Charles!
Les 2 saoulots piquent des crises de nerf et pissent leurs bières par la fenêtre ou par la porte grande ouverte pendant que le train roule! Quand le train les secoue trop fort, ils gueulent après les vaches dehors, comme si c'était de leur faute. Un couple de lesbiennes est assis en face de nous, l'une des deux filles a la tignasse qui prend feu à cause du retour de mégot de l'un des ivrognes. Tout le wagon observe les deux gugusses en espérant qu'ils finissent par tomber du train ou s'endormir. Finalement, le coma éthylique les emporte. Ouf, un long sommeil va nous débarrasser d'eux jusqu'au petit matin. Pendant leur sommeil profond, il y en a un qui bave dans ses bottes. L'autre rentre ses pieds dans le ventre de son copain. Dans la nuit les deux filles descendent du train. Elles sont remplacées par un garçon tout fin et très efféminé et puis un gros bonhomme qui prend toute la place. La nuit, pour autant vous dire fut assez courte. Le gros monsieur d'en face remue tout le temps sans parvenir à trouver une position confortable. Il essaye de se faire tout petit mais vu sa corpulence, ce n'est pas évident. Il s'achète à manger et jette tous les emballages par la fenêtre, non!!! Hélas, il n'est pas le seul presque tout le monde fait cela! Le cauchemar! En France, heureusement, cette habitude se perd. Les sacs plastiques se font plus rares. Ici tout est suremballé, les petits sacs sont mis dans des plus grands et ainsi de suite. Gaspillage et pollution vont de paire. Quand nous refusons des sacs, les gens sont soit surpris, soit nous remercient.
Publié par alice.cedric à 06:52:06 dans Carnet de route | Commentaires (0) | Permaliens
Du 8 au 15 mai(376 km)
A force de respirer la fumée au milieu de tous ces camions, nous avons très mal à la gorge et un drôle de goût dans la bouche. Dans le ferry qui nous emmène à George Town, sur l'ile de Penang, nous sommes les deux seules personnes se déplaçant sur des véhicules non motorisés. Autour de nous des centaines de motos prennent le bateau.
Cédric : ''Nous sommes serrés comme des sardines, je me brûle la jambe sur un pot d'échappement.''
Descendus, du ferry, nous filons « de suite » à l'ambassade thaïlandaise. Manque de bol, elle est fermée exceptionnellement aujourd'hui vendredi, c'est l'anniversaire du Bouddha. Revenez lundi !
Nous avons tout le week end pour nous reposer et visiter l'île. Nous allons dans le quartier indien. L'odeur de la cuisine et des encens, les gens et le bruit, tout cela nous rappelle effectivement l'Inde, à ce détail près, c'est qu'ici, c'est beaucoup plus propre et qu'il n'y a pas de vache dans les rues. Pour nous changer les idées et nous faire plaisir, nous allons au cinéma. Au programme, un film indien excellent et très drôle. Les paysages sont magnifiques tout comme la musique et les chorégraphies. Un vrai moment de détente. Par contre pendant tout le film, de gros rats n'ont pas arrêté de courir dans les allées et sous les sièges. Impossible de mettre les pieds par terre sans que l'une de ces bestioles vienne renifler et chatouiller nos orteils. Il faut dire que sur l'île, ces rongeurs sont rois et vivent au grand jour. Ils sont sûrement beaucoup plus nombreux que les humains et donc, ils n'ont plus peur de se montrer. Nous les voyons partout tout le temps, dans les restaurants, les cuisines, au pied des poubelles, dans les caniveaux, sous les voitures, dans les pots de fleurs, sur les toits des maisons et ... dans les salles de cinéma.
Le dimanche, en allant faire du vélo autour de l'île, nous croisons de très nombreux cyclistes. Nous parlons avec plusieurs d'entre eux et nous nous arrêtons avec un groupe attablé à la terrasse d'un café. En fait, ils nous expliquent que les cyclistes sont très nombreux par ici et que tous les dimanches, ils se regroupent et traversent le Nord de l'île jusqu'au parc naturel. Ils prennent le petit déjeuner ensembles tous les dimanches matin et ils font pression sur le gouvernement pour qu'il prenne en compte le déplacement à vélo. Cette route sur le littoral pourrait être très agréable pour les cyclistes si il y avait une vraie piste cyclable, car pour le moment la circulation est plutôt très dangereuse et dissuasive. Nous suivons le groupe qui nous invite à aller boire un jus dans la ferme des fruits, située à quelques kilomètres, au milieu de la forêt dans les hauteurs de l'île. Nous arrivons dans une ferme spécialisée dans les fruits exotiques et ô surprise, en conversion à l'agriculture biologique ! Pour ce dimanche matin, cela nous fait deux belles surprises. La ferme future Bio et les cyclistes écolos ! Il y a même un membre du groupe qui refuse de se déplacer autrement qu'à vélo. Il n'a ni voiture, ni moto. L'été prochain, un grand rassemblement organisé sur l'île devrait rassembler entre 3000 et 4000 cyclistes. Le but, continuer à faire pression en faveur du vélo comme mode de transport non polluant, conviviale et bon pour la santé.
De retour à Georges Town, nous allons visiter le jardin botanique.
Cédric : ''Quel potentiel ! Je me vois bien travailler là dedans. L'entretien laisse effectivement à désirer. Beaucoup d'énergie utilisée à tondre l'herbe sur de grands espaces à la manière d'un golf, alors que des arbres et des jardins japonais demanderaient de l'entretien et une rénovation sérieuse. Si je travaillais dans ce jardin, j'utiliserai des matériaux naturels pour faire les contours de certains massifs à la place des fers de béton armé utilisés actuellement. Pour moi, le travail commence à me manquer. Cela fait si longtemps que je n'ai pas eu un outil entre les mains.''
Dans la maison du jardin botanique, nous rencontrons une femme formidable qui nous parle de la CAP (Consumers Association of Penang), l'association de consommateurs de Penang. Elle nous montre toute une série de livrets édités par l'association. Que ce soit sur les cosmétiques toxiques, l'alimentation, le vélo, les changements climatiques ... Tous ces petits guides sont clairs et assez engagés. On peut noter juste qu'il n'y a rien sur l'industrie du palmier à huile, ce qui est compréhensible puisque, si une voix s'élève contre un projet du gouvernement, ce dernier la fera taire rapidement de manière définitive. Nous avons bien compris, qu'ici en Malaisie, on ne doit surtout pas critiquer un projet du gouvernement. Même si à quelques kilomètres de la frontière thaïlandaise, en nous arrêtant boire un dernier jus de citron glacé, nous nous arrêtons dans une petite échoppe au bord de la route tenue par un vieux couple de malais. Ils sont gentils et très vite, après avoir discuté des vélos, du voyage et de la France, la conversation se tourne sur la Malaisie. Ashim le vieux musulman nous confie que d'après lui les vrais terroristes sur cette terre, ce sont les hommes politiques qui se permettent de détruire l'environnement de millions de familles qui vivaient grâce à la forêt. Ici par exemple, la route à été faite en 2001. En même temps tout à été déforesté et puis après replanté en hévéas et palmiers. Maintenant, ils vivent au bord du goudron et gagnent de quoi vivre en faisant à manger aux gens qui circulent entre la Thailande et la Malaisie.
Derniers kilomètres avant la frontière, une publicité de monsieur Sime Darby qui fait aussi de la recherche génétique sur le maïs.
Nous quittons la Malaisie avec la certitude de ne pas avoir fait ce détour pour rien. Nous avons vu de près la destruction de la planète et l'industrie qui en est responsable. Nous savons que des gens mauvais travaillent très dur pour le plus grand malheur de l'humanité. Mais nous avons également été témoins de la beauté de la planète; dans la mer bleue turquoise habitée par des poissons multicolores, des tortues tranquilles et des requins pacifiques; dans ce qui reste de la forêt primaire tropicale humide, avec ses espèces animales et végétales qui restent à découvrir et à aimer.
... et même si c'est dur, dans les prochains récits c'est promis, nous essaierons d'être plus positifs...
Publié par alice.cedric à 06:49:13 dans Carnet de route | Commentaires (0) | Permaliens
Du 03 au 07 mai 2009 (381 km)
Nous repartons de Kuala Lampur en espèrant voir des horizons plus paisibles et plaisants. Nous avons décidé de ne pas aller en Australie, non seulement parce que nous n'avons pas assez d'argent et de temps, mais aussi parce que toutes ces démarches modernes comme le visa électronique nous rebutent et que nous voulons garder une partie d'intimité. Nous avons un peu peur par exemple, de nous faire refouler à l'entrée d'un Mc Donald, parce que l'ordinateur a détecté notre passeport biomérique et que d'après les informations qu'ils ont, nous sommes plutôt des militants fervents défenseurs de la bonne bouffe et que par conséquent, par mesure de sécurité, nous ne sommes pas autorisés à rentrer dans un Mac Donald. De plus les frites grasses ne fourniraient pas l'apport énergétique approprié à nos besoins de cyclistes à vélo couché. Ceci est, bien sur, une fiction, car franchement, qu'est ce que vous voulez qu'on aille faire dans un Mc DO ? Pour le reste c'est très très près de la réalité.
Nos chemins se séparent avec les cyclos-cool qui s'en vont vers Singapour, tandis que nous retournons vers la Thaïlande.
Nous pensions avoir vu le pire avec les grandes zones déforestées et replantées en palmiers à huile au centre de la péninsule. Mais ici, à l'ouest du pays, c'est encore pire !!! Nous ne sortons jamais des palmeraies et nous nous faisons doubler toute la journée par de gros camions chargés de noix, direction la raffinerie. Sur les grands ponts au dessus des fleuves, l'altitude nous permet d'avoir une vue panoramique de la catastrophe. A 360 DEGRES, IL N'Y A QUE DU PALMIER A HUILE !!!! Aussi loin que notre regard puisse se porter, nous ne voyons qu'un océan vert et plat !!! Jamais notre moral n'a été aussi bas. Nous n'avons rien d'autre à faire que pleurer avec le sentiment d'être arrivés trop tard. Dans la petite ville de Sabak, nous rencontrons une chinoise, Malaisienne depuis plusieurs générations. Elle se fait appeler par son nom occidental, Catherine. Nous passons toute la soirée ensembles. Elle nous fait visiter son village et elle finit par nous parler de son environnement. Elle nous explique qu'il y a douze ans seulement, la forêt à été rasée, les arbres vendus, les routes tracées, les bâtiments de ville construits et les palmeraies plantées. Avant cela, elle vivait avec sa famille dans une petite maison, en bois, sur pilotis, dans la forêt primaire. Le seul moyen de locomotion qui existait était le bateau car les cours d'eau étaient les seules voies de communication. Nous lui faisons la remarque que maintenant, elle doit être contente de pouvoir se déplacer librement et d'avoir accès à tout ce qu'elle veut. Sa réponse est claire : ''c'est sûr que maintenant c'est beaucoup plus moderne, qu'il y a beaucoup plus de choses, de magasins, mais c'est aussi beaucoup plus pollué, moins beau et la nature à été détruite''. A la dernière question ''Ben alors, tu préfères avant ou maintenant ?'', Sans aucune hésitation et avec certitude, elle nous répond : ''je préfère avant bien sûr, mais il est trop tard''.
Parfois au bord de la route, il y a le nom du propriétaire. Très souvent, c'est celui de Sime Darby qui revient. Nous apprenons par les journaux locaux et par nous même, que ce monsieur est un très très gros propriétaire de palmeraies. Il nous fait beaucoup penser à EDF et le nucléaire, ou bien à Total et toutes ces grosses entreprises qui dépensent beaucoup en publicité pour raconter des mensonges énormes aux gens. Si vous voulez un exemple très concret, nous en avons un beau.
Sur un journal malaisien, il y a un gros dossier sur l'environnement et la crise climatique mondiale. Monsieur Sime Darby qui lave plus vert que les verts a payé une grosse page, pour mettre une publicité. L'image représente une Chouette Effraie en plein vol et le texte qui va avec pour résumer en français c'est : ''Chez nous, dans nos palmeraies, nous respectons la nature et nous cultivons avec les méthodes bio. Par exemple, pour réguler les rongeurs nuisibles des noix, nous avons installé des logements luxueux pour les prédateurs de ces rats ! ''
Maintenant, dans un autre article paru quelques jours plus tard dans un autre journal, Monsieur Sime Darby est très content d'annoncer qu'il croit beaucoup en la recherche génétique sur le palmier à huile. Les nouveaux OGM ont un très bel avenir et il est très pressé d'en foutre partout !
Conclusion : Monsieur Sime Darby va nous faire sur plusieurs milliers d'hectares du palmier à huile OGM BIO !!!! Bravo !!! alors là, on applaudit ce monsieur, s'il vous plait !!! Quel beau menteur !!! Quel criminel !!! (Au fait on vous a parlé des singes qui se sont réfugiés dans les palmeraies Sime Darby ? Et bien les pauvres macaques sont massacrés à coup de fusil !!! c'est Bio ça?).
Le dernier jour avant de sauter sur l'ile de Penang où nous devons demander nos visas Thaïlandais, un journaliste d'origine pakistanaise nous arrête, intrigué par nos vélos, il veut faire un reportage. Cette fois ci, nous nous lâchons littéralement et sans dire du mal du gouvernement ou de Monsieur Sime Darby, nous lui faisons comprendre que pour nous, en tant que touristes, la Malaisie n'a plus d'intérêt car nous sommes venus pour voir la forêt vierge et au lieu de cela nous n'avons vu que du palmier à huile. Nous sommes déçus, vraiment très déçus et nous nous demandons comment font les gens pour vivre dans un tel environnement. En plus, nous sommes effarés par l'utilisation intensive de désherbants chimiques sous les jeunes palmiers. Des problèmes graves de pollution et de santé ne vont pas tarder à apparaître. Déjà, nous avons remarqué que les gens ne se déplacent jamais à pied ou en vélo et nous avons croisé beaucoup d'enfants obèses. Tous les déplacements s'effectuent en motos ou en voitures ce qui génère de la pollution et beaucoup d'accidents et de morts sur la route. Puis ces modes de transports rendent la culture du palmier à huile nécessaire pour pallier à la fin du pétrole.
Publié par alice.cedric à 06:42:32 dans Carnet de route | Commentaires (3) | Permaliens