• Inde Episode 4 : Sur la route vers Derah Dun (Suite)

    Lundi 1er décembre (42 km)

    Au petit matin, drôle de surprise dans la tente. Des milliers d'araignées y ont trouvé refuge. Nous sommes à l'abri derrière la moustiquaire, mais elles se sont installées partout sur la toile de tente et sous les sacs et dans les fermetures des sacoches. Cette drôle d'invasion nous motive à décoller rapidement. Nous prendrons le petit déjeuner plus tard dans un Dhaba (petit restaurant de bord de route vendant de la nourriture pas fraiche) qui multipliera les prix par 2 ou 3 rien que pour nous. Nous leur faisons bien comprendre qu'il ne faut pas nous prendre pour des touristes et que nous connaissons la réalité des prix. En même temps ce n'est que 1,5 euro. Sur la route nous croisons beaucoup de voiture de mariage, toutes décorées avec des guirlandes d'oeillets d'Inde. Parfois nous croisons un orchestre devant des maisons où sont célébrés les mariages. Lorsque la route commence à vraiment monter, il y a tout de suite beaucoup moins de monde et les quelques personnes que nous croisons semblent très surpris de voir non seulement des étrangers mais en plus sur de drôle d'engins. Les zones de culture de la vallée laissent place à la jungle. Un gros serpent écrasé sur la route nous indique la présence de beaux spécimens de reptiles. Puis des branches s'agitant au dessus de la route attirent notre regard. Ce sont des Langours, une autre espèce de singe assez commune en Inde. Plus gros et plus fort que les macaques, ils sont blancs avec un visage noir. Ils sont assez pacifiques et préfèrent la vie en famille dans la cime des arbres. Un motard nous voyant en train d'observer les singes s'est arrêté et nous a mis en garde de ne pas nous approcher de trop près car si jamais ils décident de nous attaquer, personnes ne pourra venir nous sauver. Au sommet de cette petite montagne nous nous arrêtons dans la ville de Nahan. En faisant quelques courses, un journaliste nous arrête. Quelques questions et une photo lui suffisent pour rédiger un ''bel'' article. Nous essayons en vain de parler d'environnement ; d'expliquer à chaque journaliste que nous croisons pourquoi nous voyageons à vélo. Nous essayons de leur parler de la pollution, des déchets, de la paix. Mais visiblement, ils s'en foutent et préfèrent raconter dans leur journal que deux touristes sur des nouveaux vélos ultra modernes et super design, sont venus en Inde sans peur malgré les attentats à Bombay. En fait nous en avons un peu marre de cette presse people qui remplit des pages pour ne rien dire d'intéressant et même pire car les ¾ de l'article sont issus de l'imagination du ''journaliste''.

    En redescendant de Nahan, nous faisons attention de ne pas foncer dans un singe, un cochon, une vache, un chien ou un enfant, tous fouillant dans les déchets au bord des routes.

    En fin d'après midi, alors que nous prenions un peu d'eau à une pompe au bord de la route et que nous en profitions pour nous laver un peu le visage couvert de poussière, un vieil homme ressemblant beaucoup au Mahatma Gandhi, vêtu des mêmes habits de coton et équipé des mêmes lunettes ronde, est venu nous voir. Il parle un anglais impeccable avec un formidable accent Indien. Il est très tranquille, rigole tout le temps et son humeur joyeuse est très communicative. Lorsqu'il nous invite à boire un thé, nous le suivons sans hésiter. Il habite un petit village très calme et quand nous lui expliquons que la nuit approchant, il nous faut partir à la recherche d'un endroit pour camper, Il nous propose de dormir au pied d'un arbre sacré, au milieu des champs derrière chez lui.

    Très vite nous installons le campement avant que la nuit ne tombe vraiment. Quelques voisins viennent voir les deux étrangers mais dès que nous nous mettons à table, respectueusement, ils s'en vont. Notre sosie de Gandhi revient vite nous voir pour savoir si nous avons besoin de quoique ce soit. Puis un autre voisin, vient nous voir et a anticipé nos besoins. Il nous apporte une lampe à pétrole pour nous éclairer, des délicieuses pâtisseries faites par sa femme et un gros seau d'eau très chaude pour nous laver. Nous discutons un bon moment avec lui. C'est un garde forestier. Il surveille de près l'exploitation du bois dans la jungle et veille à ce qu'il n'y ait pas de coupes illégales. Il nous invite à prendre le petit déjeuner chez lui demain matin. Après avoir gouté aux pâtisseries maison, nous ne pouvons qu'accepter.

    La nuit est très agréable sous cet arbre sacré. Rien ni personne n'est venu troubler notre profond sommeil récupérateur.

    Lundi 2 décembre (65km)

    La brume matinale a tout trempé. Nous essayons de profiter des premiers rayons de soleil pour faire sécher les toiles mais nous sommes assez pressés d'être dans la ferme de Navdanya et nous sommes encore invités pour le petit déjeuner chez le garde forestier. Après une petite photo de groupe avec les quelques hommes qui sont venus de bon matin nous regarder plier le camp, nous traversons le village pour aller dans la maison du garde. Une bien moderne demeure, comme quoi les fonctionnaires d'Etat peuvent bien gagner leur vie en Inde. Toutefois il y a des traditions auxquelles ils sont attachés. Riches ou pauvres, ils doivent rester fermiers et donc, ils ont toujours leurs champs et leurs vaches. La cuisine est aussi restée détachée de la maison dans un petit bâtiment où la femme prépare les plats sur le sol et cuisine au feu de bois. Nous sommes très gâtés et les voisins apportent aussi des plats à deguster (on a l'impression d'un concours de cuisine dont nous sommes le juris). Après tout ça, nous avons beaucoup de difficulté à pédaler.

    Le soir, nous sommes rendus à Derah Dun. Malheureusement il est tard et les bureaux de l'association de Navdanya viennent de fermer. En appelant la ferme expérimentale, nous apprenons qu'elle est à 15 km de la ville et que le stage qui s'y déroule n'est pas à destination des paysans locaux mais c'est une rencontre internationale sur le thème de ''Gandhi et la mondialisation''. Des participants venus de tous pays y sont présents, mais nous devons payer l'hébergement, la nourriture et le défraiement des intervenants. Sans trop connaitre vraiment le programme, nous sommes prêt à participer au stage et rien que de savoir que nous allons enfin pouvoir re-manger bio, nous hésitons à pédaler même de nuit pour y être le plus tôt possible. Malheureusement, nous sommes fatigués, il fait noir et nous ne connaissons pas la route pour la ferme. Puis il y a aussi un journaliste qui vient de nous donner rendez vous pour un entretien le lendemain matin. Nous cherchons un lieu sûr pour camper cette nuit en ville. Rapidement, on nous oriente (est-ce parce que nous sommes européens?) vers l'église catholique. Dans une ruelle calme, nous distinguons une église toute neuve et derrière elle, un grand jardin en herbe avec quelques grands arbres : parfais pour camper. L'accueil de la part du curé Indien est glacial ! La réponse est non et sans appel ! Sans nous demander si nous sommes catholiques, mariés ou quoi que ce soit, il refuse de nous donner asile dans le jardin de l'église en nous prétextant que les touristes doivent être dans des hôtels car dehors ce n'est pas sûr, surtout depuis l'attentat de Bombay qui, on le rappelle, avait touché justement un hôtel de luxe. Et puis on se demande vraiment quel terroriste va venir trouver deux pauvres touristes à vélos dans la pénombre de ce jardin derrière une église gardée par un molosse ! Nous le remercions chaleureusement pour son accueil et nous tournons les talons vers la nuit et le froid de dehors. Nous ne savons pas du tout où aller. La fatigue et la faim aidant, nous commençons à vraiment désespérer quand soudain une voix divine provenant du jardin du curé nous dit en anglais ''je connais un endroit où vous pouvez dormir ce soir''. Un jeune homme apparait, c'est un enfant de choeur qui n'a pas perdu une miette de notre bref entretien avec le ''père''. Il nous guide vers le ''presbytère'' qui est en fait une riche école catho. A peine avons nous franchi les grilles du parc de cette grande école qu'un homme, habillé très classe avec petite barbe, nous invite à le suivre sans nous demander quoique ce soit. Il nous demande de garer les vélos et enfin s'intérresse à nous. ''D'où venez vous ? Etes-vous catholiques ? Mariés ? Des enfants ? Vous voulez loger ici ? Effrayés à l'idée d'être encore jetés dehors, nous répondons oui à tout (sauf pour les enfants). Il nous répond que c'est bien mais avant toute chose, il doit nous présenter au directeur des lieux. Nous le suivons dans une grande maison où nous rencontrons une femme blonde. Elle est américaine et c'est la directrice. Elle nous fait installer dans deux fauteuils, puis son mari ne tarde pas à venir. Nous sommes complètement exténués et ne rêvons que d'un lit. Ils nous posent de nombreuses questions sur notre éducation religieuse et les buts de notre voyage. Nous répondons toujours la vérité qu'ils veulent entendre c'est à dire que nous avons fait notre communion, le catéchisme et enfant de choeur (enfin, seulement Cédric), et puis nous voyageons pour la paix et la fraternité.

    ''Cédric : Nous n'allons quand même pas jusqu'à dire que nous voyageons pour évangéliser la planète, mais quand même, dans ces moments là, je repense au flic en civil qui nous avait baladé dans les bazars fermés de Ispahan pendant la grosse manifestation anti-israelienne et à qui je racontais qu'elles étaient les fêtes religieuses chrétiennes et l'histoire du petit Jésus venu pour nous sauver de cette mouise. Amen''

    Finalement, ils refusent de nous laisser camper dans le grand parc et nous imposent une chambre pour notre confort. Voila qui est très gentil (mais nous les entendons discuter de prix lorsque nous sortons de la maison).

    Notre guide en costume nous conduit jusqu'à une chambre où il n'y a même pas de croix accrochée au mur. Nous en profitons pour lui demander s'il y aura quelque chose à payer. ''Bien sûr, nous répond il'' et à la question ''Combien?'' il nous rassure énormément en nous disant que ce ne sera pas cher.

    Il nous invite à venir manger dans son appartement avec sa famille, mais il faut que l'on apporte notre nourriture, pour partager. A part des cacahuètes et des nouilles, on n'a pas grand chose. Tant-pis, on y va avec ce que l'on a.

    Il habite dans un appartement au premier étage dans un des nombreux bâtiments du presbytère. Il nous présente sa femme, ses 2 filles et la grand-mère. Ils ont déjà plus ou moins mangé, mais tout le monde se réunit quand même autour de la table.

    ''Cédric : Je sens le coup venir gros comme une maison, il va nous demander de prier avant le repas ! Bingo en plein dans le 1000 !!! Heureusement, il me demande à moi car Alice ne connait pas encore bien les prières que j'ai commencé à lui apprendre entre notre chambre et l'appartement. Comme avant de monter sur scène, j'ai le trac. Je m'excuse auprès de lui, mais mon anglais étant loin d'être parfais, je préfère prier en français. Je prends discrètement une profonde inspiration, ferme les yeux, joints les mains et baisse la tête en espérant qu'Alice fera de même avec autant de conviction. Et je me lance, le trac disparait, je suis à fond en train de réciter le ''Notre Père'' à haute voix et je n'arrive pas à croire à ce qu'on est en train de vivre !!!

    Depuis que nous avons franchis la grille, il cherchait à savoir si nous étions de vrais  chrétien(ne)s. Cette prière avant le repas était un test grandeur nature.

    Nous mangeons notre nourriture et nous offrons des cacahuètes. Sa femme nous donne quelques restes froids. Il nous semble qu'il y a de la viande. Pas de bol, le lendemain commence pour moi un épisode tourista qui aura bien du mal à passer.''

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