Bonjour et
Bienvenue
sur le blog de
Portrait de Planète
C'est ici que vous pourrez suivre
le voyage de
Cédric et Alice.
Vous y trouverez des photos, des vidéos, des sons, le carnet de route des voyageurs et surtout de nombreuses informations sur ceux qui luttent un peu partout dans le monde pour la préservation de l'environnement
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Bedaurinde, nia blogo estas en franca, tamen, vi povas vidi kelkajn bildojn. Post la voyagxo, ni provos skribi libron esperante pri nia historio
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du 23 au 25 avril 2008 (on ne pédale pas dans la forêt primaire)
Alors voila, c'est décidé, nous allons faire un tour dans ce qui reste de la forêt primaire. Au début, c'est vrai, il a fallu nous convaincre d'aller dans cette destination à touristes, avec l'angoisse de nous voir contraint de suivre un circuit touristique bien balisé sur une portion de forêt bien aménagée.
En fait, en arrivant à l'entrée principale du parc, nous constatons que l'hébergement est plutôt rudimentaire, pas cher, et les touristes ne semblent pas si nombreux. Peut-être que nous sommes en basse saison, ou peut-être qu'un site dédié à la forêt primaire n'est pas vraiment la priorité du gouvernement de Malaisie, clairement et ouvertement pro-palmiers et pro-déforestation.
Pour aller dans le parc, nous devons traverser une petite rivière. Des bateaux à moteur se chargent de nous emmener moyennant une petite pièce. Une fois dans le parc, la première chose qui apparaît devant nous, ce n'est pas la maison du parc où nous devons retirer nos autorisations mais la réception d'un hôtel de luxe. Plus d'un hectare à été déboisé pour construire des maisons de bois individuelles climatisées, à destination des touristes plus fortunés. Sans autorisation donc, nous commençons à nous promener la première journée. Aucun gardien du parc ne viendra nous contrôler. Officiellement si quelqu'un est pris sans permis, il risque très gros, de même que si l'on jette un papier dans la forêt et que l'on est pris, on risque quelque chose comme 3000 euros d'amende. Le deuxième jour, nous partons à l'aube. Nous sommes les premiers à traverser la rivière et cette fois-ci nous prenons nos permis pour circuler dans le parc. 1 RM!!! C'est le prix que nous payons pour l'autorisation de circuler dans cet endroit unique !!! Plus précieux que tout l'or du monde, pour cette petite miette de ce qui était, il y a encore 20 ou 30 ans, une gigantesque forêt primaire, nous devons payer 20 centimes d'euros !!! C'est dire encore une fois la valeur de ce joyau aux yeux du gouvernement de Malaisie. Nous aurions préféré payer 10 euros afin de rémunérer correctement de vrais gardiens et de vrais projets de conservation et protection de la forêt primaire.
Notre permis en poche, nous commençons à nous enfoncer dans ce paradis. Chaque pas, nous fait découvrir une nouvelle forme, un nouvel insecte, de nouvelles odeurs, des sons différents. Tous nos sens sont sollicités au maximum, nous regrettons même d'avoir des yeux si peu nombreux et des oreilles si petites. Dans ce paradis, il y fait toutefois très chaud et humide et puis il y a des moustiques, des sangsues, des épines, de grosses fourmis, des araignées, des serpents et tout un tas de locataires qui pourraient rebuter pas mal de personnes. Mais, à la vue de l'un de ces arbres gigantesques, on oublie tout et l'émotion reprend le dessus !!! Parfois, on s'imagine « Dieu » en train de semer la vie sur terre et on se dit qu'il n'était quand même pas très bon jardinier. « Dieu » devait être aussi un peu fainéant sur les bords et il a du être un peu fatigué de semer la vie sur terre, alors il a abandonné son sac de graines sur place et ça a donné cette forêt. Nous ne voyons pas d'autre explication justifiant une telle richesse biologique. A la mi-journée, alors que nous étions en pleine contemplation au milieu d'un sentier peu fréquenté. Nous nous faisons rattraper par deux randonneurs, les seuls Homo-sapiens que nous verrons de la journée. Ils sont toulousains d'origine et ils baroudent depuis de nombreuses années. Vraiment très sympas, nous discutons ensembles un bon moment. Ils sont complètement effarés par la vitesse à laquelle on détruit ces forêts. Ils connaissent bien ce coin de la planète pour s'y balader régulièrement depuis un bout de temps. Ils voient la progression du palmier à huile, les grands arbres qui disparaissent, les orangs-outans massacrés, le tourisme de masse qui se développe et bétonne les côtes et les îles du Sud-Est asiatique. Comme nous, ils voient le monde aller de mal en pis et leur vision de l'avenir est plutôt pessimiste. Alors ils viennent profiter de ce musée de la forêt primaire, peut-être le seul endroit où l'on peut encore observer des grands arbres. Ils nous expliquent, par exemple, que dans d'autres parcs naturels, il est autorisé de couper les plus grands arbres pour le « business » du bois. Notre moral continue à tomber en chute libre. Notre seul espoir, c'est d'écrire dans ce blog en espérant qu'en lisant ces lignes, vous puissiez être touchés et soudain conscient que le plus important, ce n'est pas la crise économique ou votre revenu mensuel mais que la vraie urgence c'est de lutter quotidiennement pour sauver ce qui reste de notre planète. Il y a tellement de chose possible à faire et, en France, tellement d'initiatives et d'associations ! Vous pouvez aider des paysans Bio, leur donner un coup de main. Vous pouvez vous organiser à plusieurs pour manger bio et local pour pas cher. Même sans parler de label Bio, mais trouver des paysans qui se revendiquent comme tels et pas des ''agro managers'' qui gèrent leurs champs par satellite.
Jardinez !!! Même en ville, il y a moyen de faire pression sur les politiques pour récupérer des terrains. Pour les petits budgets, la solution n'est pas chez LIDL ou dans les rayons top budget d' Auchan, mais bien dans le jardin où les légumes ne coûtent rien !! Vous récupérer vos graines d'année en année, les échanger avec les voisins et amis, vous arrosez à l'eau de pluie, vous engraissez la terre avec votre compost. Tout cela ne vous coûte qu'un peu de temps. A la maison, vous pouvez réduire votre consommation d'électricité. Regardez dans vos tiroirs, combien d'objets électriques inutiles vous avez, à commencer par votre téléphone portable ou votre télé! Ensuite vous avez la possibilité de quitter votre fournisseur d'électricité nucléaire pour des fournisseurs d'électricité renouvelable. Et ne vous imaginez pas par exemple qu'en quittant EDF, vous allez faire couler l'entreprise et que l'entretien des centrales va diminuer et donc la sureté nucléaire avec. C'est déjà le cas! EDF reverse un maximum d'argent pour ses actionnaires et un minimum pour la sureté dans les centrales.
Bref, revenons dans notre forêt où ce soir la projection d'un film de propagande nous a révoltés. Nous pensions regarder un film instructif nous apprenant un tas de chose sur les animaux et les plantes. En fait, il s'agissait d'un film publicitaire pour inciter les gens à venir dans ce parc, ce qui est idiot puisque ceux qui voient le film y sont déjà. Le pire, c'est bien la petite propagande pour le palmier à huile. Pas un mot sur les grands arbres mais par contre, l'éloge sur la diversité des espèces de palmiers à huile de cette forêt. Il y a aussi un clin d'oeil aux tribus qui vivent dans le parc. Le gouvernement malaisien, dans toute sa grandeur et son immense bonté, a autorisé les tribus indigènes à continuer de vivre de manière traditionnelle et à prélever dans la forêt le nécessaire à leur survie, malgré le fait que ce soit un parc national. Une attraction touristique consiste d'ailleurs à aller observer ses ''sauvages'' qui vivent dans la forêt.
Le samedi, c'est le week-end pour les gens du pays. Ils viennent en nombre s'amuser dans ce qui reste de leur vie passée. La forêt primaire se transforme en parc d'attraction, où les gens courent partout, crient, cueillent des plantes ou grattent l'écorce de certains grands arbres sous prétexte qu'ils ont des vertus médicinales et que désormais, ils ont complètement tous disparus. Les anciens nous racontent qu'autrefois, ils allaient pêcher sur la rivière. L'eau était claire et transparente, ils lançaient leur filet lorsqu'ils voyaient les poissons. Maintenant avec la déforestation et les plantations de palmiers, la terre est mise à nue et la pluie a transformé la rivière. Désormais couleur café au lait, l'eau est devenue complètement opaque, plus personne n'oserait y nager. De plus le trafic de bateaux est incessant et les gens ont abandonné la tranquillité de la rame pour des moteurs à essence bruyants et polluants.
Même si nous avons un gros coup de déprime, nous nous considérons comme extrêmement chanceux d'avoir pu voir et marcher au coeur de ce vestige du poumon de la planète, régulateur des climats. Nous sommes conscients que ce cadeau là n'est pas donné à tout le monde. Ce que nous avons éprouvé au pied de ces arbres, ou bien devant ces insectes ou ces fleurs restera gravé à jamais en nous.
Publié par alice.cedric à 06:29:23 dans Carnet de route | Commentaires (0) | Permaliens
17 au 22 avril (138 km)
De retour à Khota Bharu, un jour de repos est nécessaire car nous ne pouvons toujours pas nous asseoir. On a vraiment l'air fin, tous les deux couchés sur le ventre, le ventilateur et la serviette humide conjugués pour nous refroidir le feu des coups de soleil.
Le 18 avril, nous quittons enfin Khota Bharu. Il fait vraiment très chaud et nous souffrons beaucoup sur les vélos. Pas seulement à cause de la chaleur, mais surtout, à cause du trafic intense et de la conduite dangereuse, voire criminelle de certains automobilistes. Les camions nous enfument les poumons de leurs particules hautement cancérigènes. Malgré le fait que nous pédalons sur la bande d'arrêt d'urgence, il y a toujours des malades qui doublent par là et certains ont bien faillis nous tuer. Autant dire qu'en plus de la trouille, on avait vraiment envie de les retrouver et de leur casser leur bagnole !!! Ensuite, mélangée à l'odeur des pots d'échappements, il y a en permanence l'odeur des cadavres d'animaux. Il y a des chats, des chiens, des poulets, mais aussi de beaux félins sauvages, des grosses tortues, la carapace explosée, des centaines de serpents, des énormes varans, des oiseaux de toutes les tailles, des civettes, etc... Et oui, conduire une voiture c'est exactement comme mettre entre les mains de n'importe qui un fusil de chasse chargé. Nous sommes définitivement des traumatisés de la bagnole. Parfois on entend encore le bruit des roues qui passent sur les cadavres, la peur de recevoir un bout de viande sur la figure, l'odeur de la mort... C'est horrible !!! Nous sommes désolés pour ce paragraphe un peu morbide, mais c'est notre traumatisme et notre incompréhension face à l'obstination de l'humanité toute entière à vouloir persévérer à tout prix dans l'ère de la voiture. Personne ne conçoit ses déplacements autrement. Regardez les hommes politiques locaux, la plus part se font élire avec des ronds points et des routes ! Regardez les scientifiques qui cherchent des alternatives au pétrole ! Et les citoyens qui n'attendent que la possibilité de rouler dans un 4x4 électrique nucléaire, ou une Mercédès qui fonctionne à l'huile de palme bio, ou une Citroën qui roule à l'hydrogène et pourquoi pas une Fiat en plastique recyclé qui roulerait à l'eau !!! Tout le monde vit dans l'attente du nouveau modèle de voiture propre, qu'on devrait baptiser Jésus. Mais en attendant, tout le monde continue de prendre son vieux char polluant pour faire 5 km, alors que l'extrême état d'urgence climatique dans lequel nous sommes voudrait que l'on remette immédiatement en cause l'utilisation, même, de la voiture. Malheureusement, nous sommes en train de constater que si l'homme, par rapport au reste des animaux, est doué d'une grande intelligence et d'une conscience, en revanche il semble de plus en plus évident que ce qui manque à l'humanité, c'est l'instinct de survie.
Nous aurons l'occasion de revenir sur le thème de la bagnole car il y a encore beaucoup de choses à dire dessus. Déjà, nous voyons d'immenses zones déforestées, replantées avec du palmier à huile. Notre journée se termine avec une énorme migraine. Plusieurs chinois nous viennent en aide et nous dessinent un plan pour trouver un hôtel pas cher. Après 80 kilomètres nous sommes lessivés. Dans la salle de bain, on se balance des gamelles d'eau sur la tête pour nous refroidir. Puis on se couche sous le ventilateur. Dehors, le ciel s'assombrit très vite, le tonnerre ne tarde pas à se faire entendre, puis le vent et le déluge.
Le 19 avril, cela fait maintenant un an que nous sommes sur les routes et aujourd'hui nous avons beaucoup moins la pêche qu'il y a un an. Le coup de chaud de la veille nous a mis K.O. Impossible de décoller ce matin, nous continuons à nous arroser régulièrement pour refroidir notre organisme en surchauffe. En essayant de regarder les cartes de plus près, nous constatons qu'il n'y a pas de petite route pour continuer vers le Sud. Les gens d'ici nous conseillent plutôt de continuer en pirogue ou en train. Le bateau est une option très chère et c'est un peu risqué de mettre nos deux vélos sur une pirogue de 80 centimètres de large. En début d'après midi, nous décidons d'avancer, pour aujourd'hui, en train.
Nous installons les vélos au bout du dernier wagon. Il y a une faune terrifiante autour de nous. Des drôles de types pas très clairs viennent s'installer en face de nous. Ils fument, mangent et jettent tout le plastique par la fenêtre. Devant nous, c'est presque de la provocation, surtout quand ils nous soufflent la fumée de mégot à la figure. Dehors le paysage alterne entre vastes étendues fraîchement déforestées, palmeraies et lambeaux de forêt primaire.
Arrivés à Dabong, il commence à pleuvoir, le tonnerre gronde et nous n'arrivons pas à trouver un endroit suffisamment à l'abri pour nous installer. Tournant en rond dans ce petit village, une femme finit par nous montrer une guest house. En voyant ce bâtiment, style préfabriqué, avec des versés du coran affichés, nous n'aurions jamais pu imaginer, qu'il s'agissait d'un hébergement. Le malais qui tient les lieux ne nous inspire pas vraiment confiance. Il traine des pieds, s'intéresse un peu trop au prix de nos vélos et veut nous faire payer le prix fort pour une chambre qui sent le moisi. Finalement, nous négocions un demi-tarif.
Le lendemain, nous reprenons la route et notre homme décide de nous accompagner sur les premiers kilomètres, pour nous mettre sur la bonne voie. Au moment de nous laisser, il nous montre dans les montagnes une grande cascade et il nous paye un café glacé. Finalement, il était louche comme gars mais bien gentil. Sur la petite route, dans la jungle, le bitume est parfois complètement défoncé, ce qui est normale étant donné le nombre et le poids des camions qui transportent des grumes d'arbres gigantesques, sur un bitume léger, recouvrant le sol argileux et humide de la jungle. Cette zone au relief assez marqué, à rendu la déforestation difficile jusqu'à présent. Toutefois, certaines entreprises chinoises se sont spécialisées également dans l'abattage des arbres quelque soit le relief. C'est ce qui s'appelle le cerveau humain au service de la destruction planétaire.
Il fait super chaud, la végétation qui nous entoure, rend l'air saturé en eau. Dans les montées, nous n'avançons plus qu'à 4 km/h. La sueur ruisselle sur notre peau. Dans les descentes, nous séchons un peu. Le sel se cristallise alors sur nos jambes, nos bras et notre visage. Nous sommes de vraies petites salières ambulantes. Vers midi, nous sommes complètement épuisés et nous avons quelques doutes sur la direction à prendre. Normalement nous aurions déjà dû dépasser une ville. A un carrefour, nous nous arrêtons à l'ombre du petit préau d'une maison. La porte ne tarde pas à s'ouvrir et c'est Zura qui nous invite à boire un coup chez elle. Nous acceptons sans nous faire prier, nous sommes en surchauffe. Elle nous prépare un délicieux thé glacé. Il y a aussi son père, sa mère et ses 2 frères. Ils sont très gentils et nous proposent de prendre une douche. Là encore, nous acceptons facilement. Après la douche, ils nous donnent des habits traditionnels ''Sarong'', c'est à dire un simple tissu léger cousu de manière à former un tunnel, dans lequel on se glisse. Les garçons roulent simplement le tissu au niveau de la taille et les filles au dessus de la poitrine. On se sent vite beaucoup mieux et la famille pousse la générosité jusqu'à nous inviter à manger et dormir une nuit. Comme cela, nous pourrons visiter, dans l'après-midi, leur jardin familial, où, nous disent-ils, il y a une très belle grotte.
Après le repas, le fils aîné nous montre comment fabriquer un cerf-volant. Avec une rapidité et une précision incroyable, il assemble des bouts de bambous taillés très fin, puis colle du papier vitrail pour faire la voile. Et voila, en même pas 10 minutes, nous avons un très beau cerf-volant prêt à voler.
Le père vient nous chercher pour aller au jardin. Nous nous attendons à trouver un genre de potager avec des légumes et quelque chose qui ait l'air d'être cultivé, mais après avoir marché dans la forêt, ils nous expliquent que c'est ça leur jardin. Le père nous montre des arbres d'où il récolte quantité et variété de fruits. Certaines herbes sont également utilisées en cuisine ou en médecine. Au milieu de ses arbres nous faisons la dégustation de tout ce qu'il nous propose. Les enfants qui nous ont accompagnés, réclament certains fruits, alors le grand frère sort sa machette et coupe une grappe à chacun. Au milieu de leur ''jardin'', il y a un énorme rocher de plus de cent mètres de haut. Véritable gruyère, nous partons à la découverte de toutes ces cavités. Le père est très heureux de nous montrer son domaine. Les enfants tapent des mains pour déranger les chauves-souris. En haut des plus grandes entrées, il y a des nids d'hirondelles et des essaims d'abeilles. Notre exploration, nous fait progressivement escalader le rocher, jusqu'à ce que la hauteur nous permette d'apprécier la beauté du paysage. Le soleil va bientôt se coucher, on rentre juste avant qu'il ne fasse vraiment nuit. Le frère de Zura, spécialiste des cerfs-volants, nous fait une belle démonstration. Le vent est nul mais il arrive à le faire voler quand même.
La soirée est agréable en compagnie de ces gens adorables, on va se coucher dans leur maison qui est en fait un hangar et on s'endort, en regardant les acrobaties des geckos sur la taule ondulée du plafond, à la chasse aux moustiques. Allez-y les gars, mangez-les tous!!!
Nous repartons de chez eux chargés de cadeaux. Ils nous offrent 2 kgs de fruits de leur ''jardin'', le cerf-volant fabriqué la veille et deux petites corbeilles fabriquées par un jeune voisin, sur le principe de la vannerie, mais avec de la récupération de papier journal roulé. Zura nous explique qu'il n'y a vraiment pas grand chose jusqu'à l'entrée du parc national et que la meilleure entrée se trouve du coté de Jerantut. Ils décident de nous accompagner jusqu'à la gare et de voir avec nous si nous pouvons mettre les vélos dans le petit train. En famille sur la moto, ils viennent pour nous dire au revoir. Nous comprenons mieux pourquoi personne ne possède de voiture dans le petit hameau de Zura. Car pour rejoindre la petite ville, il faut traverser une rivière et le seul pont, c'est celui du train. Les motos et vélos traversent sur une passerelle métallique. La chaleur humide nous assomme complètement, nous sommes presque contents de prendre le train.
Ceci dit, une fois dans le wagon, nous avons bien vite regretté la chaleur tropicale. Il y fait une froideur extraordinaire. Blottis tous les deux sur une paire de siège, nous essayons de ne pas mourir de froid. Cet usage abusif de l'air climatisé est tout simplement ridicule. Nous sommes pendant presque tout le trajet, les seuls dans le wagon et on comprend pourquoi, car seul des individus ayant connu la froideur hivernale peuvent résister à l'enfermement dans ce frigidaire à roulettes.
Enfin à Jerantut, nous sommes crevés. Des jeunes gens travaillant pour les hôtels viennent chercher tous les blancs becs comme nous, pour nous emmener dans leur hôtel. Il s'avère que les jeunes, ici présents, proposent une chambre vraiment pas cher. Nous les suivons et ils nous installent dans une toute petite piaule à peine plus grande que le lit, sous le toit. Repos tout l'après-midi, nous nous réveillons au crépuscule comme des chauves-souris qui partent en quête de nourriture avant de rentrer se coucher.
Publié par alice.cedric à 06:26:49 dans Carnet de route | Commentaires (0) | Permaliens
Du 10 au 17 Avril 2009 (55 km)
Lors de nos dernières minutes en Thaïlande, juste au niveau de l'embarcation qui doit nous faire traverser la rivière frontière, nous croisons une jeune voyageuse indonésienne courageuse. Elle s'appelle Aritsé et se rend à son nouveau travail ... en vélo, au Nord de la Thaïlande !!! Elle va travailler dans un hôpital et pour ne pas polluer et arriver en forme à son nouveau poste, elle a décidé d'y aller en vélo. Elle nous indique que pour aller en Australie en bateau, c'est possible en partant d'un petit port sur la dernière île indonésienne à l'Est, partagée avec l'Est Timor. Nous ne savons pas encore si nos coups de pédales nous emmènerons en Australie, mais après tout pourquoi pas ? Nous sommes désormais tellement au Sud, tellement près des kangourous, koalas, dingos, ornithorynques et autres drôles de bestioles endémiques à ce continent. Pourquoi ne pas aller leur rendre visite ?
Nous passons la frontière sans problèmes. Au bout de 10km, le pneu avant d'Alice crève. Il faut dire qu'en y regardant de plus près, il commence à être complètement usé. On voit des trous partout, le caoutchouc se déchire et commence à se décoller du tissu intérieur. En même temps, c'est l'histoire d'un petit pneu à la fin de sa longue vie de plus de 11000 km. En arrivant près de Khota Bharu, la grosse ville au Nord-Est de la péninsule, nous nous apercevons que la vie est sans doute plus chère qu'en Thaïlande. Il y a un tout petit peu plus de vélo et surtout moins de gros 4x4. Nous nous faisons doubler par des voitures de petit format ainsi que des vieilles ruines de bagnoles toutes rouillées et fumantes à faire disparaître la lumière du jour après leur passage. Nous arrivons enfin à Khota Bharu à la recherche d'une guest house portant presque le même nom que la famille Zeg que nous avions rencontrée en Iran. Après les avoir loupés au Népal (à cause de la pneumonie), nous nous loupons encore cette fois-ci, apprenant dans la soirée qu'ils ont passé la frontière de la Malaisie pour aller en Thaïlande, à peu près au même moment où nous passions la frontière en sens inverse, mais pas au même endroit!
Fatigués, à bout de force, nous finissons donc par trouver l'auberge de monsieur Zeck. Nous passons deux jours à Khota Bharu pour nous reposer de cette éprouvante traversée du Sud de la Thaïlande en guerre. Nous profitons de ce repos pour chercher un pneu avant pour le vélo d'Alice. Nous ne trouvons qu'un pneu de VTT ''made in Malaysia'' de mauvaise qualité. Il nous dépannera jusqu'à ce qu'on en trouve un correct.
En nous promenant dans la ville, nous avons constaté qu'un chant artificiel d'oiseau semblait provenir de toits d'immeubles. Bizarre, ça ressemble aux cris des martinets et parfois plutôt à celui d'hirondelles. Est-ce encore une idée des chinois pour éloigner le mauvais esprit ou attirer les faveurs des Dieux ? Nous trouvons vite la réponse derrière de grandes affiches représentant des hirondelles sur leur nid ! Nous entrons dans une boutique chinoise où nous sommes très bien accueillis comme vous pouvez vous imaginer! Les chinois nous font tout visiter et ils nous expliquent que sur certains immeubles, ils ont installé des chambres sombres d'où ils diffusent ce chant artificiel dans le but d'attirer les oiseaux afin qu'ils s'y installent et construisent leur nid. Ensuite les chinois récupèrent le nouveau nid et le nettoient de toutes ses impuretés jusqu'à ce qu'il ne reste que la bave séchée de l'oiseau, ce qui forme, pour que vous puissiez imaginer, un squelette du nid. Après ce ''nettoyage'', la bave, sans goût particulier mais très riche en protéine, peut-être utilisée afin de réaliser des plats ou des boissons qui auront la propriété d'être excellents pour la santé et notamment de ''faire de beaux seins et de belles fesses'' (c'est ce que nous disent les chinois). Ils nous font goûter une boisson avec du miel, du litchi et de la bave d'hirondelle. Sans goût particulier, on a juste un peu fait la grimace sur la bave qui avait ramolli dans le fond du verre et qui était devenue gluante.
Après cette expérience, nous retournons chez monsieur Zeck et après avoir entendu autant de personnes nous parler de la mer turquoise transparente et des poissons multicolores, nous nous décidons enfin à partir sur les îles Peranthianes.
En nous rendant sur la plus petite des deux îles, nous constatons bien vite qu'il est fini le temps où il fallait s'y rendre sur des bateaux de pêcheurs et dormir là-bas dans des petites huttes de bambous au toit de feuilles de palmiers tressées. Aujourd'hui, nous y allons avec des bateaux aux moteurs surpuissants, qui vont à une vitesse phénoménale ! Arrivés en moins de deux sur les îles, nous sommes accueillis par les antennes relais de la téléphonie mobile, puis par les nombreux hôtels et bars de plages. Sur la petite île où nous nous rendons, nous apercevons 2 éoliennes sur le point culminant. Ca tourne.
Le premier jour, nous explorons l'intérieur de l'île, à la découverte des habitants de la jungle humide. Il fait franchement très chaud et il nous semble voir l'eau sortir de notre corps. Nous sommes trempés. Les petites plages sans personne sont très belles mais nous sommes choqués par la quantité de coraux morts. Au sommet de l'île nous découvrons une très belle centrale électrique. Il y a 2 éoliennes et une très bonne surface en panneaux solaires. L'installation vient tout juste d'être terminée et des ouvriers y travaillent encore. L'électricité est acheminée vers la partie sud de l'île, là où se trouve la plus grosse concentration d'hôtels. Nous suivons la ligne électrique jusqu'aux plages à touristes. Nous y sommes accueillis par plusieurs feux de bouteilles et emballages plastiques. Les hôtels proposent des chambres climatisées, la musique reggae et électro est diffusée à fond sur la plage, de jour comme de nuit. En arrière plan, des gros groupes électrogènes fabriqués avec des vieux moteurs de camions produisent le complément d'électricité que les énergies renouvelables ne peuvent pas produire. Ces moteurs bruyants et fumants servent à fournir le gaspillage d'électricité de l'île. Les bars illuminés se sont installés sur le sable de la plage.
Parmi les touristes qui composent l'essentiel de la population, la plus part sont jeunes, anglo-saxons et célibataires à l'affût du premier amour de vacances. Il y en a aussi beaucoup qui sont venus ici juste pour ne rien faire et rester dans un transat à rêver qu'ils sont sur une île déserte. Entre nous, rester dans un transat à rien faire est une activité réalisable près de son domicile. Pas besoin de traverser la moitié du globe en avion et polluer autant pour si peu!
Malgré le fait que nous soyons dans un parc naturel, la volonté est plus de développer le tourisme de masse que de protéger le milieu naturel et sa biodiversité. Il faut savoir que les tortues ne peuvent plus venir pondre sur ces plages bondées de touristes ! Ce qui est le plus terrible, c'est que le tourisme s'est développé grâce à ces tortues et force est de constater que c'est ce même tourisme qui va les exterminer. En effet, ce serait tellement mieux si quelques règles pour la préservation de l'espèce étaient respectées comme: ne pas faire de feux de camp sur les plages, ne pas faire de bruit surtout la nuit quand les tortues viennent pondre, ne pas les toucher quand elles pondent, ne pas leur faire peur, être loin d'elles, ne pas mettre de bar sur les plages car ils empiètent sur le territoire de ponte,... bref du bon sens et pourtant... tout le contraire est fait sur ces îles! De plus, nous pouvons déplorer qu'aucune information, aucune maison de l'environnement, ne soient sur ces îles alors que ce serait nécessaire. Il faut que le visiteur applique des règles pour le respect et la protection de cet endroit fragile et magnifique. Mais bon, on préfère laisser faire n'importe quoi pour plaire aux touristes, gagner de l'argent au détriment de la nature.
Sur cette île, nous logeons dans un hôtel isolé à la pointe nord. En rentrant de notre ballade au crépuscule, nous croisons de nombreux gros varans profitant des derniers rayons de soleil allongés près de petits cours d'eau. La nuit est difficile à cause d'une bande d'anglais de moeurs nocturnes bruyantes. L'alcool aidant, en pleine nuit ils parlent plus fort qu'en plein jour, ils claquent les portes et marchent sur les talons ce qui par l'intermédiaire du fragile plancher, nous fait vibrer au rythme de leur démarche pachydermique. Leur façon de perturber notre sommeil nous donne une idée de vengeance. Au petit matin, vers 6h00, alors qu'ils s'endorment enfin, nous avons l'idée de les copier. En nous préparant à aller plonger, nous parlons fort, claquons les portes, allumons la lumière, marchons sur les talons mais impossible d'égaler leur lourdeur.
Le choix des palmes est difficile, surtout pour Alice qui possède des pieds vraiment uniques.
En deux temps trois mouvements, nous traversons l'île en maillot de bain, tee-shirt pour nous protéger du soleil, les palmes à la main et les lunettes de plongée sur le front. Sur une mince bande de sable blanc coincée entre l'eau et la jungle, les premiers rayons de soleil donne une couleur magnifique à la nature. Parmi tous les déchets échoués sur cette plage, nous cachons la clé de notre chambre dans un morceau de polystyrène que l'on dépose au pied d'un arbre. Au milieu de toutes les tongues, les nôtres passent inaperçues tout comme notre gourde qui s'assimilent parfaitement aux bidons et bouteilles disséminés ça et là. L'image paradisiaque de cette plage en prend un sacré coup, mais nous sommes à l'abri des voleurs qui auront bien du mal à retrouver nos biens au milieu de tous ces déchets. Les premiers coups de palme sont maladroits.
''Cédric : - et pour ma part, ils le resteront toute la journée''.
N'empêche qu'on avance plus vite, les mains dans le dos et les yeux fixés sur le fond marin. Avec 1 mètre de fond, au milieu des rochers, nous apercevons déjà de nombreux petits poissons colorés comme les petits clowns de Némo, la queue frétillante dans les anémones. En allant un peut plus loin, tout en longeant une langue rocheuse qui nous emmène vers le large, les poissons et les couleurs se font de plus en plus présents. C'est vraiment magnifique!
Cédric : « J'ai juste un petit souci avec l'eau qui fini toujours par passer dans le masque en longeant mes poils de barbe. Et puis, est-ce l'émotion ? J'ai constamment de la buée qui se forme sur les vitres de mon masque. Je n'ai pas vraiment non plus l'habitude du tuba, souvent mon émerveillement me fait tourner la tête dans tous les sens jusqu'à ce que je subisse un gavage à l'eau de mer.''
En dépassant un gros rocher émergeant à plus de 60 mètres du rivage, tout à coup, nous sommes pris de vertige, la peur soudaine de tomber au fond de la mer, sous plus de 10 mètres d'eau. Il nous faut un certain temps pour nous rassurer et apprécier le paysage qui s'étend sous nos yeux. Ce qui nous choque en premier, c'est la quantité effroyable de coraux morts. Ils représentent plus de 95%. Certaines espèces ont l'air de mieux résister que d'autre. L'eau porte le bruit beaucoup mieux que l'air et contrairement à ce que l'on peut s'imaginer, la mer, ce n'est pas le monde du silence. On entend très bien, par exemple, les poissons perroquets qui croquent dans les coraux. Il y a certains de ces poissons vraiment énormes et le jeu consiste pour nous à trouver le plus gros.
Cédric : ''A ce petit jeu, j'ai assurément gagné le gros lot ! Alors que nous regardions chacun de notre coté, un ENOOOORRME requin d'environ 4 mètres vient se poser sur une bande de sable au fond de l'eau. A peine le temps de voir ses dents, ses petits yeux et sa façon de bouger ses muscles tranquillement et lentement que je me retourne vers Alice et essaye d'articuler : ALICH OUEUQUIN !!! Surtout, devant un requin, il ne sert à rien de paniquer, mais là je ne sais pas ce qui s'est passé, mon coeur est sorti de la poitrine et nous nous sommes mis à nager pour rejoindre les rochers ! Alice, qui est une très bonne nageuse à donné 3 coups de palmes et elle s'est retrouvée saine et sauve, tandis que moi derrière, j'ai battu des palmes tant que j'ai pu, je me suis un peu trop incliné et j'ai fini par plonger, avalant de l'eau par le tuba et finissant ma course en apnée.''
Après cette grosse frayeur, en vérité, bien ridicule quand on connaît le caractère complètement pacifique de ces requins, nous avons eu tout le loisir d'en observer d'autres, plus petits et n'excédant jamais plus d'un mètre cinquante de long. En tout cas, ce gros requin nous a peut-être sauvé la vie car nous avons appris, un peu plus tard, que cette zone était le repère de plusieurs serpents de mer et dans le genre rencontre à vraiment éviter, ceci en est une. Son venin mortel agirait suffisamment vite pour nous empêcher de rejoindre la côte.
Comme nous payons la location des palmes et tuba à la journée et que ce n'est pas tous les jours que nous avons l'occasion de nager dans ces conditions et cet environnement, nous faisons une courte pause à la mi-journée et nous reprenons bien vite notre expédition sous-marine. L'après-midi, nous explorons l'autre coté de l'île. En longeant la côte, nous sommes parfois ballottés dans les vagues qui viennent se briser sur les rochers. Sous l'agitation en surface, tout est plus tranquille. Nous faisons la rencontre de plusieurs bancs de poissons. Parfois des milliers de tout petits poissons nagent avec une synchronisation tellement parfaite qu'on à l'impression qu'un seul cerveau commande tout cela. D'autres bancs de gros poissons argentés se déplacent sur le fond comme des troupeaux. En fin d'après-midi, le soleil n'est plus très loin de passer de l'autre coté de l'île pour nous laisser dans l'ombre quand nous faisons la plus belle rencontre possible et imaginable. Une magnifique tortue vole, pleine de grâce et passe juste en dessous de nous. Comme l'une des dernières représentantes de son espèce, elle se présente devant nous et rayonne la paix. Sous l'eau, nos larmes salées passent inaperçues et pourtant l'émotion est grande. Nous ne voulons pas déranger cette reine des océans, alors nous la suivons de loin jusqu'à ce qu'on la perde définitivement de vue. Lorsqu'elle est passée au dessous de nous, nous avons eu le réflexe de la photographier avec un appareil jetable étanche que nous avions acheté dans le but d'immortaliser notre première promenade dans la mer tropicale. Il n'y a eu qu'une seule photo de réussie et c'est celle ci.
Après une journée entière à avoir juste le derrière hors de l'eau, nous avons attrapé un très gros coup de soleil sur les fesses. Encore heureux que nous nous soyons protégé le dos avec un tee-shirt. Désormais, nos fesses rouges, écarlates sont aussi très brûlantes et il nous est presque impossible de nous asseoir. Pour dormir, on reste sur le ventre, ce qui devient vite très inconfortable. Le lendemain nous restons sur l'île et nous nous reposons. Avec notre ''cul de macaque'', nous en profitons pour faire plus ample connaissance avec ce bébé singe qui vit en laisse attaché à un poteau. Un macaque, ça vit normalement en famille. Lui reste seul presque tout le temps. Sa seule famille, c'est sa propriétaire, la patronne de l'hôtel. Une femme bien gentille, mais à qui on pourrait reprocher d'avoir un bébé singe ''just to play'', juste pour jouer comme elle nous dit. Il faut savoir que des bébés singes comme ça ''just to play'', il y en a plein et cela représente un gros marché pour les braconniers, paysans, chasseurs reconvertis dans la déforestation et l'huile de palme. Lorsque la magnifique forêt primaire disparaît pour être replantée en palmiers à huile, les singes survivants se retrouvent, bien souvent, condamnés à vivre cachés dans les palmeraies, où ils deviennent de dangereuses bêtes nuisibles à abattre, puisqu'ils se nourrissent du seul aliment qui leur reste : les noix de palmiers. Dans les grandes plantations, des assassins sont embauchés pour tuer les singes et quand ils le peuvent, au milieu du carnage, ils récupèrent les orphelins qu'ils revendent à ceux qui veulent un animal de compagnie qui leur ressemble, l'animosité en moins.
Avant de repartir sur le continent, une allemande avec qui nous avons sympathisé, nous explique qu'il y a un endroit, au sud de la grande île, où nous pouvons voir de beaux coraux encore vivants. En attendant, que le bateau qui navigue à toute vitesse, passe nous chercher, nous demandons à un employé de l'hôtel, de bien vouloir nous déposer sur l'autre île. Dans un petit bistrot local, nous trouvons de vieux masques et tubas. Il faut qu'on en bricole plusieurs pour nous faire un équipement correct, mais nous finissons par y arriver. Il nous reste moins de deux heures pour profiter de la mer. A la première plongée, Alice se fait attaquer par deux petits poissons fins et au nez pointu. A la deuxième plongée, des petites décharges électriques nous piquent un peu partout sur le corps, jusqu'à en devenir vraiment insupportable. En y regardant de plus près, il s'agit de toutes petites méduses. A la troisième plongée, nous trouvons un banc composé de milliers de poissons blancs et noirs à rayures. Nous les regardons avec émerveillement, jusqu'à ce que quelque uns se tournent vers nous et nous regardent droits dans les yeux. C'est alors que tout le banc se retourne vers nous et d'un coup de nageoire, ils nous foncent dessus et essayent de nous mordre partout ! MON DIEU ! UN GENRE DE PIRANHA !!! Nous fuyons vers le rivage !!!
A la quatrième plongée, nous restons près des rochers, où une violente vague m'envoie vers un caillou couvert de coquillages, ouverts, aux bords tranchants comme des rasoirs. Je me coupe les mains et le haut d'une jambe. Pourvu que de gros requins ou autres poissons carnivores ne soient pas attirés par le goût de mon sang. Lorsque nous trouvons enfin un peu plus de profondeur, quelques beaux coraux apparaissent avec de beaux poissons multicolores pacifiques. Mais il est déjà l'heure de rentrer. A peine le temps de sécher, le bateau ''méga-express-super-rapide-à-donf-de-fou'' nous ramène sur la côte.
Ca y est c'est fini la visite de la mer. Cela restera, pour nous, un moment inoubliable et magique. Mais surtout, nous avons conscience que nous venons d'être les témoins d'une nature en passe d'appartenir définitivement au passé. Cet écosystème marin si beau, si riche est en cours de destruction totale par l'homme. Les responsables, ce sont bien sûr l'industrie touristique qui veut du rendement et de la rapidité, au dépend de la survie de la tortue, objet pourtant de l'attraction touristique. Ensuite, et l'impact est moins direct, mais il concerne beaucoup plus de personnes, c'est nous tous qui faisons parti des pays développés. Au quotidien la pollution que nous générons dans notre consommation et surconsommation de tout, finie par bouleverser l'équilibre de la planète qui présente les mêmes symptômes qu'une personne atteinte du virus de l'humanité. Poussée de fièvre globale, ouragans, acidification des océans, fonte des glaciers, sécheresse, inondation etc. Bref nous nous écartons un peu du sujet, retenez juste qu'en tant que citoyens de riches pays nous avons grandement contribué à la création à l'autre bout du monde du phénomène ''El Niño'' qui a un impact majeur sur la destruction des récifs coralliens, entre autre.
Publié par alice.cedric à 06:22:52 dans Carnet de route | Commentaires (0) | Permaliens
07 avril 2009 (68km)
Ce matin, Boom nous conduit vers la grande route. Au revoir et en route. Sans nous retourner nous pédalons vite. Plus nous avançons vers Pattani, plus il y a de patrouilles militaires. Quelques kilomètres avant la ville, un 4x4 de police nous escorte. Arrivés, nous nous arrêtons faire des courses dans un supermarché. Ca ne rigole pas, tous les véhicules sont fouillés, scooter aussi! A l'entrée du magasin, nous sommes encore contrôlés! Ceci dit, en tant qu'étranger nous n'avons pas été embêtés, nous avons garé nos vélos avec dans une sacoche un réchaud et une bouteille d'essence, et dans le magasin, l'opinel dans la poche.
A midi, nous sommes dans la chambre d'un grand hôtel où les clients ne semblent pas ou plus affluer. Cette espèce de guerre civile au dehors à dû réduire considérablement le tourisme. Nous pourrions nous dire ''chouette'' pas de gros touristes pervers qui viennent exploiter le corps des femmes. Malheureusement il n'en n'est rien, les locaux s'en charge.
Imaginez un peu. Nous sommes à Pattani en pleine guerre civile. Nous nous sommes réfugiés dans une petite chambre au dernier étage de l'hôtel. Dehors des patrouilles de l'armée, des mitraillettes partout. Nous restons dans notre chambre et nous n'en sortons jamais. Nous préférons rester discrets.
A 20h30, nous finissons à peine de dîner. Un bruit vient du couloir. On dirait un enfant qui pleure. Nous nous habillons rapidement et nous sortons. Tout au bout du couloir près des escaliers, une jeune fille avec un voile musulman rose et un ensemble jogging de la même couleur, une enfant de 13 ans tout au plus est couchée devant la porte ouverte d'une chambre. Elle pleure toutes les larmes de son corps. Dans la chambre, il n'y a plus personne. Elle pleure, elle pleure, elle pleure les bras tendus, les mains entre les jambes... et nous sommes là impuissants à ne pas savoir comment la réconforter. C'est une évidence, elle vient très probablement de se faire violer par un gros dégueulasse de pervers. Cette gamine est tellement innocente !!! Est-ce qu'elle s'en remettra ?! Elle subit un traumatisme dont elle gardera des séquelles à vie et demain il y aura un criminel libre qui se baladera dans la rue et aura tout oublié ?
Dans ce couloir de l'enfer, nous cherchons de l'aide. Une porte de chambre s'ouvre, un couple de Thaïlandais en sort et vient regarder le spectacle. Un jeune homme arrive torse nu, mégot brillant de cigarette dans une main, pantalon treillis de militaire et sur sa chaîne en argent le pendentif est une balle de mitraillette. Il s'accroupi près de la petite et pose sa main sur son épaule. La fille chasse la sale patte de ce branleur qui repart en sens inverse dans le couloir et sort son téléphone portable. Quelques minutes plus tard, un flic, un gars de l'hôtel et un troisième type avec un sac de bouffe viennent et font rentrer la jeune fille dans la chambre. Nous repartons dans nos quartiers inquiets et en colère et nous restons vigilants, la porte entre-ouverte à guetter au bout du couloir. Une équipe de 3 personnes en blouses blanches composée de 2 hommes dont un avec une seringue (de contraceptif peut-être) et une femme musulmane avec un voile blanc.
Dans ces moments là, nous repensons à l'émission de radio ''là bas si j'y suis'' de Daniel Mermet lorsqu'il s'était rendu dans cette même ville de Pattani en Thailande en 1992. Une émission intitulée : ''la petite pute de Bangkok'' (disponible à l'écoute sur le site internet http://www.la-bas.org ). A la suite de ce reportage, Daniel Mermet s'est vu interdit d'entrée sur le territoire de la Thaïlande. En 2005, les chiffres de la prostitution n'avaient quasiment pas bougé et c'était toujours 2 millions de travailleurs du sexe en Thaïlande dont 800 000 enfants (source UNICEF) enlevés et prostitués dans les hôtels plus ou moins chics du pays. Selon l'OIT (l'organisation Internationale du Travail), 75% des 4 milliards de dollars qui constituent les revenus du tourisme proviennent de la prostitution.
Voilà de quoi ternir l'image de ce pays avec ses cocotiers penchés vers la mer sur les plages de sable blanc.
Pour finir notre soirée de témoins de l'horreur, Le jeune homme torse nu nous invite avec son copain à une soirée en discothèque. Ils sont tous les deux musulmans, en vacances, et fument du haschisch. Naturellement méfiants, nous refusons de les suivre et bizarrement, nous sommes presque certains que si nous les avions suivi, nous ne serions jamais rentrés de ''leur discothèque''.
8 avril (102 km)
Dans les rues de Pattani, au petit matin, tout est calme. Il n'y a que les gens qui font naturellement la gueule. Nous pédalons sans nous arrêter, peu rassurés au milieu de toutes ces armes. Souvent au passage des Check-point, nous constatons que les militaires prennent leur boulot très au sérieux. Etalés sur des chaises, lunettes de soleil au bout du nez et musique rock diffusée derrière les barricades en sacs de sables, ils regardent passer les voitures.
A midi, nous nous arrêtons manger à l'écart d'un village. Le repas nous est offert par des hommes en cravates qui nous disent être un groupe de leaders locaux. On aurait plutôt dit une bande de maffieux. Maffieux peut-être mais généreux!
En reprenant le vélo, des coups de feu éclatent derrière un bâtiment gardé par l'armée. On accélère encore jusqu'à Narathiwat où nous trouvons un premier hôtel d'où nous partons tout de suite voyant la serveuse en mini short et décolleté avec de gros hématomes sur le visage. Sans aucun doute, elle à dû tomber de mobylette. Un peu plus loin, nous trouvons un autre hôtel de prostituées. Visiblement nous n'avons pas le choix. Dans cette région musulmane, on passe du viol au voile en une lettre!
9 avril (40 km)
Le jour se lève à peine et nous sommes réveillés par les mêmes inconsolables sanglots d'une jeune fille dans la chambre d'à coté. Nous sortons de notre chambre et nous trouvons sur le pallier, une jeune femme qui fait le ménage. Elle entend aussi les pleures et nous lui demandons si elle sait ce qui se passe. Elle nous dit qu'elle ne sait pas mais nous la voyons prête à fondre en larme aussi. Nous lui faisons comprendre que nous savons ce qui se passe ici comme dans le reste de la Thaïlande et que cela nous déplait énormément aussi. Au passage, nous en touchons deux mots à la réceptionniste.
Nous arrivons un peu tard à la frontière et nous préférons rester une dernière nuit en Thaïlande, ce pays que nous aimons tant. Bizarrement, à la frontière, l'ambiance est plus détendue et les gens rigolent plus facilement. Nous allons dans le seul hôtel encore ouvert. A la réception, un tableau d'affichage avec des photos de femmes souriantes, parfois elles semblent très jeunes avec de grosses peluches Winnie l'ourson dans les bras. Dans la salle de restaurant karaoké, le décor est kitsch, très rose et brillant!
Pour aller manger ce soir, nous utilisons le petit papier que nous a écrit Boom. C'est très efficace et l'on nous sert que des plats végétariens.
Demain matin, nous passerons en Malaisie. Après presque un mois en Thaïlande.
Publié par alice.cedric à 13:26:18 dans Carnet de route | Commentaires (0) | Permaliens
6 avril (50km)
Nous ne perdons pas de temps dans la ville et à peine la petite pluie matinale tombée, nous prenons la petite route du bord de mer. Sous des arbres sur la plage, des militaires armés gardent un camion sur lequel tourne des radars de toutes tailles. Nous nous faisons la réflexion que c'est idiot de faire des véhicules blindés avec un camouflage vert, si c'est pour faire tourner des gros radars bancs sur le toit.
Plus loin la route longe vraiment la mer. Est-ce que ça a toujours été le cas ? Sûrement pas à en voir les souches d'arbres sur la plage et la route à moitié effondrée en de nombreux endroits malgré la protection d'une digue à 300 mètres au large. La mer semble gagner du terrain. Encore une fois, ne sommes nous pas en face d'un effet concret du réchauffement global de la planète ??!
En tout cas, ce n'est pas auprès des habitants du coin que nous pourrons avoir plus de renseignements. Déjà la religion a changé. Le Sud de la Thaïlande est à grosse majorité musulmane et sans savoir pourquoi, nous remarquons que les gens que l'on croise sont beaucoup moins souriants. En nous arrêtant manger le midi à coté d'une mosquée, un jeune musulman parlant très bien l'anglais, vient enfin nous expliquer la raison de ces non-sourires. Tout d'abord il nous demande ce que nous faisons dans son village, ensuite il nous demande où l'on va. Il nous déconseille de reprendre notre route vers le Sud, disant simplement que cela pourrait être dangereux pour nous. Insistant pour qu'il nous donne plus d'explications, il fini par nous dire qu'il y a des gens dangereux qui font sauter des bombes dans les villes et que s'ils trouvent deux touristes sur les petites routes, ils ne se gêneront sûrement pas pour nous éliminer ou nous prendre en otage. A la fin du repas nous demandons des explications à un couple de bouddhistes qui nous répètent que la région est très dangereuse. Ils parlent avec beaucoup de difficulté et visiblement la peur au ventre (d'où peut-être ce manque de sourires). Ils nous conseillent de faire simplement demi-tour. Nous les remercions pour leurs infos et nous leur demandons s'il est possible sans trop de dangers de rejoindre la petite ville de Chana à un peu plus de 10km. Ils nous demandent de rejoindre la route principale le plus vite possible car là-bas, il y a des patrouilles militaires. Nous nous mettons en route sans tarder et de jeunes motards de 8 à 12 ans, nous escortent une bonne partie du trajet (et oui, on commence ses déplacements motorisés de plus en plus tôt ici aussi!) Dans la ville nous recherchons tout de suite un cybercafé pour rechercher plus d'informations sur le Sud de la Thaïlande. Nous commençons nos recherches quand soudain BOOM ! BOOM n'est pas une explosion, mais c'est le prénom d'une jeune fille très gentille qui nous explique enfin concrètement ce qui se passe ici. Elle confirme ce que disent nos recherches. Un groupe d'extrémistes musulmans réclame l'indépendance de 3 ou 4 départements au sud du pays. Alors, chose logique, ils sèment la terreur en faisant sauter des bombes dans les villes. Voitures piégées devant les bâtiments publics, les hôpitaux, les hôtels, etc
Boom a peur pour nous et elle nous conseille de rouler seulement sur la grande route, là où patrouillent les militaires, puis de ne pas nous promener dans les villes, mais de rester dans l'hôtel. Surtout, elle ne veut pas que l'on dorme dans la tente. Pour cette nuit, Boom nous invite chez elle. Nous acceptons avec plaisir d'autant plus que c'est notre premier accueil dans une famille thaïlandaise. Dans la maison de Boom, nous rencontrons le reste de la famille, ses parents et son frère! Ils sont très gentils mais nous remarquons que la vie de famille est un peu absente. Personne ne mange en même temps et la télévision est la seule à prendre la parole. Du coup chacun a ses activités et personne ne s'intéresse à l'autre. Pendant que la maman fait la cuisine et Boom le ménage, on nous installe devant le téléviseur et plus spécifiquement "Question pour un champion". Nous nous disons de Julien Lepers a toujours la même voix mais qu'il a pris un coup de vieux quand même. Il faut dire que ces dernières années en France, nous avions renoncé à la télé que le chanteur Eric Toulis nomme à juste titre "la lucarne à blaireaux". De toute façon, "Question pour un champion" n'a jamais été notre émission favorite (peut-être que nous n'avons pas encore l'âge). Après un délicieux repas, nous discutons encore un peu, puis nous allons nous coucher dans la chambre de Boom, sous le toit. Il y fait très chaud et il n'y a pas de fenêtre mais le ronronnement du ventilateur à nos pieds fini par nous endormir et nous oublions les mitraillettes de dehors.
Publié par alice.cedric à 13:22:45 dans Carnet de route | Commentaires (1) | Permaliens