•  

    Samedi 06 septembre (10 km)

    C'est la course aux visas. Déjà presque une semaine de passée en Iran, et nous ne savons toujours pas par où en sortir. Il y a beaucoup de choses à penser et trop de réponses à trouver. Nous prenons donc un bus pour Téhéran. Là-bas, nous pourrons aller questionner les ambassades et trouver la meilleure solution pour continuer notre route. A 19h, nous arrivons sur le terminal de bus de Tabriz. Nous trouvons rapidement un autocar pour Téhéran. 70000 rials par personnes et 50000 rials par vélos. Pour nous deux et les vélos, ça fait au total environ 17 euros. Au début, nous pensions ne jamais arriver à Téhéran. Le bus s'arrêtait tous les 50 mètres, faire le plein, laver les vitres, prendre des passagers, .... Il est parti avec 1 heure de retard. Mais lorsqu'il a commencé à rouler, nous avons littéralement survolé la route et nous sommes arrivés 1h30 en avance.


    Dimanche 07 septembre (25 km)

    Arrivés à Téhéran, le chauffeur de bus vient nous expliquer qu'il a été très rapide, qu'en plus nous avons des vélos et que surtout nous sommes des touristes, donc ça mérite bien une prime !!! Au début, nous avons fait mine de ne rien comprendre, puis comme c'était difficile de ne pas capter « give me money, euros, dollars, rials, give me give me money », nous lui avons expliqué qu'on avait déjà payé pour nous et les vélos avant le départ, et qu'en plus c'est pas lui ni ses copilotes qui se sont chargés de mettre les vélos dans la soute du bus car si cela avait été le cas, nous les aurions assurément retrouvé en kit à l'arrivée. Mais il ne voulait rien savoir ! Planté entre les bagages et les vélos, rouge de colère, le poing près à partir, son nez à 20 cm du nez (de Cédric), il a demandé de l'argent. Puis il a commencé à s'intéresser à la boussole accrochée à la poche (du pantalon de Cédric). Finalement, après un petit cours désintéressé d'orientation pour tenter de calmer ce chauffeur fou, il a fini par nous lâcher. Nous avons alors pu découvrir Téhéran à 5h du matin. La circulation est déjà intense et l'air est irrespirable. Le bruit, le mouvement et surtout la fumée des gaz d'échappement nous tournent la tête. Nous avons l'impression que la mort par asphyxie peut nous cueillir rapidement si nous ne changeons pas de place. Nous devons oublier tout ce que nous avons appris du code de la route français. Fini le respect des feux rouges, le stop, les priorités à droite, le sens giratoire des ronds-points, les limitations de vitesse et la circulation à droite. Ici le seul code, c'est la loi de la jungle. Au début, c'est quand même très surprenant et avec nos petits vélos, on sent qu'il va falloir vraiment tout donner pour nous faire respecter ! Et puis très vite, le sifflet à la bouche, on apprend à rouler comme eux, on force le passage et ça passe.

    Avec Ben et Sylvie, on passe quand même la matinée à chercher un logement pas cher. Finalement on trouve l'hôtel Naderi, suffisamment grand pour mettre nos 4 vélos. En plus, nous sommes prêts du quartier des ambassades. Une fois posés, douchés et remis de nos émotions, c'est l'estomac qui prend la parole. On a faim et avec ce fichu ramadan rendu obligatoire par la loi de la République Islamique d'Iran, il est impossible de manger devant les gens. Partis en quête de nourriture nous trouvons un autre hôtel qui nous propose un très bon repas pour 2 euros chacun. Cachés dans la salle de restaurant, on s'en met plein la panse et nous ne sommes pas les seuls, un flot continu de familles Iraniennes vient se restaurer secrètement, cachées du regard du « bon Dieu » de l'Islam.

    L'après midi, nous allons faire un tour à l'ambassade de France, histoire de passer dire bonjour et prendre des nouvelles du pays. En plus, ça rappelle des souvenirs de rencontrer des fonctionnaires français. On y apprend que l'on peut se rendre au Pakistan, mais seulement en avion. Si l'on veut passer par voie terrestre, il nous faut une lettre de recommandation que l'on peut obtenir seulement en France. Définitivement, nous devons oublier le passage par le Pakistan. Nous demandons donc des lettres de recommandations pour le Turmenistan, l'Ouzbékistan, et le Kazakstan. Nous nous préparons psychologiquement à payer 3 visas, plus le passage en Russie avec le Transsibérien, puis le bateau pour nous rendre au pays du soleil levant. En sortant de l'ambassade, nous croisons nos copains voyageurs, Bruno et Dimitri qui nous racontent qu'ils vont en Inde en passant par Dubaï Apparemment, il existe des bateaux pour Dubaï et des cargos vers l'Inde. Nous retournons dans l'ambassade demander notre lettre de recommandation pour l'Inde.

    La journée s'achève par une rencontre avec Hamze, un esperantophone de Téhéran. Il nous invite à une conférence demain dans la maison de l'association Espéranto de Téhéran.

    Complètement claqués par la nuit dans le bus et la circulation dans la jungle d'automobiles puantes de Téhéran, on se couche de bonne heure.


    Lundi 08 Septembre

    Nous essayons en vain de contacter Nouschin, une Iranienne qui a étudié en France et avec qui nous avons échangé par internet. Nous rendons la chambre car nous ne voulons pas payer une autre nuit d'hôtel. Nous retournons dans notre ambassade retirer nos lettres de recommandations et manger un peu dans ce refuge où l'on peut lever le voile et oublier un instant le ramadan. Nous retrouvons Chantal et Nicolas, 2 ch'tits français qui voyagent en bicyclette et qui se sont retrouvés sans un sous en Iran car ils pensaient pouvoir utiliser leur travellers chèques ou leur carte visa. Malheureusement, l'Iran est déconnectée du reste du monde et quand on voyage dans le pays, on a intérêt de prévoir suffisamment d'argent liquide en Euros ou en Dollars, que l'on peut facilement changer dans les banques où dans la rue contre des rials. Ils sont bien embêtés et noyés dans des combines pour obtenir de l'argent. Ils trouveront une solution avec l'ambassade.

    Dans l'après-midi, nous retrouvons Coco et Lolo, deux autres français qui voyagent en vélos couchés. Depuis le temps qu'on les suit, on les a enfin rattrapés. Malheureusement, nous ne ferons probablement pas de bout de route ensemble car ils sont prêts à repartir de Téhéran vers le Turkménistan. On passe quand même un dernier moment tous ensembles : Ben et Sylvie, Coco et Lolo, Bruno, Dimitri et un 9ème voyageur Français à pied et en stop. Dans le salon de cet hôtel un peu vieillot, on croirait assister à un congrès de voyageurs au temps d'Alain Bouvier. Chacun y va de ses anecdotes et astuces de voyageur, c'est marrant.

    A 18h, les vélos chargés, nous saluons tout le monde et partons à la conférence en Espéranto. Arrivés dans la maison de l'association, tout se passe dans un petit jardin. Il y a une projection d'images sur les jeux olympiques et c'est une jeune femme qui parle. Elle fait un rappel historique des jeux jusqu'à aujourd'hui. C'est intéressant mais nous regrettons qu'il n'y ait pas eu de débat à la suite de la conférence. C'est peut-être à cause de nous car on nous a demandé de faire une présentation de notre voyage. Nous avons donc parlé des objectifs du voyage, l'association, les écoles et un diaporama photos mal préparé (nous n'avons pas eu le temps d'enlever les photos où nous étions en short et où nous buvions de la bière en Turquie et en Roumanie! Les gens ont quand même aimé, surtout les photos des plages bondées de Bulgarie. Nous ne sommes d'ailleurs pas certains qu'ils aient bien compris le message, car alors que nous parlions de pollution, eux voyaient des images de rêve de liberté.

    Après la conférence, nous avons eu le choix pour trouver un toit. Les invitations on fusé. Finalement c'est Giti qui s'est imposée. Nous avons laissé les vélos dans la cour de l'association puis nous sommes partis chez elle. C'est une petite dame de 65 ans mais elle en paraît 15 de moins. Elle vit à l'Ouest de Téhéran à 50 minutes de métro et de train, au pied des montagnes. Dans le métro, un homme interpellé par notre langage en Espéranto, nous demande d'où nous venons. S'en suit une discussion très intéressante avec ce professeur d'université. Il parle très bien Anglais et nous explique, la peur au ventre et cela se voit, comment il vit dans son pays. A l'époque de la révolution contre le Shah, il avait 15 ans. Quand il a vu qu'après la révolution, c'est un gouvernement Islamique qui a prit le pouvoir, il n'y croyait pas. Il ne pouvait pas imaginer que jour après jour, toutes ses libertés pouvaient lui être enlevées. La musique, l'alcool, la libre expression, le voile pour les femmes, ... Il nous explique qu'il y a un véritable vent de révolte dans le coeur des gens du pays. Lui, rêve comme beaucoup d'autres, d'aller vivre en France ou encore plus, au Canada.


    Mardi 09 septembre

    On se lève de bonne heure pour aller à l'ambassade indienne. Malgré tout, nous n'y sommes qu'à 10h. On y retrouve Bruno et Dimitri qui font la queue et finissent par craquer car c'est leur 3ème jour de démarches et ils ne voient rien venir. A chaque fois, les fonctionnaires leur demandent de nouveaux documents comme ce « Télex » qui les à fait remonter sur le vélo et arrêter leur demande de visa. Ils retenteront le coup à Dubaï avec une compagnie aérienne. Pour nous c'est beaucoup plus simple. Giti est là et sert d'interprète. De nombreux jeunes gens qui sont là et qui ont l'habitude de ces fonctionnaires nous aident également à bien remplir les formulaires. Au bout de 2 heures, nos demandes sont en bonnes et dues formes, il ne nous reste plus qu'à attendre nos visas qui peuvent être prêts dans 2 ou 5 jours. Nous avons juste eu deux problèmes. Un avec le Télex. On ne sait pas ce que c'est, toujours est-il qu'il nous a coûté 10 euros chacun. Ensuite, malgré la lettre de recommandation, le guichetier indien nous a demandé de prendre contact téléphonique avec notre ambassade. Nous sommes donc allés dans un petit magasin de photocopie (qui vend des formulaires de demandes de visas) juste en face de l'ambassade indienne. Nous avons téléphoné au consulat français qui n'a rien compris non plus, puis nous sommes retournés faire la queue. Quand vint notre tour, nous avons dit au même guichetier que nous venions de prendre contact avec notre ambassade, que tout était OK. Il a pris nos papiers et semblait satisfait.

    Après ça nous avons pu passer un après midi tranquille chez Giti. Elle nous prépare pour chaque repas des spécialités du pays. Nous n'arrivons pas à retenir tous les noms des plats mais tout ce que l'on sait, c'est que c'est très bon !


    Mercredi 10 septembre

    Un petit coup de téléphone à l'ambassade d'Inde pour bien commencer la journée. Ils ont envoyé les papiers la veille, notre demande suit son cours et nous devrions les avoir pour dimanche. Nous décidons de rester chez Giti jusque là. En attendant, elle nous promène dans Téhéran. Nous allons au vieux musée de la capitale, celui où il y a de très beaux restes de la civilisation Perses, et aussi les restes d'un beau mec de 37 ans retrouvé dans une mine de sel en 1993. Le pauvre gars a dû mourir dans d'affreuses souffrances mais en tout cas 1700 ans après, il ne lui manque ni un cheveu, ni un poil de barbe. Même sa botte en cuir est restée intacte avec la jambe dedans !!! Bref, après le musée nous sommes allés au BAZAR ! Ca sent bon les épices, parfois un peu trop et ça nous fait éternuer. On se perd au milieu de tout ce fouillis et ce bruit. Pour manger ce midi, ce n'est pas facile. Nous nous arrêtons dans une boutique qui vend des plats à emporter. Il a tout ce qu'il faut en vitrine, du pain chaud, des produits frais etc. Le vendeur est là, le magasin est bien ouvert MAIS il ne veut rien vendre, ramadan oblige. Après insistance de Giti, expliquant que nous sommes des français tout ce qu'il y a de plus catholique, on fini par avoir nos sandwichs. Mais pour les manger, c'est une autre histoire, nous n'avons pas le droit, même catholique, de manger en public pendant le ramadan. Nous allons donc nous cacher dans la boutique d'un marchand de tapis. Il ferme le rideau pendant ½ heure rien que pour nous. Il vend de magnifiques tapis fabriqués à la main et nous sommes presque gênés de lui faire fermer son business, mais il a l'air content de nous rencontrer.

    Nous passons l'après-midi à chercher en vain, des pneus corrects pour nos vélos. Nous nous en ferons envoyer avec les comprimés antipaludiques.

    Dans les bus que nous empruntons, on se croirait en Afrique du Sud pendant l'apartheid, Les hommes devant et les femmes habillées en noir au fond du bus. Du coté des hommes il y a beaucoup de places et tout le monde peut s'asseoir. Chez les femmes, on est très serré.


    Jeudi 11 septembre
    Journée de repos chez Giti. On a RIEN fait de la journée !!! Nous voulions reprendre la route mais finalement, Giti a insisté pour que nous allions avec elle demain, pour une excursion dans le Nord du pays.


    Vendredi 12 septembre
    Debout à 5h du mat, pas le temps de prendre un petit déjeuner, le taxi vient nous chercher pour nous poser à quelques kilomètres sur le bord de l'autoroute. Un minibus s'arrête, nous montons à l'intérieur. C'est un minibus tout pourri d'une vingtaine de places. Il n'y a presque que des jeunes dans nos âges et 3 grands-mères qui ont le voile bien vissé sur la tête. Nous découvrons la jeunesse de l'Iran. C'est bien ce qui nous semblait, on ne peut pas interdire aux jeunes de s'amuser. La musique à saturation dans le bus, c'est la grosse fête, tout le monde se lâche !!! L'allée centrale est reconvertie en piste de danse. Toute la frustration accumulée explose et pendant nos 16 heures de bus, tout le monde se déchaîne, danse, mange et même les filles parfois font tomber leur voile. Les seuls moments calmes ont lieux quand nous passons au bord des postes de police.

    Vers 13h30, nous arrivons dans un musée, perdu en plein dans les montagnes au Nord de l'Iran. Nous sommes peut-être les seuls Français à avoir mis les pieds dans cet endroit. Nous avons inscrit le seul message en Français et en écriture occidentale sur le livre d'or du musée. C'est un musée qui se visite pieds nus. Il est rempli d'une collection d'objets anciens et insolites (matériels de dentiste, cadenas, savon, papiers, selles de cheval, habits, poteries...). Dehors, La décoration est un peu kitch !!! Nous faisons un pique nique dans le jardin (le ramadan, tout le monde l'a oublié). Chacun pousse la chansonnette, et évidemment, nous nous faisons bien remarquer avec les chansons traditionnelles du Berry. 3 heures après être arrivés, c'est déjà l'heure de repartir. Le chauffeur de bus qui vient de se taper 8 heures de conduite va pouvoir recommencer avec en plus une crevaison au bout de 2 km (faut dire que les pneus sont tellement usés qu'on ne voit plus du tout les dessins et la roue de secours est encore plus lisse que le pneu crevé). Au bout de 16 heures de discothèque ambulante, nous en avons plein les oreilles, mais nous sommes ravis d'avoir pu découvrir cette facette de l'Iran à l'opposé de tous les clichés que nous avons en France. Avant le départ du voyage, quand nous parlions de l'Iran, tout le monde nous déconseillait ce pays de terroristes extrémistes fanatiques religieux. En fait, la grande majorité des personnes que nous avons croisées souffrent énormément de ce régime et n'ont que faire du voile, du ramadan et de la religion en général.


    Samedi 13 septembre
    Aujourd'hui nous faisons nos adieux à Giti. On espère la revoir un jour pourquoi pas en France. Nous avons rendez-vous avec Shahin, un Iranien aux cheveux longs, rencontré la veille dans le bus. Il nous promène dans toute la ville de Téhéran et surtout dans les places où jamais les touristes ne vont. Nous visitons tout un tas de bazars et aussi de nombreux jardins, notamment un, très spécial au Sud de la ville. C'est un immense parc où autrefois on y vendait des femmes. Aujourd'hui, nous explique-t-il, rien n'a vraiment changé, la femme n'est guère mieux considérée. Encore un exemple avec les magasins de fringues : les mannequins hommes ont toute leur tête, tandis que les mannequins femmes ont la tête tranchée, comme si sous le voile il ne devait rien y avoir, pas même un cerveau. Surtout pas un cerveau. Le soir dans un parc, nous nous sommes fait interpeller par la police. Très gentiment, un policier qui parlait un peu anglais nous a expliqué qu'il avait travaillé pendant 2 ans devant l'ambassade française. Il y a appris quelques mots qu'il a essayé de nous répéter mais nous avons eu toutes les peines du monde à comprendre ce qu'il voulait dire, alors nous répétions le même charabia que lui, mais prononcé à la française et il était content. Il a essayé de nous plaire en nous disant qu'il aimait beaucoup le Champagne, mais nous nous sommes méfiés de ce genre de propos, surtout venant de la bouche d'un policier.

    La promenade a duré jusqu'à très tard dans la nuit et c'est à cet instant, dans un bus loin des quartiers touristiques que Shahin nous a montré un autre visage de l'Iran. Il nous a interdit de revenir dans ce quartier sans lui et pour cause. Des prostituées voilées aux mecs drogués en passant par les sans abris qui ne sont rien d'autres que des provinciaux sans éducation ni formation, qui sont venus à la capitale pour faire fortune et se retrouvent à vendre des rasoirs ou des allumettes à la sortie du métro.

    Après un délicieux repas soit disant végétarien mais avec quand même quelques morceaux de viande, Shahin nous a raccompagnés dans notre petit coin de Paradis, le jardin de l'association Espéranto Iran. En plein dans le centre de Téhéran, dans une rue tranquille, au bout d'une impasse encore plus tranquille se trouve le siège de l'association. A 2 heures du matin passé, nous avons dû réveiller Mohammed qui vit au dessus du local de l'association. Il nous a ouvert la grille et a laissé la porte ouverte pour que nous puissions nous doucher. Nous avons passé une fin de nuit excellente sous la tente dans ce petit, tout petit jardin.


    Dimanche 14 septembre
    Réveillés à 8 heures par une énorme pulsion de désir d'en finir avec nos visas indiens, nous avons zappé le petit déjeuner pour filer directement à l'ambassade. Pour commencer, les fonctionnaires indiens ont perdu la moitié de nos papiers, ensuite le Consule n'a pas encore vérifié les formulaires et pour terminer, ils n'ont toujours pas contacté l'ambassade française. Nous décidons donc d'attendre devant le guichet jusqu'à ce qu'on obtienne nos visas. En début d'après midi, nous nous sommes autorisés une petite pause pour aller à la poste envoyer cartes postales et une lettre avec des papiers (cartes et bricoles de la Turquie). La guichetière contrôle ce que nous envoyons et lorsqu'elle tombe sur nos 2 CD de photos, elle refuse de faire partir le colis. En fait elle nous explique que nous ne pouvons envoyer qu'un seul CD à la fois. Nous avons tenté de lui expliquer que son règlement était complètement idiot et que si on avait su, on aurait envoyé un DVD, car pour le même format nous pourrions envoyer l'équivalent de 5 CD. Après négociation, elle nous propose d'envoyer les CD en colis séparés, mais à 16 euros le colis nous préférons laisser tomber. De retour à l'ambassade, nous attendons encore. Notre patience finit par payer et le petit fonctionnaire, de l'autre coté de sa vitre teintée, le sourire jusqu'aux oreilles, nous tend nos 2 passeports décorés du visa indien.

    Epuisés mais trop heureux !!! Nous retournons au local de l'association où Reza, le directeur, nous propose de venir passer la soirée chez lui.

    Cédric : « Nous acceptons mais avant, nous souhaitons faire une petite transformation sur le vélo d'Alice. Simplement, il faut que j'agrandisse légèrement le trou de la jante arrière pour pouvoir mettre des chambres à air grosses valves. Reza appelle un ami Espérantiste pour m'aider à trouver une perceuse. Celui-ci vient rapidement et veut tout faire à ma place. Il est très gentil mais avec son costume cravate (sans cravate en fait, puisque c'est interdit en Iran), je ne suis pas certain de ces compétences de bricoleur de vélo. Quand il revient la perceuse en main avec une mèche trop petite, j'ai beau essayé de lui faire comprendre que ça ne va pas, il veut quand même essayer et se met à percer de biais. Il me fait une vieille bavure sur l'intérieur de la jante (ce qui va la fragiliser) avant de conclure qu'effectivement, il faut trouver un foret plus gros (merci). Finalement, nous allons dans la boutique d'un tourneur fraiseur et pendant qu'il explique ce qu'il veut et le temps que l'artisan sorte toute sa palette de matériel, je saisis sans hésiter une petite lime ronde qui traînait sur l'établi. Mon ami à bien essayer de me la prendre des mains en me disant qu'il voulait le faire pour moi (par pure gentillesse), j'ai serré la lime de toutes mes forces et j'ai fini par faire ce que je voulais. C'est toujours le même problème avec les gens serviables (et ce n'est pas la première fois que ça m'arrive), ils partent d'un bon sentiment et sont vraiment sincères, mais parfois incompétents. Et lorsqu'ils bousillent du matériel, que faut-il faire? Les engueuler ? Faut-il leur mettre une claque pour pouvoir travailler tranquille ? Si casse il doit y avoir, je préfère en être à l'origine plutôt que d'en vouloir à quelqu'un qui sera désolé, franchement désolé mais ... ».

    Bref, le vélo de nouveau sur pied (enfin sur pneu), nous partons chez Reza pour une soirée très enrichissante. En nous promenant, nous passons à proximité d'un parc très spécial, un parc pour femmes. Avant d'y entrer, elles doivent se débarrasser des appareils photos, téléphones portables, bref de tout ce qui pourrait prendre une image. Puis dans le parc, renfermées et bien gardées, elles peuvent se promener « librement », sans voile. Elles peuvent même louer des vélos car les seules femmes qui font du vélo en Iran, ce sont les voyageuses étrangères. Reza est aussi actif dans l'association « force verte », qui est en fait un parti politique, mais qui ne peut agir que dans le cadre associatif. Leur principale activité est l'information et l'éducation de la population. Ils organisent des campagnes de plantation d'arbres autour de Téhéran (et joignent à cette occasion l'association Espéranto), des journées de nettoyage des cours d'eau, mènent de grandes campagnes d'information sur l'eau, les déchets, la protection de la Faune et de la Flore sauvage. Ils se battent, mais restent bâillonnés par un gouvernement qui de toute manière, ne tolère aucune résistance. Dans le cadre d'une manifestation par exemple, la police n'hésiterait pas à user des armes pour stopper le mouvement. On imagine aisément que même dans la France de Nicolas S, où la répression est de plus en plus forte, le jour où la police ouvrira le feu à volonté sur les manifestants, ce sera la révolution !

    Reza a du faire la guerre contre l'Irak. Il nous raconte comment lors des combats, il faisait tout pour rester caché. Et lorsqu'il recevait l'ordre de tirer, il se débrouillait pour viser au dessus des cibles. Il a perdu de très bon copains dans cette guerre idiote, et nous explique qu'il n'a pas de haine contre les Irakiens car il imagine assez facilement que de l'autre côté, de nombreux soldats ont été engagés de force, comme lui. Il en veut plus contre ceux qui organisent la guerre comme ils jouent aux échecs, ceux qui, dans le cadre d'une tactique politique de soif de pouvoir, sacrifient des millions de vies humaines comme on sacrifie des pions.

     


    votre commentaire
  • Et voici un complement de photos de notre sejour a Racht chez Akbar, un autre Esperantophone tres sympathique qui nous a fait decouvrir le Nord du pays.

    http://picasaweb.google.com/portraitdeplanete/Iran?authkey=6Fto8d_h_Pc#


    3 commentaires
  • Voici quelques photos de l'Iran, esperant que vous puissiez les consulter sans probleme car c'est vraiment tres difficile ici d'acceder a Internet.
    http://picasaweb.google.com/portraitdeplanete/Iran?authkey=6Fto8d_h_Pc#

    Pour ce qui est du texte, on vous enverra tout cela lorsque nous serons en "zone libre".
    A part ca nous sommes en pleine forme, meme si c'est vrai qu'il fait tres chaud et que l'air est tres tres pollue en ville, en particulier ici a Teheran.
    Nous avons enfin nos visas Indiens. Donc, nous devrions bientot reprendre les velos pour la grande traversee Nord-Sud de l'Iran. En esperant que la saison plus fraiche soit precoce car actuellement, du cote de Yazd, il fait 50 degres a l'ombre.

    Nous faisons beaucoup de belles rencontres Les Iraniens sont vraiments tres gentils et accueillants  .

    A bientot,

    Cedric et Alice


    2 commentaires
  • Bonjour les amis !
    Nous vous donnons des nouvelles aujourd`hui depuis Tabriz en Iran. Il est assez difficile de trouver un ordinateur et surtout une connection internet rapide avec un Cyber-café qui accepte d`utiliser un genre de petit logiciel qui permette de passer au delà de la censure ici bien présente.

    Voici le récit de notre entrée en Iran. Pour la suite du voyage nous ne savons pas encore par où sortir de ce pays. soit par la chaude ambiance du Pakistan, soit par le froid du Turkmenistan et de l`Ouzbekistan.
    Il est difficile aussi de garantir un approvisionnement régulier du site, mais une chose est sûre, nous aurons des choses à raconter.


    Lundi 1er Septembre (78 km)

    Ca y est, nous entrons en Iran comme dans un moulin. Nous avons lu tout un tas de choses sur l'entrée dans ce pays, notamment les passages de frontières parfois un peu difficile, surtout pour les femmes. Nous avions lu qu'il nous fallait remplir tout un tas de fiches de renseignements avec entre autre la quantité d'argent que nous prévoyons de dépenser en Iran. Nous pensions avoir droit à une fouille des bagages ou au moins un regard approfondi sur les vélos. Mais en fait, rien de tout cela ! Nous avons passé la nuit avec Sylvie, Benjamin et Dimitri, entre les douanes Turques et Iraniennes, puis au petit matin, nous sommes passé sans soucis. A première vue, dans le kurdistan Iranien, pas grand chose ne diffère du Kurdistan Turque, si ce n'est que l'écriture est maintenant en Farsi. Il va falloir s'y faire et apprendre à déchiffrer les mots. Pour les chiffres c'est assez facile, car il y a souvent la double écriture. Aujourd'hui, nous souffrons pas mal de la chaleur. L'air est très chaud et le paysage est désertique. L'après midi, nous nous arrêtons faire une pause à l'ombre d'une bascule pour la pesée des camions. Nous en profitons pour peser les vélos. Bilan : Bagages pour Alice, 35 kg. Bagages pour Cédric, 50 kg. C'est bien plus que ce que nous avions prévu au départ et encore, heureusement que nous nous sommes débarrassé de quelques bricoles. Pendant la pause, des hommes viennent nous voir et nous offrent un thé absolument délicieux. Puis l'un d'eux nous invite à venir derrière le bâtiment. Il nous présente une machine de sa conception avec laquelle il réalise des forages pour l'eau potable. Avec son ouvrier, il fait une démonstration et nous montre comment ils travaillent sans casques, sans lunettes de protection, et en sandalettes. Avant de partir, il tient absolument à nous faire visiter l'endroit où il habite le temps des travaux. En fait, il loge au dessus d'un abattoir industriel de poulets. Nous passons rapidement dans cet immense bâtiment. Complètement abandonné la journée, il doit prendre « vie » la nuit avec une procession de poulets faisant des danses macabres, la tête en bas et subissant toutes les tortures les plus modernes les conduisant, entiers ou en morceaux dans l'emballage plastique final.

    Le monsieur nous a bien proposé de dormir au dessus du poulailler, mais pour nous c'était absolument hors de question. Nous avons continué de rouler sur quelques dizaines de kilomètres et nous nous sommes arrêté à 60 m de la route, cachés derrière des ruines.

     

    <o:p> </o:p>

    Mardi 2 septembre ( 95 km)

    Un peu de faux plat montant pour commencer, puis de la descente avec le vent dans le dos. Nous roulons vite et avalons rapidement des dizaines de kilomètres dans ce désert Iranien. Nous sommes partis presque trop tard car il faisait déjà jour et le soleil n'a pas perdu une minute pour commencer à nous cuire. C'est le premier jour du ramadan, mais nous réussissons à trouver des magasins d'alimentation ouverts. Dans une petite ville, nous faisons le plein de nourriture. Cédric : « Pendant que tout les autres sont entrés dans les boutiques, je suis resté à surveiller les vélos. Une bonne quinzaine de gamins a commencé à me tourner autour. Certains avec beaucoup de respect, d'autres plus moqueur essayent de toucher à tout. Lorsque le petit chef de la bande, agé d'environ 12 ans, arrive sur sa moto 125cm3, l'ambiance se dégrade. Il se place devant moi, allume une cigarette et fait reculer les autres enfants avec son mégot. Il me parle en Farsi, je ne comprends pas mais les autres enfants rigolent beaucoup. Evidemment, il commence à toucher au vélo et cherche à me faire tomber. Comme il me pose des questions en Farsi, je lui répond en Français et pour mettre un terme à sa trop grande proximité avec le vélo, je lui prend sa main et la pose sur le pédalier et la chaine bien grasse. Il regarde sa main devenue noire et s'en va.

    Le midi, nous trouvons un restaurant pour camionneurs où nous prenons une bonne douche dans les toilettes. En fin d'après midi, nous trouvons une oasis et nous sommes accueillis par 2 jeunes bergers. Nous les écoutons appeler leur troupeau. Ils nous offrent des pommes et des tomates. A la tombée de la nuit, il font un feu et s'installent pour passer la nuit à coté, à la belle étoile. Ils ont une toute petite maison sans eau courante et pour l'électricité, il y a un petit groupe électrogène à l'extérieur de la cabane.

     

    <o:p> </o:p>

    Mercredi 3 septembre (81 km)

    Pour une fois, nous nous levons tôt (5h30) et nous réussissons à partir à la fraiche. C'est très agréable, mais ça ne dure pas car très vite le soleil apparaît et nous nous retrouvons sur la périphérie de la ville de Marand. L'Iran, c'est le pays du camion, du pétrole pas cher et de la pollution. Nous avons droit à 42 km de côte, 42 km de fumée noire de camion en plein dans les poumons. En plus, comme nous reprenons de l'altitude, l'air se fait plus rare et la combustion du pétrole se fait moins bien. 500 mètres après un poste de contrôle de police, nous retrouvons Bruno qui était parti conquérir le sommet du mont Ararat, avant de quitter la Turquie. Le midi, nous sommes au sommet de la montagne, au pied des pistes de ski. Nous trouvons une table à l'ombre pour manger. Il y a un petit magasin et une station de lavage de camion où nous trouvons de l'eau fraîche et quelques bricoles à nous mettre sous la dent. Juste avant d'entamer la sieste, le ciel se couvre et une tempête pointe son nez. Nous remontons sur les vélos et, le vent dans le dos nous attaquons la grande descente ! Quel Pied ! à 60 km/h de moyenne ça fait plaisir d'avaler ces kilomètres gratuits ! Dans une petite ville, nous nous arrêtons dans une boutique abandonnée avec deux motards locaux car le vent qui souffle en tempête dehors soulève des nuages de sable et de poussière. Quelques gouttes de pluie, un coup de tonnerre et c'est fini, nous pouvons repartir.

    Quelques kilomètres avant Tabriz, nous installons le camp dans un petit verger. Cachés au milieu des arbres nous passons une bonne soirée avec la visite permanente des autochtones qui nous apportent des noix, du pain, des pommes, des tomates... et nous prennent en photo. Ce soir en faisant cuire nos saintes nouilles, notre réchaud multicarburant se casse. En bricolant une réparation de fortune avec un fil de fer cela devrait tenir, mais nous sommes quand même assez stupéfaits que ce matériel si réputé casse aussi facilement, sans raison apparente. Cette même journée, Sylvie et Benjamin ont eu des problèmes avec leur réchaud (le même que le notre).

     

    <o:p> </o:p><o:p>Jeudi 4 septembre (25 km )</o:p>

    Entrée dans Tabriz. C`est excellent nous en prenons un maximum dans les poumons, nous circulons au milieu d`un trafic dense et anarchique complet. Nous nous reposons 2 jours et nous visitons la ville. Alice en profite pour se mettre à la page de la dernière mode en Iran : Le voile !!!

    La nuit dans un petit hôtel pas cher, nous nous faisons piquer partout par des puces. Je me fais incendier par le maitre d`hôtel car je lui achète une bouteille d`eau alors que je suis habillé en cuissard (mon pantalon étant au lavage). Puis je me refais incendier car je mange une tartine dans le hall de l`hôtel, en plein après midi, un jour de ramadan.

    Demain nous quittons Tabriz. Nos chemins vont commencer à se séparer avec les autres voyageurs. De notre coté nous réfléchissons à la route la moins périlleuse pour la suite du voyage.


    3 commentaires