• BONAN JARON 2010 AL CXIUJ !!!

    HAPPY NEW YEAR !!!


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  • Du 31 aout au 08 Septembre (44km)

    Nous Arrivons à Shanghai dans la soirée du Lundi. Fabiola, la mexicaine que nous avions rencontré au Cambodge nous attend dans son appartement au Nord de la ville. Mais d'abord, nous devons retrouver nos vélos. Ce n'est pas une mince affaire. La gare du Sud de Shanghai est grande et peu de monde pour nous aider. Lorsque enfin nous retrouvons nos chers compagnons de voyage, il manque des morceaux et visiblement ils n'ont pas apprécié du tout le transport. Nous sommes très en colère et nous le faisons savoir aux employés qui s'en foutent royalement. Il nous faut près d'une heure pour redresser le tout, régler les dérailleurs, les freins, etc. Finalement nous apprenons que nos vélos ont été acheminés par camion ! Il eut été probablement trop simple et écologique de rajouter un wagon pour les bagages. Il fait maintenant bien nuit, le temps est plus frais que dans le Sud et en plus il pleut quelques gouttes. Nous avons encore tout Shanghai à traverser et Fabiola doit nous attendre. En chemin, nous n'arrêtons pas de nous perdre. Contrairement à de nombreuses grandes villes comme Bangkok, Kuala Lampur ou Dubaï, ici à Shanghai, il existe de vrais pistes cyclables. Toutefois, avec les scooters électriques, on voit peu de gens pédaler.

    Nous avons remarqué que sous les grandes routes express aériennes, il y a presque toujours une belle piste cyclable tranquille. Nous essayons d'en profiter mais à chaque fois que l'on doit passer une rivière, une autre grande route, ou une voie de chemin de fer, la piste cyclable s'arrête au pied d'un mur et nous devons faire des détours invraisemblables qui nous paume un peu plus à chaque fois. Epuisés et sales nous finissons par retrouver Fabiola. Elle met à notre disposition une vraie chambre avec un vrai lit. Le top du confort ! Dès le lendemain, nous partons à la recherche d'un endroit où faire réparer notre appareil photo.

    Cédric : '' En utilisant le métro hyper climatisé contrastant avec la chaleur de dehors, je suis tombé bien malade. Une bonne angine qui aura duré plus de 5 jours avec de la fièvre et des maux de tête. Comme nous n'avons plus de médicaments et que nous ne comprenons rien à la pharmacie chinoise. Je décide d'aller voir un médecin, mais pour être rembourser par notre assurance, il faut aller dans un hôpital spécifique. Le problème, c'est que pour voir un médecin, il faut être inscrit à l'hôpital. Pour être inscrit à l'hôpital, il faut remplir impérativement TOUS les champs du formulaire. Nom, prénom, adresse ET téléphone portable. Le téléphone fixe des parents ne fonctionne pas. Pour être soigné, désormais, il est OBLIGATOIRE d'avoir en sa possession un téléphone portable. Heureusement, Alice a dans sa poche le numéro de téléphone de Fabiola. Toutes ces démarches coutent très cher. Inscription à l'hôpital : 85 euro ! Consultation du médecin plus diagnostic et prescription : 35 euro ! Médicaments contre la fièvre et pastilles pour la gorge : à peine une dizaine d'euro. Au Total, pas loin de 130 euro que je dois avancer de ma poche pour des bonbons aux plantes et une boite de comprimés. Tout ça pour une angine. C'est ce qui s'appelle déplacer un grain de sable avec une grue.''

    En allant chercher notre appareil photo réparé, nous trouvons un magasin Bio pour bourgeois et chinois nouveaux riches. Les prix sont fous et souvent plus chers qu'en France et les produits sur-emballés. Néanmoins, nous décidons d'y faire quelques courses de produits frais et de céréales. Ce qui n'est pas dans cette boutique bio nous devons l'acheter chez Wall Mart, le géant de la grande distribution, l'assassin des petits commerces, l'épandeur mondial de malbouffe.

    Plus tard, nous rencontrons Monsieur Wang, espérantiste très sympathique de Shanghai qui nous aide à réserver nos billets de bateau pour le Japon. Il fallait s'y prendre quand même à l'avance car il n'y a qu'un bateau par semaine. Le prochain départ est prévu pour le 8 septembre. Nous sommes surexcités à l'idée de découvrir enfin cet archipel du bout du monde. Nous avons entendu tellement d'histoires sur le Japon et les japonais et nous sommes maintenant si proches de les découvrir par nous mêmes.

    La veille du grand départ, nous vérifions nos messages internet et nous recevons une nouvelle surprenante. les Frogsonbent, Ben et Sylvie avec qui nous avions pédalé en Turquie puis en Iran écrivent dans leur lettre d'info. ''Nous sommes à Shanghai et demain nous prenons le bateau direction LE JAPON'' !

    Hasard des hasards, après avoir eu des chemins complètement différends à vélos couchés autour du monde, nous nous retrouvons le même jour au même endroit pour une traversée sur le même bateau. Il y a des choses qui ne s'expliquent pas. Toujours est-il qu'au moment de l'embarcation, quelle surprise de voir deux français aux visages familiers. Une chose est certaine, on ne va pas s'ennuyer pendant la traversée.

    Déjà nous sommes sur le pont, les vélos en fond de cale. Le bateau donne quelques coups de cornes de brumes qui font trembler les gratte-ciels. Nous quittons Shanghai cet énorme port de commerce d'ou partent tant d'objets de mauvaise qualité qui rempliront les magasins du monde entier avant de remplir les maisons de tout à chacun. Entre les dépôts de charbon, nous regardons les immenses dépôts de conteneurs que l'on imagine rempli de presse purée en plastique, de chaussettes, de télévisions, de portables, de porcelaine, de chaises de jardin en bois exotique, de jouets Disney, de pots de peintures, d'étendoirs à linge, de lampes basse consommation fluo-compactes... .... ....

    En s'éloignant de la Chine, la mer redevient bleue mais elle commence à s'agiter comme une barrière naturelle de protection rendant le Japon accessible seulement aux plus téméraires. La première nuit sur le bateau n'est pas facile et le monstre vert que l'on appelle ''mal de mer'' vient nous remuer les tripes et nous tire sur l'oesophage à chaque fois que le bateau redescend d'une vague.

    Cédric : '' je résiste aussi longtemps que possible mais en allant prendre l'air frais du large je finis par laisser le contenu de mon estomac en nourriture aux poissons. Manque de pot, la bouche grande ouverte, j'avais le vent de face.''

    Deuxième jour de bateau, la mer s'est calmée, le soleil brille. Il commence à faire plus frais. Nous observons les poissons volants et les méduses. Mais déjà commencent à apparaître quelques rochers Japonais et ceci est une nouvelle aventure.

     


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    Du 24 au 30 aout (279km)

    Le jour de notre arrivée à Nanning, première grosse ville au Sud de la Chine, Nous retrouvons progressivement des routes bitumées et des camions qui roulent vraiment, excusez du mot, mais comme des cons !

    Cédric : ''Pour ne pas me faire écraser par l'un d'eux j'ai du me jeter volontairement dans le décor. Cet imbécile a commencé à me dépasser alors que dans le même temps il voulait se rabattre sur la droite pour vider sa benne de terre. J'ai juste eu le temps de freiner en me jetant le plus loin possible à droite sur le bas coté pour ne pas être écrasé. Alice a engueulé le pauv' gars qui à vrai dire n'y est pour rien s'il doit travailler 80 heures par semaine. Comme la plupart des esclaves chinois, il n'est pas considéré comme un humain, mais comme une machine. Pour lui, il n'a pas fait d'erreur. Son travail consiste a conduire un camion et à vider la terre sur le tas à droite de la route. vélo ou pas vélo, il n'a fait que son travail, cet homme ''machine'' est programmé pour ça.''

    Quelques kilomètres avant la ville, nous passons à coté de quelques élevages intensifs de canards. Un remède super efficace pour vous dégoûter de bouffer de la viande. Des milliers de canards qui pataugent dans une seule et même mare. On ne sait pas s'il restait beaucoup de molécules d'eau dans le liquide qui remplissait les étangs. En tout cas, il fallait passer très vite car l'odeur était abominable. Quand on est enrhumé et que l'on a le nez bouché, on dit souvent que l'on parle comme un canard. Pour survivre dans ce jus, c'est certains que les canards doivent avoir le nez bouché. En tout cas, pas besoin d'être spécialiste pour comprendre que de telles conditions d'élevages intensifs et démunies de toutes caractéristiques naturelles puissent conduire à l'apparition de nouvelles maladies comme la grippe aviaire.

    Un petit rajout sur ce récit, extrait du livre Bidoche de Fabrice Nicolino, pour mieux comprendre à quoi ressemble l'élevage industriel : ''En 1968, la Chine comptait environ 800 millions d'habitants, 50 millions de porcs et 120 millions de poulets. Ce n'est déjà pas si mal, mais attendez les statistiques de 2005 : un peu plus d'un milliard deux cent millions d'humains, 500 millions de porcs et la bagatelle de 13 à 14 milliards de poulets. Un tel phénomène porte un nom bien connu à Pékin : c'est une révolution. L'élevage concentrationnaire a transformé de fond en comble en moins de quatre décennies, les campagnes d'un pays relativement stable depuis quatre millénaires.''

    Nous ne savons pas comment c'était avant, mais nous avons un aperçu de ce qui se passe aujourd'hui.

    Nanning apparaît d'abord comme une boule grise marron à l'horizon. Il va falloir rentrer là dedans ? La pollution de l'air et la poussière de la ville est tellement importante qu'au début, nous ne voyons toujours pas les grandes tours du centre. Nous entrons par une petite route qui traverse une zone, nous ne savons pas trop ce que c'est. Un bidonville ? une zone industrielle? une déchèterie ? Pendant 10 kilomètres, le soleil disparaît complètement, tout devient très noir et puant, les murs, les ruisseaux, les gens, la route. On dirait que c'est ici que l'on essayent de retraiter les déchets. Si la production d'emballage est industrielle, leur gestion en tant que déchets reste artisanale. De pauvres gens vivent au milieu des ordures. Ils ramassent ce qu'ils peuvent sur leur vélo et tentent de revendre ce qui est valorisable. Tout le reste est brûlé sur place. Une apnée de 10 kilomètres, c'est impossible. Alors nous tentons un long sprint le tee-shirt sur le nez. L'appareil photo reste dans la sacoche. Enfin sur les grands boulevards, nous pouvons respirer un peu mieux, mais le ciel qui était bien bleu le matin est maintenant uniformément gris. A Nanning, pour la première fois nous utilisons le réseau international de cyclistes hébergeurs ''warmshower'', nous rencontrons Nancy, une américaine prof d'anglais dans une université de médecine traditionnelle chinoise à base de plantes. Nancy est vraiment très sympa et elle a déjà reçu pas mal de voyageurs. Nous laissons chez elle quelques livres et repartons avec un guide lonely planète ayant servi à un cycliste anglais qui a traversé le Tibet avec notre ami Darius, rencontré au Népal à Katmandou. Nous allons faire un petit tour sur Internet dans un cybercafé immmmmense avec plus de 350 ordinateurs !!! Malgré tout, c'est pas facile de surfer sur le net. Nous n'avons pas accès à notre site, la mise page du blog est toute déformée et il est impossible de voir les photos. Tant pis, on verra tout ça au Japon. Nancy nous aurait bien hébergé au moins deux semaines chez elle, mais nous préférons avancer vite sachant que nous préférons atteindre vite le Japon et que nous n'avons toujours pas nos billets de bateau. Hors de question cette fois ci de prendre l'avion. Nous restons tout de même une journée supplémentaire à Nanning pour nettoyer les vélos, les graisser et vérifier s'ils n'ont pas trop souffert sur les plus de 200 km de pistes.

    En route vers Liouzhou, nous sortons de la boule grise de Nanning. En regardant en arrière, le nuage apparaît assez clairement. Le ciel petit à petit redevient bleu, mais où que l'on regarde, il y a toujours de la fumée  qui sort de quelques cheminées. C'est bien simple, nous ressentons le même mal de gorge que l'on peu avoir en pédalant à Istambul, Téhéran, New Dehli, Katmandou, Pnom Penh ou Bangkok, sauf qu'ici, nous sommes dans la campagne chinoise. Nous pédalons au pied de montagnes décapitées  à cause de la beauté des cristaux de roches qui les constitues. Avec ces roches de couleurs pures roses ou blanches, on en fait des sculptures polies aux formes arrondies, des blocs qui serviront à la construction de bâtiments modernes (genre banques ou ministères). Mais attention, rien ne se perd car les miettes de ces roches sont agglomérées pour refabriquer des plaques qui serviront à cacher le béton affreux des nouveaux shopping malls et des banques. Sur la route, nous croisons des véhicules bourrés d'animaux, dont on imagine le futur proche. Des cochons entassés dans la benne d'un vieux trois roues, des canards bourrés dans des paniers de bambous, ou bien une douzaine de chiens compressés en plein soleil dans des cages installées derrière une moto. La question du bien être animal est loin de faire débat par ici. Le principal est de manger de la viande, peu importe comment.

    A coté de cette violence banale, les chinois sont d'une gentillesse incroyable. Nous avons bien sûr fait l'expérience du bain de foule de curieux dans un petit village où nous avons eu la mauvaise idée de nous arrêter manger une soupe de nouille avec des morceaux de viande de rats. Le restaurant, vide à notre arrivée, s'est rempli en quelques minutes. Les chinois ruraux, loin d'avoir une réaction agressive envers les extraterrestres que nous sommes, nous observent de très près. Vraiment très près c'est vrai, mais ils gardent le sourire. Arrivés plus tard à Liouzhou avec notre appareil photo en panne, nous décidons de prendre le train depuis cette ville, direction Shanghai où nous devrons nous y prendre à l'avance pour acheter nos places sur le bateau vers le Japon. C'est bientôt la rentrée scolaire et les trains sont bondés d'étudiants qui migrent vers Shanghai. Pas facile d'acheter un ticket et les places pas chers sont rares. Heureusement nous rencontrons un super couple de jeunes gens. Tchang et Ann. Ils parlent bien anglais et nous aident à acheter les billets et à envoyer les vélos dans un autre train (ce que nous regretterons arrivés à Shanghai). Après cette épreuve difficile, Ann et Tchang nous font visiter leur ville. Ils nous promènent dans la Chine moderne, la Chine illuminée, bruyante, polluée vivant au rythme des klaxons, la Chine qui n'a plus rien à voir avec un pays en voie de développement. Nos amis disent regretter que leur ville soit si petite, sans intérêt particulier. Il n'empêche, nous faisons un tour en taxi dans des embouteillages monstrueux, direction les grands centres commerciaux où toutes les grandes marques de fringues ont leur boutique. Les leaders mondiaux de la malbouffe sont aussi bien représentés. Il y a Mc Caca bien sur, KK Food Cie, Pizza Beurk, Starbeurk café, Mister Gronut, etc. Nous suivons nos amis qui nous emmènent voir leur tante, vendeuse de fruits épicés et sucrés, puis dans l'un de ces grands malls hyper-climatisés, nous passons une soirée agréable dans un café à boire du jus de fruit et à manger des crêpes. Le lendemain sur le quai de gare, Ann et Tchang nous retrouvent pour nous dire au revoir et nous souhaiter bonne chance. De Liouzhou et nos amis, nous n'aurons pas de photos, mais un très bon souvenir. Les sacoches des vélos sont lourdes à porter jusque dans le train. Nous avons les épaules en compote et les mains lacérées. Franchement, nous devons avouer le fait que nous sommes content de faire ce bon rapide de presque 2000 kilomètres. Nous espérons que le climat de Shanghai sera plus frais car les 6 mois de chaleur intense que nous venons de vivre dans le Sud-est asiatique nous ont épuisés. Pour dire vrai, couchés sur nos banquettes à 50 cm du plafond du wagon, nous n'avons qu'une idée en tête : le Japon ! Sur cet archipel, nous devrions retrouver un climat tempéré. Peut-être même verrons nous de la neige en montagne. Enfin, nous pourrons retrouver la fraîcheur d'une nuit sous la tente.

     


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  • Du 20 au 23 aout 2009 (301 km)

    Passage de la frontière presque sans problème. Nous sommes fichés de tous les cotés (photos, poids, taille, adresse internet, etc...). Dans cet énorme bâtiment gris, la procédure d'admission se déroule sur plusieurs niveaux. Nous devons franchir des escaliers mais avec les vélos ce n'est pas si simple. Nous décidons de passer tous les bureaux en laissant nos vélos dehors. En retournant chercher nos montures, un douanier nous interpelle ! Il nous demande, avant de passer les vélos en Chine, de franchir tous les bureaux. Nous essayons en vain de lui expliquer que c'est exactement ce que l'on vient de faire, mais le gars s'en fiche. Alors nous recommençons tout le circuit devant des fonctionnaires qui ne comprennent pas pourquoi nous passons une deuxième fois. Vient ensuite le moment de la fouille des vélos. Le même type qui nous a demandé de tout repasser crève d'envie de fouiller nos sacoches. Il tourne un peu autour des vélos et nous prie d'attendre son collègue. Ce dernier n'arrivant pas, le douanier frustré nous fait des signes de la main, du vent, du balai, je ne veux plus vous voir.

    Et voila, nous sommes en Chine. Premiers coups de pédales sur une route super nickel! Presque pas de circulation. Nous qui étions très angoissés à l'idée de rouler dans cet empire, nous sommes peu à peu rassurés. Les premiers chinois que nous croisons sont très sympathiques et respectueux. Après 30 kilomètres de route de campagne et de forêt, nous circulons dans une énorme zone industrielle où l'on ne commercialise que du bois. Il y a des scieries, des usines qui sentent le produit chimique et des grands magasins où l'on expose les meubles énormes en bois tropical massif. Cette première vision de la Chine industrielle nous donne des frissons, mais rassurez-vous, ce n'est qu'un début, le pire est à venir. A coté de cela, nous rencontrons des chinois toujours gentils et prêts à nous aider malgré une sérieuse barrière de la langue. Dans les épiceries, les prix sont affichés. Nous n'avons donc pas à marchander, ce qui nous repose du Vietnam, car même sans négociation, les tarifs sont toujours moins chers en Chine. Un truc incroyable que nous découvrons dans la première épicerie, puis partout, ce sont les pattes de poulets entières avec la peau, les ongles et tout, confites et emballée sous vide dans du plastique. hmmmm !!!

    Comme le temps est toujours très chaud et moite, nous ne pouvons absolument pas dormir sous la tente. Nous allons donc dans les hôtels qui à notre grand étonnement, nous proposent des chambres toujours bien et beaucoup moins chers que les prix affichés. Est-ce à cause de la saison creuse, ou bien à cause de nos têtes complètement déconfites en fin de journée ?

    Les villes Chinoises sont toutes construites sur le même modèle : Du béton, du béton et du béton. Des immeubles de trois étages, tous identiques et tous en toc. Même dans les petits villages, les maisons traditionnelles de paysans sont rasées. Les familles sont expropriées pour être relogées dans des ''cages à lapin''. Cela donne une impression très étrange de campagne à la ville, car devant ces bas immeubles, on voit des buffles, des récoltes qui sèchent au soleil, des meules de paille, des tas de bambous, des enfants qui jouent avec des pompes à traiter...

    Très vite, le paysage de campagne que l'on avait près de la frontière vietnamienne se transforme en gigantesque plantation de cannes à sucre. Pendant 3 jours, nous quittons la route principale pour rouler presque exclusivement sur de la terre, alternant entre zone de cailloux, sable, taule ondulée et boue. Le paysage de montagne dont nous pouvions rêver a presque disparu. Pour des chinois, rien n'est impossible. Nous avons vu dans le Sud de cette Chine des forêts de montagnes rasées pour être replantées en cannes à sucre. 24h/24, des ouvriers travaillent sur des pelles mécaniques pour arracher, mettre en tas et brûler des milliers d'hectares de forêt. Sachez que cette canne à sucre ne servira jamais à sucrer votre yaourt ou votre café, mais à produire de l'éthanol pour faire rouler les voitures. Après la Malaisie et son carburant à base de noix de palmiers à huile, voici la Chine et son essence sans plomb 100% origine canne à sucre. A force de réserver autant d'espace pour nourrir nos bagnoles, que restera-t'il  pour nourrir les hommes ? Vivre ou conduire, c'est à nous tous et maintenant de choisir ! On entend déjà les commentaires : ''si vous croyez que c'est facile de se passer de la voiture" comment on fait pour aller faire les courses ? Pour aller travailler ? Quand on habite à la campagne ? Quand on à pas le temps ?...'' C'est sur, nous ne disons pas le contraire, ce n'est pas toujours facile de se passer de la voiture et on a tous de bonne raisons pour rester accroché à son volant. Simplement, qu'en il faudra se passer de manger pour pouvoir continuer à faire rouler la voiture, la vie sera encore plus dure, ne pensez vous pas ? Toujours est-il que le spectacle qui se déroule sous nos yeux à de quoi faire peur, surtout quand on sait que la plupart des gens en Europe ou dans le monde occidental ne verrons jamais ce qui se cache derrière leur pompe à essence. Une belle publicité viendra vanter et reverdir les atouts des BIOcarburants, comme écologique et durable.

    Pour en revenir au Sud de la Chine que nous avons traversé, une des démonstrations de force les plus impressionnante qui soit ; un fait réel montrant à quel point l'homme est capable de déployer une énergie phénoménale pour détruire sa planète : c'est tout simplement ces montagnes qui disparaissent sous les explosions de dynamite. Un peu partout dans le Sud de la Chine, des montagnes entières disparaissent pour finir en route, en immeuble, en bordure de trottoir, ou en banc public. A une vitesse extraordinaire, le paysage est définitivement modifié, les montagnes pas seulement grignotées, mais bouffées jusqu'à la base, laissant une surface plate, apte à être recouverte ensuite par de la canne à sucre.

    Dans ce paysage désolé, mort, sans biodiversité, où fume de loin en loin des cheminées de cimenteries, nous avons parfois la surprise de trouver entre deux rangées de montagnes préservées, quelques paysans, vivants dans des maisons traditionnelles en pierre ou en terre et travaillant avec des animaux de trait. Au fil des kilomètres, nous arrivons même à remarquer que les villages isolés les uns des autres appartiennent à des groupes de gens différents. Nous remarquons des différences notamment dans la conception des maisons, tantôt en pierre, tantôt en terre. Dans la façon de récolter et stocker le riz, certains villages ne travaillent presque exclusivement qu'avec des buffles tandis qu'ailleurs, on ne travaille qu'avec des chevaux. Certains villages tirent leur subsistance des rivières (épinards d'eau, lotus, poissons, canards...). Un point commun cependant, et c'est loin d'être une qualité : tous les paysans sans exception s'empoisonnent et empoisonnent leur environnement avec des pesticides. Ils ont beau être parmi les gens les plus pauvres de l'empire de Chine populaire, ils ont tous la télévision et suivent rigoureusement les bulletins de météo agricole, financés par les grosses firmes de l'industrie agro-chimique. Résultat, 7 paysans sur 10 que nous croisons, se ballade avec une pompe à traiter dans le dos. A quand le procès de ces fabricants de poisons qui empoisonnent sciemment tous ces paysans !

     

     


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