• Inde episode 1 : Delhi

    Voici enfin des nouvelles merci d'avoir été patients !
    Nous avons toutes les photos à mettre sur le site et 2 cahiers à recopier.
    Avec seulement 4 heures d'électricité par jour dans la capitale Népalaise et une connexion lente, cela va encore nous prendre du temps.
    Désolé

    En attendant, en guise d'apéritif, voici le récit de notre arrivée à New Delhi !

    Bonne lecture ...

    13 novembre 2008
    Cédric : ''Nous sommes assis tous les deux, la nuit vient de tomber, on a mangé et nous commençons à digérer à plus de 10000 mètres d'altitude au dessus du Pakistan. Je n'arrive pas encore à croire que je suis dans un avion entre Dubaï et New Delhi. Moi qui pensais ne jamais utiliser ce moyen de transport polluant tellement privilégié. J'ai bien pourtant failli le louper. Ce matin, nous nous sommes levés très tôt et après nos adieux à Raïa, les enfants, Martin et Andréa (que nous reverrons peut-être), après avoir roulé dans le trafic sur l'autoroute et provoqué un accident (un camion qui nous regardait au lieu d'être concentré sur sa route): Nous voici dans le terminal numéro 3, tout neuf, ultra moderne, on se croirait dans un film de science fiction. Nous donnons nos vélos sans les emballer (ils nous promettent d'en prendre soin) et grâce à l'aide de Julio notre ami Espérantiste, Brésilien, joueur de Tchukball et Stewart, nous ne payons pas d'extra. Un peu en avance, nous flânons au milieu des boutiques Dutyfree où tout est plus cher qu'ailleurs. Seulement 20 min avant le départ, nous réalisons qu'il serait bon de changer nos Dirhams pour des Roupies. Alice part au bureau de change et moi, avec les bagages, je l'attends devant une boutique de cannes de golf. Je regarde le panneau d'affichage qui indique ''Dernier appel pour le vol Dubaï- Delhi''. Je commence à paniquer, Alice n'est toujours pas revenue. Soudain j'entends un appel : « Mister Cédric Tuolong... tatatitatata...est demandé immédiatement à l'embarquement ». Dans cet immense bâtiment sans fin, j'entends Alice qui crie mon nom. Je cours comme je peux en trainant les bagages et lorsque je l'aperçois un policier m'arrête. « DON'T MOVE » m'ordonne t'il ! Ben oui mais c'est ma femme ! que je lui réponds. « Je sais, répond-t'il, elle vous cherche et vous allez louper votre avion alors NE BOUGEZ PAS, je vais la chercher ». 2 longues minutes plus tard, Alice revient en courant, même pas le temps de m'engueuler, contrôle des billets, trouver notre chemin au milieu de ce labyrinthe de verre, enfin nous voici dans l'avion. « Vous êtes les derniers, on a bien failli partir sans vous, mais enfin où étiez vous ? ». Drôle d'accueil de la part de l' hôtesses. Je leur réponds que je faisais du lèche-vitrine et que je n'ai pas vu le temps passer. Le commandant vérifie le bon fonctionnement de l'appareil, 2 hôtesses nous font un spectacle de mime, l'avion commence à rouler et soudain, collé au siège, l'avion s'élance, prend de la vitesse, décolle, ça y est c'est foutu, on ne peut plus reculer, dans 3 heures nous sommes en Inde.

    Sur le petit écran, on voit l'avion qui avance au dessus du golf persique, puis le Pakistan. La nuit est tombée très vite et maintenant nous passons au dessus de la frontière Indo-Pakistanaise. Trois petits tours dans le ciel au dessus de Delhi et on se pose. Premières impressions en sortant de l'oiseau de fer. 1), il fait plus froid. 2), ça ne sent pas très bon. 3), c'est beaucoup moins propre qu'à Dubaï. 4), tout semble désordonné. 5), Les gens sont plus curieux, ils portent des habits plus colorés et ils ont tous le sourire. Nous cherchons une place tranquille dans l'aéroport pour pouvoir passer le reste de la nuit. A priori, ça va être difficile, par terre c'est vraiment crade, mais il y a des gens qui dorment quand même. Finalement, derrière des bancs, entre une couche sale et deux plantes vertes, au pied du mur vitré qui donne sur la rue, nous nous installons. Un mal de tête commence à se faire sentir et malgré la prise de cachets, le mal va empirer jusqu'à ce que la douleur soit vraiment insupportable. Alice, désemparée s'occupe de moi comme elle peut. Elle me met des gouttes d'huiles essentielles de menthe sur les tempes pour soulager la douleur, me donne des boules quiès pour moins de bruit, un voile sur la tête pour moins de lumière. Après les frissons, les vertiges, la nausée et tout se qui caractérise une migraine bien carabinée, j'ai pu dormir 2 ou 3 heures. En ouvrant les yeux et en soulevant mon voile, j'en vois 7 autres paires (d'yeux) qui me fixent de l'autre coté de la vitrine. Ce sont des Indiens qui, curieux comme une mère chatte, me fixent d'un regard qui veut dire : '' bienvenue en Inde mon p'tit gars''.

    Avant la migraine, nous avons discuté avec d'autres français qui attendaient leur avion. Ils sont chercheurs et professeurs de préhistoire. Ils parcourent le monde en essayant de déterminer par où, quand et comment certains savoir faire comme la taille des silex en biface s'est propagé dans le monde. Ce fut une discussion très intéressante qui a fait grand bien à notre appétit de savoir.

    14 novembre 2008 (45km)
    Cédric : ''Pendant la phase de réveil dans l'aéroport, mes yeux sont restés écarquillés devant ces bonshommes tout vêtu d'orange et avec la tête rasée. L'un d'eux, avec ses grosses lunettes, ressemblait tellement au Dalaï-Lama que j'ai fini par croire que c'était lui qui était assis à la terrasse de ce café de l'aéroport.''

    Après un frugal petit déjeuner, nous avons enfourché nos vélos et à nous Delhi ! Détail important, on roule à gauche ! Dès les premiers mètres on s'en prend plein la face. Pour commencer, de pauvres gens dorment inertes sur le trottoir. Des hommes pissent sur ce même trottoir. Des toxicomanes sont plongés dans un coma si profond qu'ils ne sentent même plus les dizaines de mouches sur le visage, dans le nez, les oreilles et la bouche. Ils ont l'air morts, peut-être le sont-ils vraiment. Soudain au bord de la grande route, couchée au beau milieu des ordures, notre première vache sacrée rumine tranquillement des peaux de bananes en regardant le trafic d'auto-rick-shaw. Après avoir traversé le périphérique et les bidonvilles au dessous des ponts, nous entrons dans le parc Budha Jayanti Smarak. Assis sur le trottoir, non ce n'est pas un mirage, c'est bel et bien un macaque qui attend que l'on passe juste à côté pour nous faire un grand sourire. Attention le sourire du macaque n'a rien d'affectueux, c'est plutôt une mise en garde avant l'assaut. Quelques mètres plus loin une famille macaque est assise sur un muret. Ils font ce que font tous les macaques, ils dorment sous un rayon de soleil, les jeunes s'amusent et les autres se cherchent les poux. Nous voulons les prendre en photo mais les sourires qu'ils nous balancent tout en étant près à bondir nous empêchent d'approcher. Nous nous promenons toute la journée dans la capitale indienne, les yeux écarquillés. La pollution est très très importante, que ce soit l'air irrespirable, les déchets, le bruit, l'eau que l'on ne peut pas boire, tout est pollué, malgré tout, la vie est la tellement intense. Le sourire jusqu'aux oreilles, nous pédalons dans la poussière au milieu de tous ces humains, ces vaches, ces chèvres, ces chiens, ces chats, ces macaques, ces perroquets, ces milans noirs, ces mangoustes, ces rats...

    A la tombée de la nuit nous trouvons un hôtel équipé de chauffe-eau solaire. Pour 3 euros la nuit nous y allons avec plaisir.


    Du 15 au 21 novembre (50 kms)

    Par hasard dans les rues de Delhi, nous retrouvons Jens et Céline, que nous avions rencontré l'avant veille de notre départ de Dubaï. Nous nous retrouvons plusieurs soirs de suite pour aller manger chaque fois dans un resto différent. Les 3 premiers jours, nous visitons la ville, les temples, les parcs, le fort rouge, la place connaught, les bazars, ... Souvent, ce ne sont pas les bâtiments historiques qui nous marquent le plus, mais les gens. Par exemple lors de notre balade dans le Fort rouge. Les Indiens sont tous incroyables, les hommes bien rasés les cheveux courts et la raie sur le coté, les Siks avec leur énorme barbe et leur turban de 12 mètres de long, les femmes avec leurs longs cheveux et leur sari coloré. Nous sommes ravis de constater qu'ils sont curieux de leur histoire et qu'ils se déplacent en grand nombre pour visiter les musées (une file d'attente de 1km ce dimanche pour entrer dans le fort rouge).

    Lundi 17 novembre

    Nous avons rendez vous à 14h avec Vandana Shiva. Nous sommes très heureux de revoir cette femme militante pacifique dans la continuité de Gandhi. Nous l'avions rencontré en France lors d'un des nombreux procès de faucheurs volontaires. En expliquant la situation des paysans indiens face aux OGM, elle avait renforcé notre engagement et notre devoir de lutter contre ces plantes et animaux génétiquement modifiés disséminés dans la nature. Après nous être perdus dans des ruelles et des endroits qui ressemblent à des villages en pleine capitale, nous trouvons enfin le siège de l'association NAVDANYA (qui signifie 9 graines, 9 étant un nombre sacré en Inde et qui signifie aussi quelque chose de 9). C'est Vandana en personne qui nous accueille, mais nous discuterons 2h30 avec Maya, qui travaille dans la structure et qui parle un Français parfait. Elle nous explique comment Vandana a commencé à militer. De grandes forêts du nord de l'Inde étaient menacées de destruction. Vendue aux bucherons pour une bouchée de pain, cette forêt qui était source de nourriture, de médicaments, de bois, de remèdes contre les maladies des cultures, etc. Dans cette région de montagnes, la forêt permet de maintenir les sols lorsque sévit la mousson. Elle retient également l'eau et favorise sa pénétration dans le sol. Bref, si la forêt disparaissait, tous les gens qui en dépendaient allaient également disparaitre. Vandana a donc commencé à militer avec les femmes qui enlaçaient les arbres lorsque les bucherons arrivèrent. A force de ténacité elles ont gagné le combat et la forêt est restée sur pied. Lorsque l'Inde était anglaise, Gandhi s'était battu et avait réussi à relocaliser la fabrication des vêtements. Car même si le coton était produit en Inde, le textile était manufacturé en Angleterre. Les habits made in England avaient donc été brûlés et les Indiens se sont remis à filer le coton et fabriquer leurs propres textiles. C'est exactement ce que fait aujourd'hui l'association Navdanya. Après avoir brûlé les champs de coton transgéniques et redonné des semences traditionnelles aux paysans, l'association est en train de leur redonner une liberté millénaire. La liberté de pouvoir semer une partie de sa récolte, la capacité de produire sans recours aux pesticides, la liberté d'échanger des graines avec les voisins. Navdanya a déjà constitué dans tout le pays des banques de graines traditionnelles. Ils y a des laboratoires, des fermes expérimentales et des fermes écoles presque partout. Leur objectif est simple, faire partir l'énorme multinationale MONSANTO du pays. En effet, les paysans de part leur pratique culturale, ont toujours favorisé la biodiversité et ils n'ont pas attendu les bons conseils de Monsieur MONSANTO pour nourrir l'humanité. La solution se trouve principalement dans l'environnement et très rarement dans les labos. Dans le centre de l'Inde, près de Bhopal, des milliers de paysans se sont laissé tenter par les OGM, les agents de commerce de MONSANTO allant parfois même jusqu'à jouer avec la foi des fermiers en leur disant que c'est Dieu qui leur envoi ces graines. Imaginez un seul instant leur désarroi, après qu'ils aient échangé toutes leurs vieilles semences pour des OGM plantés sur toute l'exploitation, lorsque vient le moment des récoltes et qu'il n'y a presque rien. Des milliers, oui des MILLIERS de paysans se sont suicidés après avoir tout perdu. La plupart ingurgitent des litres de pesticides en pleine place publique pour se donner la mort ! Face à ce tableau cauchemardesque, que nos amis anti-OGM de ''Vigilance OGM 36'' et d'ailleurs se rassurent, car au pays de Gandhi les alternatives prennent de l'ampleur. De plus en plus de paysans se convertissent à l'agriculture biologique. Il y a même des Etats qui se déclarent ''Zone Biologique''. L'association donne des semences traditionnelles aux paysans qui diffusent ensuite dans leur entourage ces mêmes semences.

    Un stage doit avoir lieu prochainement dans l'une des fermes expérimentales de l'association. Nous prévoyons de nous y rendre en vélo mais après notre visite de l'association, nous sommes tombés tous les deux biens malades. Le reste de notre séjour à Delhi se résume essentiellement à notre petite chambre d'hôtel où nous nous soignons à tour de rôle contre la fièvre, la toux, le mal de gorge et le rhume. Durant notre convalescence, nous passons notre temps assis à la terrasse du p'tit resto de l'autre côté de la rue. Nous sirotons doucement notre mélange de miel citron et gingembre chaud autour d'une crêpe au sucre et nous regardons le brouhaha de la rue. Les touristes qui se font harceler par les mendiants, les charrettes tirées pas 2 grands boeufs qui finissent par boucher la rue, les rick- shaws qui s'impatientent et se foncent dedans, ils cherchent aussi à prendre en priorité les étrangers parce qu'ils payent plus. Il y a aussi la vache sacrée qui broute l'étale de légumes pendant que le commerçant a le dos tourné. Lorsque celui-ci se retourne il crie un grand coup, lève les poings au ciel mais ne frappe jamais la vache qui est sacrée et qui semble le savoir. Elle s'en va tranquillement et on distinguerait presque un sourire coquin de ''vache qui rit''.

    Avant de quitter Delhi, nous avons quand même visité le musée de Mahatma Gandhi. Moment riche en émotion. Les nombreuses photos et divers objets collectés nous font pénétrer dans l'histoire de ce grand homme, mais aussi quelque part, dans l'histoire de l'humanité.

     

    Lundi 22 novembre 2008
    Nous prenons le train pour Amritsar, la ville frontière avec le Pakistan. De là-bas, nous pourrons reprendre notre voyage à vélo comme si nous avions traversé le Pakistan. Prendre le train en Inde, c'est déjà une aventure, mais avec des vélos, c'est encore pire. Il a déjà fallu entrer dans la gare et ne pas écouter ces racoleurs qui nous inventent tout un tas d'histoires pour que l'on achète les billets dans leur agence. Ensuite, pour les vélos, il fallait acheter de nouveaux billets dans un office que nous avons mis trois heures à trouver. Complètement caché à l'opposé de la gare, derrière le dernier quai, sous une montagne de paquets emballés dans de la grosse toile de jute. Des motos, dans l'attente d'être expédiées, sont emballées avec de la paille que quelques chèvres qui trainent par là, essayent de brouter. Pour nous rendre sur le quai numéro 7 ou 8 (même le chef de gare ne sait pas sur quel quai va arriver le train), nous traversons les voies avec les ouvriers qui tirent et poussent de lourds charriots. La misère est là aussi. Des femmes, des enfants et des hommes aux habits dépenaillés essayent de récupérer quelques bricoles qui tombent des trains. Au milieu de nous tous, les rats se promènent à l'aise, ils ne craignent personne. Cet univers pollué qui sent  l'urine et la fumée de plastique brulé, leur convient à merveille. Comme partout en Inde, les vaches sacrées se promènent sur les rails à la recherche d'une peau de banane ou tout simplement d'une place au soleil.

    Nos vélos sont chargés très brutalement et posés l'un sur l'autre dans un wagon. Nous préférons garder avec nous tous nos bagages. Dans notre wagon de 2 ème classe, une famille de Sikh a réservé 4 banquettes de trois places pour au moins 20 personnes (cherchez l'erreur). Le train démarre, on avance de quelques mètres et soudain, affolement général dans notre famille de Sikh. Après inventaire, il semblerait qu'il manque le fiston de 12 ans, probablement resté à quai. Le père tire la sonnette d'alarme et actionne le freinage d'urgence. Rapidement des agents de gare sont là et tout le monde part à la recherche du p'tit gars. Morte d'inquiétude, la famille décide de ne pas prendre le train. Ils commencent à descendre les valises sur le quai quand soudain, arrive tranquillement le petit gars qui était parti faire un tour dans le wagon voisin. Les bagages et la famille au complet reprennent places dans le train et dans le rire et le soulagement général ; le voyage reprend. Une famille assise en face de nous, nous offre plein de nourriture qu'ils achètent aux marchands ambulants dans le train. Nous n'aurions jamais osé manger de ces choses là compte tenu de l'hygiène totalement absente et nos estomacs fragiles. A chaque arrêt, de nouvelles animations, marchands de peignes, transsexuelles, enfants qui offrent des spectacles de clowns ou d'équilibristes en échange de monnaie. D'autres enfants passent entre les sièges en rampant par terre et en nettoyant le sol avec leur seul tee shirt, il y a aussi le défilé incessant d'estropiés, d'amputés... qui passent demander l'aumône.

    Nous arrivons vers 10h du soir après 8 h de train pour seulement 500km. Certains diront « vive le TGV » mais franchement, dans ce train TGL (très grande lenteur), nous profitons des gens, des paysages, on se sent voyageur. Nos vélos ont un peu souffert dans le transport, nous les avons cherchés pendant 1h au milieu des gros sacs éventrés. Un jeune homme nous guide vers un hôtel. Comme il est tard, nous le suivons mais ce n'est pas un service gratuit. Tout comme le vieux gardien de nuit qui nous change les draps alors que nous pouvions le faire nous même.


     

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  • Commentaires

    1
    Samedi 28 Février 2009 à 03:25
    à quand, le Vietnam?
    Chers amis, Les espérantistes de Hanoi en particulier, et du Vietnam en général attendent avec impacience vore arrivée au Vietnam. Quan cela aura lieu? Souhaitez-vous une rencontre, des manifestations avec le monde sportif et le monde espérantiste? Contactez-moi. Thu, secrétaire général de l\'Association Espéranto du Vietnam.
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