• Japon Episode 2 : Direction Kyoto puis le lac Biwako

    Du 17 au 19 septembre 2009 (154 km)

    Nous voici de nouveau les pieds sur les pédales. Après ce long repos, nos muscles se sont tout engourdis et ramollis, mais quel plaisir d'avancer librement sans dépendre du prix du litre de carburant. Tout d'abord, nous prenons direction plein Nord / Nord-est, direction Kyoto. Nous traversons tout Osaka. Ce n'est pas une vraie partie de plaisir tout simplement à cause du trafic automobile. Finalement, nous cédons la route aux assassins. Cette maudite voiture qu'on appel ''grande reine'' a gagné une bataille, nous préférons nous ranger aux cotés des piétons, beaucoup moins dangereux. Les trottoirs sont assez larges et une bande est prévue pour les vélos. Malgré tout, les inconvénients du trottoir sont nombreux. A chaque carrefour nous devons sauter les caniveaux, puis faire attention aux piétons qui sortent des magasins et puis surtout, trouver notre route lorsque brusquement le trottoir s'arrête, ou bien lorsque commencent les escaliers. Dans cette ville comme partout au Japon, la vie est rythmée par des bruits et des voix d'ordinateurs. Par exemple, pour aider les aveugles à traverser, les passages piétons sont rythmés par des bruits d'oiseaux (le coucou et le moineau). Des bornes indiquent également le nom des rues en braye. Une petite voix sort des bus pour signaler le numéro de ligne, la destination et sans oublier de saluer et remercier les usagers. Les camions possèdent aussi une petite voix en plus des clignotants : ''attention, je vais tourner, excusez moi !''. Les signaux sonores à l'entrée des magasins, et puis tous les employés qui nous saluent dès que l'on franchi la porte. La petite voix à l'entrée des parkings, etc.

    Quittant le coeur de la ville pour pédaler sur les bords d'une rivière peuplée de nouveaux sans abris victimes de la crise économique. Nous pensions trouver une piste cyclable tranquille et permanente sur les berges, au lieu de cela, nous avons lutté pour passer les vélos à travers des systèmes très mal foutus censés empêcher les motos sur la piste cyclable. Résultat, ça saoule tous les cyclistes qui passent non sans mal. Les sportifs voient leur rythme coupé tous les kilomètres. Les vieux s'emmêlent les pédales dans les barrières. Les écoliers, leur cartable sur le dos, coincent ces barres métalliques dans les rayons de leurs roues de vélo. Et puis nous, avec nos grosses sacoches, nous devons tout décharger ou bien tout soulever pour passer ces barrages. Finalement, nous avons rejoint le monde des voitures, puis navigué à la boussole dans des lotissements aux ruelles très étroites. Au Japon, on ne gaspille pas l'espace. Petites maisons, petits jardins et toutes petites rues. Et qui dit petites rues dit petites voitures. Donc, moins de pollution et économie de carburant. Autre bonne nouvelle, le nombre d'installations solaires sur les toits. L'ensoleillement est bien moins important qu'aux Émirats Arabes Unis et pourtant, beaucoup de maisons chauffent leur eau grâce au soleil et quelques uns produisent de l'électricité. Notre première étape de 68 km nous conduit sur le bords de la rivière, dans un parc de loisirs. L'herbe est bien tondue. Il fait beau. Il y a des robinets d'eau potable, des toilettes, des bancs, des arbres et des buissons. C'est vraiment l'endroit idéal pour un camping de luxe. Nous attendons le couché de soleil et nous choisissons un emplacement suffisamment loin de la cabane du gardien. Au moment où nous déballons la tente. Le vieux gardien en uniforme se dirige vers nous avec son vélo. C'est sûr et certain, pour venir aussi rapidement et droit sur nous, il vient nous virer. Il nous parle un japonais que l'on ne comprend encore pas du tout. Finalement, il nous donne une carte de la région et nous souhaite ''oyassumi nassaï, Kiotskété'' autrement dit : Bonne nuit, soyez prudent.

    Le voyage au Japon s'annonce très bien. Les gens sont gentils, le camping confortable et le climat agréable.

    Notre arrivée au centre de Kyoto se fait par des petites rues tranquilles. Nous découvrons les vieux quartiers et les temples de cette ville avec nos vélos. Bien sur, nous ne pouvions traverser cette ancienne capitale sans voir la salle des conférences, où a été rédigé le fameux protocole de Kyoto contre les gaz à effet de serre et les changements climatiques. C'est un grand bâtiment en béton, gris, pas beau et pour dire la vérité, très laid. Par contre, le hall de conférence se situe dans un parc magnifique très vert et sauvage représentant une belle bulle de nature pour les habitants de Kyoto. La configuration de ces deux éléments dans l'espace nous fait penser aux grands rassemblements qui ont lieu à notre époque pour tenter de sauver l'espèce humaine coupable de la destruction de sa planète. A chaque sommet mondial sur les changements climatiques, il y a toujours au centre, des hommes politiques véreux qui s'agitent comme des marionnettes commandées par les lobbies industriels et banquiers de la planète, illustrés sous nos yeux par ce bâtiment massif en béton et ferraille. Puis autour de ces hommes politiques, il y a toujours à l'extérieur (illustré ici par le parc), des citoyens de base et quelques associations soucieux de laisser un monde vivable à leurs enfants et désireux de partager cette planète avec tous les êtres vivants aussi longtemps que possible.
    Évidemment, ceci n'est qu'une image et nous n'avons pas dit qu'il n'y avait pas quelques belles plantes vertes à l'intérieur du hall de conférences et quelques verrues de béton au milieu du parc.

    La ballade dans Kyoto prend du temps et nous décidons de dormir quelque part dans la ville. Dans bien des pays, camper tranquille en plein coeur d'une grande cité relèverait de l'exploit. Mais ici au Japon, à partir du moment où nous nous faisons discrets et que nous nous installons une fois le soleil couché, nous pouvons planter la tente presque partout. Nous trouvons un beau parc près d'un vieux temple et nous nous installons à proximité des toilettes. Cette nuit, nous dormons en compagnie de quelques sans logis. Les pauvres gens sont de plus en plus nombreux au Japon et ils ont de plus en plus de mal à se cacher. Au petit matin, nos voisins ont déjà remballé leurs affaires et ont disparu. Nous nous sentons si bien dans ce pays où tout semble si facile que nous n'avançons pas très vite. Petit déjeuner copieux et luxueux dans le parc. Un vieux japonais donne quelques morceaux de pains à des canards et à une tortue. Puis il se plonge dans la contemplation de ce reptile. On dirait que l'homme et l'animal sont en train de se regarder vieillir. De notre coté, nous nous décidons enfin à jeter un oeil sur notre carte et nous pensons rejoindre le grand lac Biwako dans la soirée. Mais tout d'abord, nous devons franchir une petite montagne. Petite pause dans deux boulangeries à la française où nous faisons le plein de bon pain puis nous nous attaquons à la grosse montée. Tranquillement pas vite, nous avançons. La ville s'arrête brusquement et nous nous retrouvons dans une belle forêt. Les insectes et les oiseaux font du bruit et ça nous donne du courage. La difficile ascension devient une partie de plaisir. En plus le temps est vraiment formidable, le soleil agréable et la température irréelle tellement elle est idéale. A quelques centaines de mètres du sommet, nous voyons une pancarte indiquant ''ferme ouverte''. Sans hésiter nous allons y faire un tour. Quelle étrangeté ! Tout d'abord, une poignée de fausses vaches nous accueille. Fausses car ce sont des primes Holstein, une espèce de vache issue d'une sélection génétique très sévère dans le seul but d'en faire une usine à lait. Ensuite, nous voyons des ''paysans'' en tenue de chirurgiens. Blouse verte, masque sur la figure, gants et bottes de caoutchouc blancs et protection des cheveux (des fois qu'un poil tombe dans une mangeoire). Des familles avec des enfants viennent se promener dans cette ferme. Après l'accueil par les fausses vaches et les paysans chirurgiens, le spectacle continue. Nous passons devant des boxes où sont exposés Bouc, verra, truie, lapins, chèvres, et dans un petit enclos sans herbe, quelques moutons et un petit poney. Le clou du spectacle, deux grandes cages en béton et grillage avec en tout une vingtaine de macaques effrayés par le nettoyeur haute pression qui décape le béton de leur prison.
    Nous qui pensions peut-être demander un coin d'herbe pour planter la tente chez de sympathiques paysans, nous préférons fuir cet espèce de zoo.

    Une longue longue descente nous conduit sur les rives plus ou moins accessibles du lac Biwako. Nous pensions trouver une piste cyclable continue ; et bien nous avons mal pensé. Les riches de ce pays ont acheté des terrains au bord de l'eau. On a construit des hôtels de luxes, des discothèques, des garages à bateau et des clubs de scooter de mer. Nous nous retrouvons à pédaler sur une route très passante et étroite, pas du tout agréable. En plus le vent se lève brusquement et devient vite très violent. Nous avons du mal à rester couché sur les vélos. La tempête fini par soulever des tonnes de poussières et de sable. Malgré les lunettes et le tee-shirt remonté sur le nez, nous en avons plein les yeux et ça croustille quand on serre des dents. Nous décidons de nous arrêter dans une petite impasse qui donne sur une plage. Abrité par des maisons et quelques sapins, nous décidons de monter la tente, sous réserve qu'elle supporte les rafales de vent. Dans le pire des cas, il y a des toilettes à coté où nous pourrons toujours nous réfugier. Notre maison planté dans le sable et amarrée par de grosses pierres, un vieux monsieur vient nous voir et nous dit sans plaisanter : ''tento damé ! '' Et quand un vieux japonais dit ''damé'', il n'y a rien à faire, pas de négociation possible. Tente interdite devant chez lui, point final. C'est la première fois qu'un japonais nous fait ce coup là. A quelques centaines de mètres de nous un nuage doré de poussières éclairé par le soleil couchant, vole au dessus du lac. C'est à la fois très beau, magique, impressionnant et surtout peu rassurant. Nous plions la tente sous la surveillance du vieux qui s'est bien vite réfugié derrière les vitres de sa maison. Le soleil se couche et nous repartons en quête d'un endroit abrité pour passer la nuit. Nous demandons en plusieurs endroits. Toujours on nous déconseille de dormir dehors cette nuit, mais jamais on nous invite. Finalement, nous trouvons un sous bois de pins au bord du lac, mais le vent s'engouffre sous la pinède. Il est impossible de nous installer ici, en plus il y a le risque de se prendre une branche ou carrément un arbre sur la tête. Que faire ? il fait maintenant bien nuit, nous n'avons toujours pas mangé, nous ne savons pas où dormir et le vent souffle en tempête ! En désespoir de cause nous remontons sur les vélos, prêts à pédaler jusqu'à ce que la chance du voyageur nous vienne en aide. Nous ne faisons pas 3 km dans le noir que nous voyons sur notre gauche une petite lumière. Nous nous y dirigeons comme deux papillons de nuit et nous voici dans des WC publics, sans portes et trop petits pour que l'on puisse y dormir, mais suffisamment abrités pour que l'on puisse manger et nous laver. Nos estomacs remplis, c'est un problème de résolu. Reste à savoir où dormir ? En faisant le tour des toilettes, nous remarquons qu'il y a un grand étang à proximité et une bonne partie du plan d'eau est recouvert d'une épaisse roselière. En y regardant de plus près, Les phragmites se plies sous la force du vent, mais elles protègent une partie des berges sur un peu plus d'un mètre de hauteur. Sans plus tarder nous installons la tente à l'abris de la roselière en priant pour que le vent ne tourne pas. Les vélos n'ont pas arrêté de tomber, si bien qu'on a fini par les laisser couchés (ce qu'on aurait du faire dès le début) et nous n'avons pas fermé l'oeil de la nuit, passant notre temps à attendre la grosse rafale, celle qui déchirerait et ferait s'envoler notre abris de fortune. De temps en temps la toile de tente se gonflait jusqu'à arracher les sardines, les arceaux hyper tendus bougeaient dans tous les sens. Une nuit très riche en émotion mais finalement tout le monde à survécu, à part la bâche des vélos.

     

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