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Portrait de Planète
C'est ici que vous pourrez suivre
le voyage de
Cédric et Alice.
Vous y trouverez des photos, des vidéos, des sons, le carnet de route des voyageurs et surtout de nombreuses informations sur ceux qui luttent un peu partout dans le monde pour la préservation de l'environnement
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Bedaurinde, nia blogo estas en franca, tamen, vi povas vidi kelkajn bildojn. Post la voyagxo, ni provos skribi libron esperante pri nia historio
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28 février 2009 (45km)
Ce matin, nous partons de Katmandou, direction le village d'intouchables. Mais avant, nous avons rendez-vous avec Prajval qui veut nous montrer sa ferme familiale BIO.
Il faut savoir que Prajval est animateur radio et qu'il est en conversion à l'agriculture depuis qu'il a récupéré les terres de son père. Comme il s'est posé des questions et qu'il en a assez du concours débile de celui qui sera le plus gros client du marchand de pesticides, il a décidé de produire des légumes sans une seule pulvérisation d'insecticides, de fongicides ou d'engrais chimique. Ses terres n'étant plus cultivées depuis quelques années, il a retroussé ses manches et bien qu'étant un peu manchot dans le domaine de l'agriculture, avec l'aide de sa famille, il a remis en état ses champs et s'est lancé dans la production de pommes de terre bio. La première année fut une bonne réussite et il obtint sans artifice, une production équivalente à celle de ses voisins accrocs du pulvérisateur. Mais le pire, c'est qu'au fil des ans, il s'est amélioré et il est devenu très observé par ses voisins mais aussi la presse, car il obtient de très bons rendements sans jamais rendre visite à la boutique du sorcier de Monsanto. L'année dernière, alors que la production de riz a été très mauvaise dans le village, lui a rempli son grenier ! Il espère faire réfléchir ses voisins et les faire changer, mais il sait que ce n'est pas facile. Ils sont tellement ancrés dans cette espèce de course vers le précipice. Rien qu'à voir leurs buffles, ces pauvres bêtes ne ressemblent plus à rien de bovin, les paysans tellement obsédés d'avoir le plus gros buffle en vitrine devant la ferme, leur font injections sur injections.
Nous visitons la ferme et les champs de Prajval puis nous passons la soirée à discuter avec les enfants du village. D'une manière générale, ils semblent avoir conscience qu'ils bénéficient d'une qualité de vie saine dans les montagnes mais ils pensent qu'en grandissant, ils seront obligés, comme les autres, de rejoindre la ville pour trouver du travail et gagner leur vie.
01 Mars 2009 (42 km) Rencontre avec les intouchables
Quelle nuit !!! On a dormi comme des bébés, ça fait longtemps. Pas un bruit dehors, pas une voiture, rien !!! Même pas des gens qui discutent en pleine nuit, ou d'autres qui ronflent. Le coq a aussi été très gentil en attendant 7h00 du matin pour chanter. A peine sommes nous sortis dans la cour que deux tasses de thé et des biscuits nous ont été servis. Nous avons ensuite joué quelques minutes avec les enfants et les chèvres. Un jeune bouc nous a bien fait rire avec sa manière de vouloir ressembler aux hommes en marchant debout, puis de monter sur des tabourets et enfin de s'intéresser à tout ce que nous faisons. Avant de partir, la famille nous offre un bon dal-bhat. Nous ne le savons pas encore, mais ce bon repas va nous sauver la vie. Lorsqu'enfin nous partons, nous pensons que les premiers kilomètres de sable, poussière et cailloux sont les pires de la journée. Hélas, même si l'on commence par de belles descentes, notamment une de 20 km, nous savons qu'il faudra bien remonter... La côte arrive sans tarder ! Un degré de pente inadmissible nous empêche de pédaler. Nous n'avons d'autres choix que de pousser les vélos, mais même cela devient parfois impossible. Que faire ? Nous cherchons des forces, on s'arrête reprendre du souffle, nous buvons nos dernières gouttes d'eau et nous avançons toujours entre 0 et 2 km/h. Un vrai moment de galère physique comme on en a jamais eu. Arrivés dans le village au sommet, nous allons près du temple où nous avons rendez vous avec l'instituteur de l'école. En l'attendant, nous récupérons quelques forces autour d'un thé et de biscuits que nous achetons sur place. L'instit arrive sur sa moto, nous ne pouvons pas croire ce qu'il nous raconte. Le village est à encore 10 kilomètres au bout d'une piste de très mauvaise qualité, faites de pierres et de poussière. Le pire de la journée reste à venir. Deux personnes de l'association viennent nous chercher pour nous guider jusqu'au village. Ils nous préviennent que la piste est un cauchemar. De notre coté, sans prendre de grande précaution d'autonomie en nourriture et eau, nous nous engageons dans la descente en enfer avec seulement 1litre d'eau, une ration de nouilles, 3 patates, 1 carotte et deux oignons. Nous avançons péniblement dans un nuage de poussière, secoués par de gros cailloux sur un petit chemin taillé sur le flanc de la montagne. On s'arrête tous les 50 mètres vérifier si rien n'est cassé sur le vélo. Après certaines grosses secousses, nous descendons de nos montures, persuadés que quelque chose est cassé.
Après cette longue longue longue et interminable descente, nous arrivons enfin dans le village, accroché à la montagne et relié au reste du monde par cet unique petit chemin. Nous rencontrons les habitants, ces soi-disant intouchables, qui sont très sympathiques et très heureux de voir pour la première fois, 2 étrangers dans leur village. Ils nous installent dans l'une des classes d'école pour passer la nuit tranquille et jusqu'à très tard, les habitants et enfants défilent devant nous pour nous saluer et nous souhaiter la bienvenue.
Nous dînons avec les deux membres permanents de l'association, économisant ainsi une ration de nouille. Rien que de penser qu'il nous faudra remonter la pente, nous en sommes malade. Cela nous prendra peut-être deux jours !
Malgré la tranquillité du village, nous avons le sommeil un peu troublé à cause probablement des effets de la nourriture indienne pas très saine consommée deux jours auparavant.
2 mars 2009
Réveillés à 6h par un grand NAMASTE crié juste devant la porte de la classe, nous nous levons en nous disant que ce n'est pas aujourd'hui encore que nous récupérerons la fatigue accumulée. La journée commence par un verre de lait agrémenté de la visite matinale des enfants, parents et quelques chèvres. Il a suffit qu'un seul enfant demande à être pris en photo pour que tous les autres viennent voir leur tête dans le petit écran de l'appareil. Avant l'école qui commence à 10h, les enfants travaillent. Ils vont chercher de l'eau, nettoient les couverts, vont faire pâturer les chèvres, etc. Peu avant l'heure de l'école, ils vont se préparer et mettre leur uniforme généralement déchiré, puis se réunissent dans la cour où ils commencent à faire quelques exercices physiques sous la direction de l'un d'entre eux et la supervision du professeur. Ensuite, ils chantent l'hymne nationale et pour finir, répètent en chœur, les tables de multiplication.
Dans la matinée, nous avons fait un tour de chaque classe pour nous présenter et échanger avec les enfants. Nous leur avons expliqué d'où nous venons, comment et pourquoi, puis ils nous ont présenté leur village. Le professeur fait un travail important en apprenant aux enfants à valoriser leur village et leur environnement. Pour la caste des intouchables, dévalorisés et défavorisés depuis tant de générations, réapprendre à s'aimer pour sortir de cette misère est un travail laborieux. C'est justement pour cela que l'association ''Society Of Humanisme'' est présente dans cette communauté et ce village perdu. Elle œuvre dans le milieu scolaire en mettant à disposition des professeurs, mais aussi dans l'aspect sanitaire en aidant les villageois à installer des toilettes et des systèmes pour acheminer l'eau potable. Pour cette dernière, des puits ont été creusés, fermés et protégés sur tout un périmètre où la jungle est conservée. Avant d'être redistribuée dans plusieurs fontaines, l'eau est acheminée jusqu'à un réservoir équipé d'un gros filtre en céramique. Pour ce qui est des toilettes, un financement de l'UNICEF avait déjà servi à la construction d'un bâtiment tout équipé. Nous avons vu ce qu'il en reste aujourd'hui : des ruines. Il n'y a pas eu de sensibilisation auprès des habitants qui ont continué à aller dans la nature comme ils ont toujours fait et le plus grand problème étant que ces toilettes nécessitaient de l'eau qu'il fallait aller chercher très loin à l'époque. Aujourd'hui, de nombreuses maisons sont équipées mais l'association se penche sérieusement sur la mise en place de toilettes sèches ou plus exactement de toilettes à litière bio maitrisée (rien à voir avec les toilettes à l'ancienne qui existent encore en Roumanie). Cette dernière option permettrait d'économiser de l'eau et d'éviter la pollution du sol.
Sur le plan agricole, on nous explique le fonctionnement de ces petites exploitations perdues dans les montagnes. Nous écoutons sans rien dire, nous sommes dégoutés, effarés !!! Il faut savoir que même ici, les grosses firmes de l'agro-business ont mis la main sur les paysans. Profitant de leur non-éducation, des magasins locaux de pesticides et de semences, leur ont imposé l'utilisation des variétés de céréales et légumes, mais aussi les pesticides qui vont avec. Tout est donné gratuitement ou presque aux paysans qui en échange doivent redonner toute leur récolte, rachetée au prix le plus bas. Si rien n'est fait, l'ignorance de ces paysans servira encore une fois une firme comme Monsanto pour imposer sont cocktail destructeur, mélange de plantes pesticides et de brevetage du vivant. Nous sommes toutefois satisfaits de constater qu'ils ont remarqué qu'ils se font rouler dans la farine. Lors de notre séjour dans le village, Maesh, un autre permanant de l'association était en train d'aider les paysans à s'organiser officiellement en coopérative. Nous avons beaucoup insisté pour qu'ils renoncent à l'utilisation des produits du revendeur de pesticides et qu'ils s'engagent sur une production locale de qualité réservée d'abord aux gens du village. L'association à encore beaucoup de travail et de nombreuses choses sont à réaliser comme l'installation de biogaz individuels pour éviter les coupes de bois trop importantes, le développement des toilettes sèches, la scolarisation de tous les enfants, la sensibilisation au problème des emballages plastiques, etc.
Nous avons donc présenté le voyage devant chaque classe, nous avons aussi montré Nina et Nino et nous leur avons parlé de l'école en France. Certaines classes ont réalisé des dessins, d'autres se sont lancées dans la fabrication de poteries, et enfin, quelques garçons on fabriqué des flûtes de bambous. Nous essaierons de les envoyer dans les écoles berrichonnes afin de démarrer pourquoi pas une correspondance entre les classes.
Le soir, nous commencions à mourir de faim. Il faut dire qu'il n'y a que 2 repas par jour, le premier à 9h30 ou 10h du matin et le second à 18h (les enfants ont école de 10h à 16h sans pause déjeuner). Des gens du village sont venus nous inviter à une fête religieuse. Nous voici donc parti dans la nuit par les petits sentiers de montagne pour arriver dans leur maison. Pleins d'enfants sont en train de danser et de jouer de la musique dans la cour de ferme. Dans la maison, on nous installe par terre sur des nattes en paille de riz. Dans un coin de la pièce, le feu sous la marmite enfume toute la maison. Comme partout, Il n'y a pas de cheminée. Pour commencer la cérémonie, la maitresse de maison nous met une tica sur le front (un gros point rouge fait avec une pate de composition indéterminée) et elle nous remet un billet de 5 roupies dans les mains. Ensuite vient le repas tant attendu. Nous voyons des pots en plastique recouverts de crasse, et des bidons métalliques tous cabossés. Ils ne vont quand même pas nous servir ce qu'il y a à l'intérieur ? Et bien si ! Dans l'un des bidons il y avait des genres de petits flocons fait avec de la farine de riz, puis dans le bidon en plastique dégueulasse, il y avait des pommes de terre cuites avec d'autres légumes. Enfin dans une cruche, on nous sert du fromage blanc (enfin c'est plutôt du lait caillé piquant). On s'accroche pour manger tout ça en se disant que de toute façon, nous passerons la nuit dans les toilettes et que dans le pire des cas, nous avons des antibiotiques. Pendant le repas, une petite fille de 2 ans, vient s'assoir devant nous. Elle est bien jolie mais soudain quand nous regardons ses pieds, ça devient pour nous très difficile de continuer à manger. Elle a les pieds complètement déformés et il lui manque les orteils.
Non sans mal, nous finissons le repas et nous allons dehors où la fête bat son plein. Un jeune garçon de 17 ans joue du tambour pendant qu'une chorale de femme chante. Nous demandons si ce sont des chants religieux. En fait ce sont des chants traditionnels et le texte est inventé au fur et à mesure. Nous essayons de prendre des photos et d'enregistrer du son en espérant que la télé ne viendra jamais supprimer ces fêtes populaires (comme en France où les veillées se passent désormais à la lumière du petit écran qui est seul à parler devant des téléspectateurs hypnotisés).
Publié par alice.cedric à 16:04:02 dans Carnet de route | Commentaires (1) | Permaliens
La route de Pokhara à Katmandou et la découverte de la capitale Népalaise
Une route terrible! C'est un axe majeur pour le pays et contrairement à la route qui longe les montagnes au sud, cette voie de communication est très empruntée et très dangereuse. Le trafic est principalement constitué de camions et de bus tous plus chargés les uns que les autres, tantôt débordants de passagers, tantôt écrasés sous les chargements de pierres. Et pourtant, évoluant accroché à la montagne avec la plus part du temps un torrent en contrebas, cette route pourrait être magnifique. Mais nous n'avons pas le temps de profiter du paysage, car les camions sont là, nombreux, dangereux et très polluants. C'est quand même fou, nous devons rouler avec des masques! Nous sommes toujours sur terre et nous constatons que l'air de notre seule et unique planète devient irrespirable. Nous nous souvenons du dessin d'un artiste engagé représentant une famille assise sur un canapé, tous portant un masque à gaz. Par la fenêtre, un paysage désolé et des arbres morts, et la petite fille sur le canapé demandant à ses parents très embarrassés, « dites, c'était comment avant ? ». Ce dessin était censé faire réfléchir les gens sur les dégâts de notre mode de vie sur la planète et notre responsabilité vis à vis des générations future. En ce moment, on ne pense qu'a une chose : ''Désolé les enfants, on n'a pas su ou plutôt, pas voulu vous offrir ce qu'il y a de mieux. On a pensé surtout à nous, on s'est bien gavé, maintenant démerdez vous avec ce qu'on vous laisse, c'est-à-dire rien à part ce qu'il y a de pire ! ''.
Dans les villages que nous traversons, le trafic ne ralentit pas. Tout le monde en souffre et cela se voit, mais au lieu d'essayer de changer les choses, d'imposer aux bus et aux camions de rouler moins vite et d'être tout simplement moins nombreux, chacun prend sur soi et subit sans rien dire. Les enfants toussent, les grands-mères regardent leurs poules se faire écraser, les femmes attendent des heures avant de pouvoir traverser la route pour aller à la fontaine et les hommes se dégagent du nez des crottes plus noires que le bitume.
Les 42km avant Katmandou ont sans doute été parmi les pires moments du voyage!
42 km de côte et comme si ça ne suffisait pas, la casse définitive des freins avant du Seiran et un bouchon de camions presque du début à la fin à cause des ralentissements dus à des accidents ou des pannes. Parfois, en passant à coté d'un camion les 4 roues en l'air et la cabine du chauffeur complètement écrasée, on pourrait penser que les autres conducteurs auraient tendance à se calmer sur le champignon. Mais pas du tout ! Dès qu'ils le peuvent, ils doublent sans aucune visibilité, en plein virage. Comme certaines épaves de bus, nous avons plus d'une fois cru que l'on allait finir comme eux, écrasés en contrebas dans le torrent.
A la fin de cette journée d'ascension, heureusement notre ami Razen espérantiste népalais, nous attend chez lui, mettant tout le confort possible à notre disposition.
Dès notre arrivée à Katmandou, nous cherchons à réparer les freins et commençons les démarches pour traverser le Tibet! Nous avons la grande chance de rencontrer par hasard le plus célèbre des réparateurs de cycles du Népal, Inde et Tibet réunis, le grand Sonam Gurung! Il regarde bien le vélo et nous propose de changer les 2 freins à disque à câble. Le problème, c'est que sur ce vélo, nous ne pouvons pas installer de v-brakes classiques. La seule solution est de remettre des freins à disques. Sonam a tout ce qu'il faut mais, en y regardant de plus près, la gaine de liquide de frein est trop courte pour aller à l'arrière du vélo. Et oui car c'est un grand vélo couché. Nous contactons Jean-Jacques notre revendeur qui ne peut rien faire pour nous, puis en désespoir de cause nous contactons Paul le fabriquant hollandais de ce vélo couché. Ce dernier comprend vite le problème et nous envoie dans la foulée un kit complet de freins à disque haut de gamme que nous recevons seulement 3 jours après. La seule chose qui nous manque pour remonter le frein arrière, c'est un câble de tandem puisque les câbles classiques sont trop courts. Sonam réussi à refaire un long câble avec un vieux tout effiloché, un vrai travail d'artiste. Enfin un vélo qui freine ! Comme c'est agréable et rassurant !
Pour ce qui est du Tibet, nous retrouvons Gorgan, le montagnard savoyard, capitaine de bateau et voyageur à vélo que nous avions rencontré la première fois à Pokhara. Il nous file plein de tuyaux pour passer au Tibet. Des cartes, des contacts de guides (puisque c'est nécessaire pour traverser cette zone sensible), infos sur le climat, l'administration chinoise et les chinois. Nous nous sentons prêts à traverser ce plateau mythique mais malheureusement, au moment de contacter une agence de voyage pour la partie administrative, on nous informe que la frontière tibétaine vient d'être fermée jusqu'à nouvel ordre, car des heurts ont encore éclatés entre tibétains et occupants chinois. Il faut savoir qu'en signe de solidarité pour les tibétains torturés, emprisonnés ou tués l'an dernier à la même époque par les chinois, les frères tibétains ont tous décidé de ne pas fêter le nouvel an cette année. Or les chinois les y obligent ! Ces derniers les obligent également à signer des pétitions contre le Dalaï Lama. Dernièrement, des tibétains ont incendié un poste de police chinoise provoquant ainsi la venue d'un gros renfort militaire. Si au moins la Chine était franche et disait la vérité sur le Tibet. Car le Tibet, avant d'être un plateau désertique situé à près de 5000 mètres d'altitude et peuplé de gens rigolos, c'est un réservoir incroyable de ressources rares, de métaux précieux ou encore de lithium dans les lacs salés sacrés. Et puis pour fabriquer tous ces produits ''made in china'' comme les vélos électriques, téléphones portables, ordinateurs et autre gadgets électroniques jetables, il faut en retourner des tonnes et des tonnes de terre dans des mines à ciel ouvert et il faut en faire sauter des bâtons de dynamite et il faut en produire du CO2. Enfin quand la Chine est accusée d'être le plus gros pollueur au monde devant les Etats-Unis, elle répond, (et elle a raison d'ailleurs) que ce n'est pas tant de sa faute mais plutôt celle des pays qui achètent le ''made in china''!
Vous avez compris ce qu'il vous reste à faire ? BOYCOTTEZ DEFINITIEMENT TOUT CE QUI EST FABRIQUE EN CHINE !!!
Bref pour en revenir au Népal, nous voici coincé avec l'impossibilité de continuer l'itinéraire prévu de notre voyage. La tête pleine de questions, nous rencontrons Darius l'anglais musicien qui a lui aussi traversé le Tibet à vélo! Il veut rentrer chez lui en Angleterre toujours à vélo mais il a du mal à quitter le Népal. (Serait-ce à cause d'une charmante népalaise vendeuse de fruits et légumes?).
Ne pouvant tenir plus longtemps dans la pollution de la capitale, nous décidons de partir quelques jours dans les montagnes. Malheureusement même loin de tout, il y a toujours une fumée de plastique qui vient nous ronger la santé. De retour à Katmandou pour être présents aux rencontres internationales de l'espéranto dans l'Himalaya, nous retrouvons Razen, notre hôte, mais aussi Miranda l'australienne que nous avions rencontré à Pokhara avec Himalal. Puis plein d'autres espérantistes Chinois, Coréens, Japonais, Allemands, Danois, Indiens...
Lors du congrès, nous discutons avec Shree le vice président de l'association d'esperanto au Népal. Il nous met en relation avec des élèves à lui qui apprennent l'espéranto et qui sont par ailleurs actifs au sein de l'association ''Society Of Humanism'' qui s'occupe de valoriser les castes d'intouchables en les aidant à accéder à de l'eau potable, des toilettes, et surtout l'instruction des enfants. Le rendez-vous est pris et le lendemain nous rencontrons les membres de l'association qui nous proposent de visiter le village pilote de l'association situé à l'Est de la capitale.
Publié par alice.cedric à 15:49:16 dans Carnet de route | Commentaires (0) | Permaliens
Randonnée dans l'Annapurna.
Un problème sur notre petit ordinateur nous a obligés à tout réinstaller, persuadés que tout était sauvegardé sur la clé USB. Malheureusement en recherchant sur notre escapade dans les montagnes, les 15 pages de récits dont nous étions particulièrement fiers, il semblerait qu'elles n'aient pas survécu au formatage de l'ordinateur. A priori, à notre grand regret, tout est perdu. Il est difficile maintenant de faire travailler notre mémoire pour réécrire notre long récit. Trop d'éléments nous manquent et nous avons renvoyé nos prises de notes en France.
Voici simplement un petit résumé de nos aventures dans les montagnes de l'Annapurna :
Partis un matin à la fraîche de chez Himalal. Nous commençons la randonnée par nous tailler un bâton dans du bambou. Au début du circuit balisé, nous voulions prendre l'un des nombreux bâtons abandonnés par les randonneurs précédents, mais le gérant du restaurant d'à coté avait décidé de se faire un business avec ces bouts de bois et il voulait absolument vendre ce qui ne lui appartenait pas. Nous avons refusé et avons fabriqué nos propres bâtons. Ceci dit nous avons fait extrêmement attention de ne pas détruire un arbre ou une plante rare ce qui n'est pas le cas de tous les randonneurs. La première matinée se passe à monter des marches. Très vite nous constatons un changement important. Nous sommes sereins, joyeux et calmes. Mais bon sang ! D'où vient ce bien être ?? Nous trouvons vite la réponse : Ici PAS DE VOITURES ! Donc, pas de klaxons, pas de gaz d'échappements, pas de fumée noire, pas de dangereux chauffards assassins en puissance alcooliques ou drogués au Red Bull. Le Paradis quoi ! Les montagnes du toit du monde attirent tellement de touristes étrangers que toute une infrastructure d'accueil s'est développée. Chaque heure de marche nous croisons des hôtels restaurants. Beaucoup de ces hôtels sont équipés de chauffes eau solaires et sont bien plus luxueux que tous ceux que nous avons vus jusqu'à présent. Étant déconnectés du réseau national de distribution de l'électricité, ces hôtels sont tous équipés de systèmes solaire ou de turbine fonctionnant grâce à l'eau des torrents, Du coup, même si la production impose d'être économe, contrairement au reste du pays, il n'y a jamais de coupures de courant! Les deux premiers jours de randonnées, nous dormons à plus de 2000 mètres et nous sommes encore dans des zones habitables, il y a des villages au milieu des cultures en terrasse. La plupart des habitants de ces montagnes se sont reconvertis dans l'accueil des touristes en ouvrant des hôtels restaurants. Il y a même une grosse organisation qui gère un réseau de refuges où les personnes qui y travaillent changent de places tous les 15 jours ou 3 semaines et vont progressivement de la vallée vers le sommet puis redescendent vers Pokhara où ils auront droit à quelques semaines de congé. C'est justement deux gérants qui nous ont expliqué tout cela. Ils nous ont également montré des arrêtés qui fixent les prix de l'hébergement et de la nourriture. C'est partout pareil et ce système à l'avantage de limiter la concurrence et d'être plus équitable. Ces employés que nous avons rencontrés nous ont aussi expliqué que chaque année se tenait une assemblée générale où ils se devaient de participer pour fixer aussi bien le prix de la tasse de thé que les modalités pour randonner dans ces montagnes. Nous avons fait savoir à toutes les personnes travaillant dans cette structure touristique que nous souhaiterions qu'à la prochaine grande assemblée, il soit demandé un changement dans la délivrance des permis de randonner, car si pour le moment il suffit de payer 20 euros de formalités, rien n'indique au touriste qu'il pénètre dans une zone naturelle protégée. Nous demandons donc qu'un genre de contrat soit lu et approuvé par toutes les personnes qui viennent visiter ces montagnes. Quelque chose du genre, « j'ai bien lu et pris conscience que je pénètre dans une zone naturelle où les écosystèmes sont particulièrement fragiles. Je m'engage à respecter les plantes, les animaux et les gens vivants ici. Dans ces montagnes, j'accepte de me faire tout petit et je ne laisse que l'empreinte de mes pas sur les sentiers. Par conséquent, Je m'engage à ne laisser aucun déchet que j'aurais emporté dans mon sac à dos ou celui de mon porteur ! ». Il faut dire que nous avons été particulièrement effrayés par les touristes asiatiques. Coréens et chinois étant très nombreux à cette époque de l'année. Nous avons bien sympathisé avec certains coréens très gentils, mais ils n'ont reçu aucune éducation à la protection de l'environnement. Sans se poser aucune question, ils louent des porteurs qui leur emmènent tout un tas de trucs jusqu'au sommet. Les porteurs sont pleins de biscuits et bonbons dans des emballages individuels, de la nourriture coréenne suremballée, des kilos et des kilos de chaufferettes chimiques pour les mains les pieds et les appareils photos qui souffrent aussi du froid, des piles de rechange pour le lecteur MP3, la lampe frontale ou l'appareil photo. Bien entendu, tout ceci se retrouve dans la nature ou au mieux dans une poubelle qui ne sera jamais redescendue dans la vallée, mais brûlée sur place. En essayant de discuter avec des coréens frigorifiés rencontrés au camp de base de l'Annapurna à 4130 mètres, nous avons récupéré leurs chaufferettes chimiques qui avaient cessé de rayonner leur éphémère chaleur et nous leur avons expliqué que nous les redescendrons dans la vallée car si elles restent là, elles seront incinérées provoquant une pollution supplémentaire dans ces lieux magnifiques. Et c'est ce que nous avons fait. En plus des emballages de biscuits que nous avions emmené dans ces montagnes, nous avons redescendus quelques déchets des autres en espérant que ça les fasse réfléchir un peu.
Pour continuer le résumé pas très positif on est désolés, de notre balade dans l'Himalaya, il y a aussi les paysans complètement pourris à cause des touristes. En fait, quand un touriste vient se prendre pour un héro à la conquête des sommets enneigés, avec son baladeur sur les oreilles, son appareil photo, ses médicaments et ses vestes de montagne dernière génération. Rien que comme cela, il a déjà un impact important sur les habitants de ces montagnes. Là où commence les erreurs graves, c'est lorsqu'un touriste donne un bonbon à un enfant. D'un seul coup, tous les autres touristes deviennent confiseurs. Ensuite lorsque le touriste en grand héro, donne un anti-inflammatoire à une grand-mère pour soigner sa rage de dents, ou bien lorsqu'il donne de la pommade contre les coups à une fillette qui se tord la cheville, Par la suite tous les touristes deviennent médecins et pharmaciens. Enfin lorsqu'un touriste donne un vieux stylo publicitaire, soudain, ce sont tous les sacs à dos de touristes qui se transforment à armoire à fourniture scolaire. Alors avec tout cela, il ne faut plus s'étonner si pendant toute la randonnée dans les zones habitées, les enfants nous demandaient sans cesse, du chocolat, des bonbons, de l'argent. Les grandes personnes aussi nous demandaient de l'argent pour l'école ou bien sur le chemin des femmes nous demandaient de soigner leurs dents, ou bien de leur donner un pansement pour un doigt, un cachet pour la migraine ou de la pommade pour le poignet. Voici donc l'image fausse que peuvent finir par donner les touristes qui ne réfléchissent pas aux conséquences de leurs actes. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, ils peuvent transformer la montagne en dépotoir et les gens en mendiants.
A part ces petits soucis qui nous rongent et qui sont peut-être simplement dus à notre trop grande sensibilité par rapport à l'avenir de l'humanité et de la richesse de notre terre, Ces montagnes sont très belles et certains moments ont été magiques. Nous ne sommes pas près d'oublier les traversées des vieilles forêts de rhododendrons géants, si vieilles avec les mousses pendantes aux branches qu'on aurait pris pour des barbes de vieux druides. Nous avons même cru apercevoir des nains, des elfes et d'autres êtres qui nous semblaient jusque là complètement imaginaires. En quittant ces forêts pour des hauteurs où les arbres ne poussent plus, nous avons été complètement absorbés par le silence qui régnait là haut. Pendant quelques instants, nous sommes restés seuls quelques centaines de mètres après le camp de base, au bord d'une faille crée par un glacier. Pas un coréen à l'horizon, le gardien du refuge parti plus bas chercher un bidon d'eau, nous étions complètement seuls dans l'environnement le plus silencieux de notre vie. Comme emprisonnés dans un poster, rien ne bougeait et les seuls sons parasites provenaient de notre corps. Soudain, le bruit des ailes et le croassement d'un corbeau sont venus briser ce silence. Nous écoutons les cailloux qui se décrochent des parois, les craquements des glaciers qui avancent et fondent lentement, puis le bruit sourd d'une avalanche dont la neige soulevée se transforme aussitôt en vapeur, formant ainsi le premier nuage de la journée.
Après cette matinée qui fut l'un des plus beaux moments de notre voyage mais aussi de notre vie, nous avons découvert le mal de l'altitude. Les nuages venus de la vallée nous ont englobés et ne sachant que faire et comment passer le temps, nous avons décidé de faire une bonne sieste. Manque de pot, au bout de 2 heures, nous avons été réveillés par un mal de crâne. Depuis le matin, nous n'avions presque pas bu et dormir pendant la journée est pire que tout car l'air étant encore moins dense pendant le jour et notre respiration plus lente pendant la sieste, nous avons fini par manquer d'oxygène.
Alice : ''J'ai pu très difficilement manger le dîner et encore je n'ai pas pu finir mon assiette.''
Cédric : '' De mon coté, je n'ai même pas pu toucher au plat tellement la nausée accompagnait le mal de tête. J'ai passé la soirée dehors au clair de la lune à monter et descendre les marches et à boire de l'eau chaude. Résultat : les fenêtres de la chambre sont restées ouvertes par -15 °C et la nuit est restée mouvementée sur le parcours verglacé des toilettes ce qui me fait dire que J'ai peut-être un peu forcé la dose de réhydratation à l'eau chaude.''
Avant de redescendre dans la vallée pour y retrouver la pollution, le bruit, la fumée, la misère,... nous profitons de quelques journées pour sortir des sentiers battus par trop de touristes et redescendre en zigzag par les chemins secondaires. Nous avons de plaisir de rencontrer Anne-Cécile et Pavel, deux français travaillant dans des banques au Japon! Ils ont bien su nous expliquer la crise financière et la crise économique qui commençait!
Après une très belle observation d'un loup, ouais un vrai ! Qui s'enfuyait au travers de la forêt de rhododendrons fleuris! Nous avons progressivement et trop rapidement rejoint la civilisation et ses dangers! a peine avons nous rejoint un chemin carrossable que déjà le harcèlement des chauffeurs de taxis 4x4 commence avec leur proposition délirantes pour nous ramener dans le quartier touristique de Pokhara! Pour retourner chez Himalal, nous prenons un bus local, une grosse erreur qui aurait pus nous être fatale! Accompagné d'une musique lente, le bus semble se briser en deux à chaque fois qu'il y a de gros trous sur la route! Cette dernière est d'ailleurs complètement défoncée et en zigzag! Nous sommes accrochés à flanc de montagne au dessus du vide et nous prions pour que ce cauchemar s'arrête au plus vite!
De retour chez Himalal, il a du mal à croire que nous y sommes arrivés sans guides! Nous passons une dernière soirée en compagnie de lui et sa famille! Nous ne voulons pas déranger plus longtemps alors qu'il est en train de construire un nouvel étage à sa maison!
Le lendemain matin, nous allons au bureau de l'immigration afin de prolonger nos visas de deux semaines, puis nous prenons la route vers Katmandou!
Publié par alice.cedric à 05:44:51 dans Carnet de route | Commentaires (0) | Permaliens
Du 1er au 13 janvier 2009
Cédric : ''Début d'année tranquille où je reprends doucement des forces après la pneumonie. A la fin du lourd traitement antibiotique, l'infection dans les poumons a été détruite, mais aussi les résistances naturelles dont je m'étais progressivement paré tout au long du voyage. 2 jours après le traitement, la reprise d'une alimentation normale et indienne m'a provoqué une très forte diarrhée. J'ai donc droit à un nouveau traitement antibiotique accompagné d'un régime alimentaire spécial que me cuisine notre famille d'accueil".
Nous passons le plus clair de notre temps avec Deepou et Neetou (diminutif de Navdeep et Navneet). Elles nous conduisent au grand temple de Nanakmata, l'un des plus fameux temples de la religion Sikh. Il est dédié au Gourou Nanak, le premier des 10 Gourous, le onzième étant incarné par le livre sacré. Voici comment se passe la visite quotidienne au temple : Nous devons d'abord nous déchausser et nous laver les mains avant d'entrer, puis à de nombreuses reprises, nous devons nous incliner au pied de chaque marche, au pas de chaque porte, devant chaque religieux et bien sûr devant le petit lit ou repose le livre sacré. Ce recueil des saintes écritures est d'après les Sikhs, vivant et donc traité comme tel. C'est pourquoi, chaque matin, le livre est transporté dans son trône de jour et chaque soir il va se reposer dans son lit. Toute la journée, un religieux est assis en tailleur derrière le Saint livre et récite les textes sacrés. Il est accompagné par deux autres religieux assis à coté du trône et de profil par rapport à l'entrée principale du temple. Ils chantent, jouent des tablas et de l'harmonium et la musique est diffusée à 2 km à la ronde grâce à de puissants haut-parleurs situés au sommet du temple. Après s'être courbé devant et derrière le livre et les religieux, nous sortons par une porte sur le coté. Là, un autre Sikh, distribue au creux de nos mains tendues, un genre de pâte sucrée et huileuse qui n'est pas mauvaise et dont les enfants redemandent volontiers. Derrière le bâtiment principal du temple se situe un grand plan d'eau carré dans lequel nagent paisiblement des carpes de toutes tailles. Nous allons nous tremper les pieds et certains courageux vont jusqu'à se baigner tout entier. Evidemment cette eau sacrée purifie le corps et l'esprit. En repartant du temple, nous devons nous retourner régulièrement et nous incliner autant de fois qu'à l'arrivée. Le 5 janvier à lieu une fête très importante pour les Sikhs. C'est la fête du 5ème Gourou et à cette occasion, le Livre Sacré va faire une sortie en public. Un camion spécial ressemblant à la papamobile mais en plus décoré et couvert de guirlandes de fleurs va transporter ce 11ème Gourou dans les rues du village. Avant son passage et dès le petit matin, tout l'itinéraire est nettoyé. La route est passée au jet d'eau haute pression, puis juste devant le véhicule du Gourou, encadré par les soldats de l'armée sainte, des centaines de Sikh balayent le chemin. Pendant un très court instant, nous ne reconnaissons plus le village de Nanakmata tellement les rues sont propres. Malheureusement, au passage du Dieu Livre, la distribution de nourriture refait des saletés et tous les stands sur le bord de la route distribuant gratuitement les litres de thé dans des gobelets en plastique feront que le soir et pendant deux jours, ces tas de plastiques seront incinérés sur place. Cette fête est l'occasion de montrer la richesse et la force de la religion Sikh. Les enfants des écoles et les étudiants défilent dans les rues en présentant des costumes ou des fanfares. Des soldats de l'armée du Gourou se livrent à des démonstrations de combat. Montrant leur force et leur maniement des armes classiques comme le sabre ou le bâton, mais aussi des armes peu ordinaires comme ces anneaux métaliques au bord tranchant ou cette épée souple de 6 mètres de long, maniée comme un fouet.
La fête passée, nous retournons au Gourdouara. Nos liens se resserrent aussi avec ces braves gens que nous côtoyons tous les jours dans le temple. Lorsque nous ne mangeons pas chez Deepou et Neetou, nous prenons nos repas dans la cantine et c'est presque toujours Bapou qui nous sert. Il est très fier de nous, lorsqu'on lui répète un nouveau mot en Penjabi. Il aime aussi quand on l'appel Bapou ce qui signifie ''grand-père''.
Alice : ''De voir Cédric manger à la cantine réconforte tout le monde car lorsqu'il était malade cloîtré dans la chambre, je devais constamment rassurer les inquiétudes de Bapou et des autres''.
Cédric : ''Quelques jours avant notre départ, Navneet a dû retourner dans son lycée catholique et les deux petites soeurs et le petit frère dans leur école. L'oncle Saab Singh qui devait aussi repartir pour son travail de chauffeur routier m'a mis autour du poigné l'anneau métallique qu'il portait depuis au moins 25 ans. Ce bracelet en acier est l'un des symboles du peuple Sikh et dans le cas présent ce cadeau est d'une très grande valeur puisqu'il signifie que Saab Singh me considère désormais comme son frère''.
Le 11 janvier au petit matin, avec l'aval de mes médecins, nous nous préparons à quitter Nanakmata pour commencer un nouveau voyage. Bapou nous sert notre dernier repas au temple. ''Vaheguru Perchata'' et nous tendons une dernière fois nos mains pour recevoir le pain qu'il nous donne. Cela nous fait bizarre de vider cette chambre où nous nous sommes fixés pendant presque un mois. Avant de partir définitivement du temple, nous allons dans le village et ramenons des sucreries très appréciés par les Sikhs, faites à base de lait et de sucre. Enfin, nous partons du temple. Tout le monde est venu nous voir redécoller y compris les voisins qui ont été mis au courant rapidement. En partant nous nous arrêtons bien évidemment dire au revoir à Deepou, sa grand-mère ainsi que son deuxième oncle. C'est un moment difficile pour tous, surtout pour la grand-mère qui nous appréciait beaucoup et qui, presque aveugle, va se retrouver seule lorsque Deepou sera partie à son tour à l'école et son oncle également chauffeur routier, au travail. Elle pleure et nous ne savons comment la consoler. Peut-on affirmer que nous reviendrons ?
Finalement nous partons le coeur gros, direction Katima où nous allons aussi saluer notre médecin Rajkumar. Il rentre un peu tard chez lui et nous invite à rester une nuit. Nous passons une agréable soirée dans sa petite famille. Il nous passe le film des dents de la mer et nous explique qu'il a lui aussi deux petits requins bonzaï dans son aquarium.
Le lendemain matin, nous appelons Deepou pour savoir si elle est bien retournée dans son lycée. Elle nous répond que non et qu'en plus ce soir c'est la fête de Lori, une fête familiale et que par conséquent toute la famille sera présente, exceptée Neetou qui reste coincée dans son lycée catholique. Evidemment, nous sommes les bienvenus. Rajkumar ne comprend plus rien. A l'instant nous le serrions dans nos bras et faisions nos adieux et maintenant, nous lui disons à demain car nous retournons à Nanakmata. Au village, c'est la surprise générale, après les adieux de la veille, nous revoici. Nous passons la journée en famille à préparés la fête du soir. Des plats spéciaux sont préparer à base de riz et de canne à sucre. A la tombée de la nuit, un grand feu de bouses séchées brule dans la cour et toute la famille avec quelques voisins se réchauffent autour du foyer. Sahab Singh est revenu lui aussi et aide des jeunes à l'installation d'une sono. Ils ont récupéré une vieille enceinte et un lecteur DVD tout cassé qu'ils branchent au cul de l'ampoule. En Inde, pas besoin de prise. Même dans la maison, tout est branché en mettant directement les fils dans les prises électriques. Ce système fait des étincelles mais fonctionne. Dès que la musique résonne dehors, une bande de garçon vient danser et nous demande sans cesse de faire comme eux. Ils sont assez énervants et la grand-mère qui a une autorité suprême nous fait assoir à coté d'elle, nous tient par le bras et nous met sous sa protection. La nuit est courte et nous dormons tous dans la maison. Certains dorment par terre et d'autres comme la grand-mère et nous, dorment sur des lits simples mais très confortables que l'on appel ''char paille'', ce qui veut dire 4 pieds. C'est un simple cadre sur lequel on a réalisé un filet très tendu, le tout sur 4 pieds.
13 janvier 2009 Le vrai départ vers le Népal
Après le petit déjeuner en famille, nous refaisons nos adieux et cette fois ci pour de bon. Nous repassons chez Rajkumar qui insiste pour que nous prenions un deuxième petit déjeuner, puis nous quittons l'Inde. Le passage de la douane indienne est assez aisé. Le fonctionnaire se fout de tout et n'aime pas les gens pressés qui posent trop de questions. Le passage de douane népalaise est autrement plus compliqué. Les roupies indiennes que nous avions mises de coté pour payer nos visas se voient refusées par les deux fonctionnaires complices. Ils nous demandent de payer en dollars. Nous insistons pour payer en roupies et nous leur demandons de quel droit deux français doivent utiliser la monnaie américaine entre le Népal et l'Inde. Pendant 2 heures nous essayons de les faire craquer. Nous les informons que nous n'avons pas d'autre moyen de paiement et que nous resterons dormir sur place jusqu'à ce qu'ils acceptent. Finalement, ils acceptent des euros. Mais cette option ne nous convient pas non plus. Nous avons heureusement un billet de 100 qui nous restait de notre réserve de l'Iran, mais ces deux voleurs utilisent un vieux taux de change ou l'euro ne vaut que 90 roupies alors qu'il est actuellement à plus de 100. Ils nous font détester cet endroit et nous donnent une très mauvaise première image du Népal. Finalement, pour une fois, c'est nous qui craquons et on leur laisse notre billet de 100 euros. Nous payons 41 euros un visa d'un mois qui coûte en réalité 40 dollars. Ils se mettront 1400 roupies dans les poches ce qui, au Népal, est une grosse somme. Nous rencontrerons par la suite de nombreuses personnes qui ont eu le même problème, et des népalais désolés pour l'image que ces fonctionnaires corrompus donne de leur pays.
Toujours est-il que nous sommes désormais au Népal et que ceci est un autre chapitre.
Publié par alice.cedric à 14:13:55 dans Carnet de route | Commentaires (0) | Permaliens
21 au 23 décembre Cédric malade. Le voyage s'arrête à 40 km de la frontière népalaise.
Alice : ''Pendant la nuit Cédric a eu de nouveau de la grosse fièvre et il a beaucoup transpiré. On soupçonne le paludisme. Avec un jeune sikh, nous appelons un médecin. Celui-ci vient vite sans prendre le temps de mettre son turban. Il propose un examen plus approfondi et envoi un infirmier pour une prise de sang. Le matériel est neuf et bien emballé ce qui nous rassure. En fin d'après midi, nous avons les résultats et c'est un nouveau médecin avec des grains de riz collés au front qui vient nous voir. Ouf ! Ce n'est pas le paludisme. Peut-être une infection alimentaire ou une petite hépatite. Un simple traitement de 3 jours d'antibiotique et d'anti-fièvre devrait suffir. Cédric va un peu mieux, mais il a toujours mal aux côtes. Je pars dans le village où il y a une connexion internet. J'envoie des messages pour prévenir la famille et Claude Landos, le médecin de Cédric. Dans le temple, nous sommes comme des rois. Tous les matins et même plusieurs fois par jour, un monsieur nous apporte du thé et à manger pour Cédric. Moi je vais prendre les repas dans la cantine du temple.
Le dernier jour du traitement, le 23 décembre, Cédric a de plus en plus mal aux côtes. La douleur l'empêche de respirer et heure après heure, son état devient de plus en plus critique. J'essaye de faire venir un médecin mais aucun n'est disponible maintenant, on me dit qu'il passera demain matin de bonne heure. Mais demain matin, il sera trop tard !!!! Je téléphone à l'assurance qui me répond que pour un rapatriement en urgence il faudrait d'abord qu'il y ait un diagnostique médical. Merci l'assurance la prochaine fois on se passera de votre aide inutile, car dans ce village loin de tout et sans médecin qu'est ce qu'on peut faire ? De son coté Cédric fait tout pour éviter de bouger. La douleur le torture et le moindre effort l'essouffle. Il est presque persuadé, au vu de ses symptômes que c'est une pneumonie. Je décide d'appeler une ambulance et de ranger toutes les sacoches. Nous devons partir pour l'hôpital le plus proche sans attendre".
Cédric : ''Ca c'est sûr, j'ai rarement été aussi mal. A moitié allongé sur le lit sans bouger, essayant de ne pas paniquer moi même et de rassurer Alice. Je n'arrête pas de me dire que ce serait trop con d'être enterré à Nanakmata, à 40 km du Népal.
Quand toutes les sacoches ont fini d'être rangées, Soni Baba, le chef du temple arrive avec le médecin sikh. Ce dernier se rend vite compte de la situation et démarre la vieille jeep du temple ! Pas question d'attendre une ambulance, on part tout de suite pour l'hôpital de Katima !!! Sur la route défoncée chaque trou est comme une lance qui me transperce le corps. Les gaz d'échappement qui refoulent dans la jeep me font encore plus ressentir le manque d'oxygène. Je regarde par la fenêtre ouverte, des gens dehors qui se réchauffent autour d'un feu de plastique et je me dis qu'ils sont tous en train de respirer sans s'en rendre compte. C'est tellement important de respirer ! Quand on arrête, on meurt ! Avec mon souffle si court je prends conscience que la qualité de l'air est d'une importance majeur. Ne pouvant inspirer qu'un tout petit peu à la fois, la moindre pollution de l'air réduit encore plus l'oxygénation de mon corps. De temps en temps, le docteur inquiet conduisant la jeep se retourne pour voir si je vis encore. Alice me tient fort la main. Arrivé à l'hôpital, la prise en charge est directe. Un médecin me demande de m'allonger, mais je suis recroquevillé et j'ai toutes les peines du monde à déplier mon corps. Pour l'électrocardiogramme, une jeune infirmière essaye en vain de me poser des ventouses sur le torse. Je lui dis que si elle veut elle peut me raser, mais elle s'obstine et devient rouge comme une tomate. Juste après, une radio des poumons confirmera mon diagnostique. C'est une pneumonie. Le médecin de l'hôpital me donne un traitement antibiotique lourd et des anti-inflammatoires. Je prends une première rafale de cachets et dans le bureau du médecin, nous attendons une heure que les médicaments commencent à faire leur effet. Je reprends un peu de souffle et accepte le thé qu'il nous offre. Il n'est pas question de rester trop longtemps dans cet hôpital sale, où l'intimité n'existe pas et les consultations ainsi que les urgences s'effectuent sous le regard des curieux. Une grande pièce accueille tous les lits et les malades qui auraient besoins de repos doivent supporter le bruit ambiant, le mouvement incessant, les visites des familles, la fumée et la poussière qui vient de dehors et la lumière des néons 24h sur 24. Quand je suis un peu mieux, mon médecin sikh nous ramène au Gourdouara (le temple Sikh). Sur la route, un brouillard épais comme on n'a jamais vu nous oblige à rouler au pas en nous guidant le long du fossé. Heureusement qu'il n'y avait pas encore cette purée de pois il y a 3 heures de cela.
Le lendemain matin, le docteur Rajkumar vient me voir avec son riz sur le front. Il s'inquiète de ma santé et viendra me voir presque tous les jours. Il me force à sortir de la chambre et demande à ce que l'on m'installe sur le toit du Gourgouara pendant la journée lorsqu'il y a du soleil. Il prend le temps de boire un thé avec nous et nous discutons du voyage. Il me demande d'être patient car même après le traitement je vais rester fragile et je ne pourrais pas pédaler tout de suite. Le traitement est validé par Claude Landos mon médecin français qui avait diagnostiqué la pneumonie dès les premiers symptômes qu'Alice lui avait décrit dans le message Internet.
Nous commençons à reprendre espoir, nous qui étions prêts à nous faire rapatrier la veille. On se dit que l'on va tenter de se débarrasser de la pneumonie ici, à Nanakmata et que le voyage pourra reprendre doucement après.
Pendant que je me repose, physiquement je suis très très fatigué par la maladie et aussi par le traitement plus le fait de s'arrêter de bouger tous les jours, Alice participe à la vie du Gourdouara.''
Alice : ''Le matin, quand Cédric est dehors au soleil, je balaye la chambre, puis je vais aider les femmes du temple qui travaillent aux cuisines. Cuire les chapatis, nettoyer la vaisselle inox avec la cendre qui est le lave vaisselle probablement le plus efficace, le moins cher et le plus utilisé au monde. Pour le réveillon de noël, nous dinons à la bougie dans notre petite chambre du temple. Nous essayons de manger quelque chose qui sort de l'ordinaire. En apéritif, Cédric avale ses médicaments et en dessert je fais un crumble aux pommes avec des biscuits. Ce n'est pas mauvais mais on rêve d'un bon fromage bio de chez nous ! Autour de notre repas sans viande (puisque ce voyage a fini par nous rendre complètement végétarien), nous discutons tous les deux de tout puis de rien, nos rêves, nos expériences, notre voyage. Nous repensons à toutes ces situations drôles ou dramatiques que nous vivons et auxquelles nous devons toujours faire face ensemble. Une fois couchés, sous la tente que nous avons installée sur le lit pour nous protéger des moustiques, il nous semble entendre un bébé pleurer sur la route. C'est la nuit de Noël ! Et si c'était le petit Jésus ? Nous enfilons rapidement nos habits et nous allons voir. Nous ne trouvons pas de bébé, par contre, en retournant au temple nous trouvons la grille fermée. Nous avons beau appelé, personne ne vient nous ouvrir. Il nous faut escalader la grille.
Pour ce noël, pas de cadeaux. Il n'y a que Raju, un jeune indien très attiré par Cédric qui vient nous apporter une carte de Noël avec un petit bouquet de roses.''
Le Docteur Rajkumar nous balade un peu dans sa voiture. Il nous montre le barrage qui a cédé lors de la dernière mousson; il nous fait visiter son hôpital et son logement de fonction où il reçoit les nombreux VRP qui viennent toujours avec un petit cadeau pour tenter d'acheter le médecin. Rajkumar apprécie les petits cadeaux ce qui ne veut pas dire qu'il va acheter les produits du labo.
Il nous montre ses encyclopédies médicales et nous explique comment il travaille.
Dans le Gourdouara, nous rencontrons Navdeep et Navneet, deux soeurs qui viennent spécialement pour nous voir. C'est leur grand oncle Bapou, le vieux sikh adorable du temple qui les avait informées de notre présence. Comme entre Bapou et nous la communication est difficile, il leur a demandé de venir traduire. Elles parlent très bien anglais et Navneet, l'ainée est dans une école catholique où le rythme est complètement fou. Elle ne peut dormir que 2 heures par nuit. De plus le régime alimentaire est très strict et les filles ne peuvent pas toujours manger à leur faim. Alors essayant de tromper la surveillance des ''soeurs'', elles se débrouillent pour faire entrer frauduleusement de la nourriture dans l'école. Elles nous invitent chez elles et nous nous lions vraiment d'amitié avec toute la famille.
Cédric : ''Toujours sous antibiotiques, les journées passent tout doucement. Baba Soni, le ''chef'' de la ferme du temple vient souvent nous rendre visite. Parfois nous allons faire un tour dans le seul cybercafé du village, mais il est complètement impossible de travailler sur le blog ou le site internet. L'ordinateur est bourré de virus qui font que la connexion s'arrête toutes les 2 minutes, l'ordinateur redémarre toutes les 15 minutes et il y a une coupure générale d'électricité de 20 minutes toutes les heures. Nous ne payons qu'une fois sur deux et avec de la chance il nous arrive parfois de lire quelques mails et avec beaucoup de chance nous pouvons y répondre.
3 jours avant la fin du traitement antibiotique, je ressens des effets secondaires de plus en plus désagréables. Fatigue extrême qui fait que je suis capable de dormir toute la journée, mais le pire, c'est le goût et l'odorat qui deviennent hyper sensibles. Je perds complètement l'appétit et rien que le fait de penser à de la nourriture ou de sentir quelque chose, me donne envie de vomir. Mon plat quotidien se résume à quelques biscuits le matin, puis une carotte arrosée de jus de citron le soir. Les médicaments sont terminés le 31 décembre. Je n'ai pas de temps pour m'en remettre car c'est le réveillon du nouvel an et le docteur Rajkumar souhaite que nous le passions ensembles chez lui à Katima, la ville voisine.''
Le nouvel an 2009
Ce soir 31 décembre, Rajkumar vient nous chercher avec sa petite voiture de médecin. Il nous fait énormément rire avec sa manie de faire le plein plusieurs fois par jour. Il met deux litres d'essence et son challenge est d'aller le plus loin possible avec ça. Il roule donc presque toujours sur la réserve. A Katima, nous rencontrons sa femme et sa fille de quelques mois, toutes les deux adorables. L'histoire de leur mariage est assez marrante, car comme la quasi-totalité des mariages indiens, le choix est imposé par les parents. Les sentiments d'amour ne rentrent donc pas en ligne de compte et les époux ressemblent plus souvent à des partenaires qui ont la charge de gérer et construire un foyer qu'à des amoureux. Pour Rajkumar et sa femme, ils ont été mis en relation par leur parents respectifs, mais tous deux s'étaient mis d'accord sur le fait qu'ils ne voulaient pas se marier. Rajkumar entre autre souhaitait voir du pays, travailler la médecine un peu partout et ne pensait pas du tout à fonder une famille. Ce point commun les a peu à peu rapprochés et finalement ils se sont mariés. Non seulement pour la satisfaction de leurs parents mais en plus par amour réciproque.
Vers 20h, Rajkumar nous emmène dans une salle des fêtes qui ressemble plus à une usine désaffectée. Un parquet de danse lumineux du genre ''année disco'' a été monté et la musique est diffusée par un ordinateur commandé par 3 adolescents. A l'intérieur du bâtiment, un feu de camp allumé à même le sol, réchauffe un groupe de femme. A l'extérieur, un autre feu de camp réchauffe un groupe d'hommes.
Cédric : ''C'est en fait un réveillon entre médecins et si les hommes sont à l'extérieur c'est parce que ce soir c'est la fête et qu'ils ont décidé de boire de l'alcool. Et comme me l'explique Rajkumar :En public les mâles ne peuvent pas boire de l'alcool devant les femelles''. Quand je les vois tous se servir du whisky avec de l'eau et qu'ils m'en proposent, je demande d'abord avis à mon médecin, car je suis encore très fragile et fatigué par la pneumonie. Celui ci me répond qu'un verre ne me fera pas de mal. Il a sans doute raison mais à leur grand étonnement, je refuse de boire un whisky avec de l'eau préférant le prendre sec.''
En fin de soirée, tout le monde est convié à danser. Toutefois femmes et hommes piétinent la piste à tour de rôle. Nous essayons d'adopter le rythme des danses indiennes.
Publié par alice.cedric à 14:08:34 dans Carnet de route | Commentaires (0) | Permaliens