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sur le blog de
Portrait de Planète
C'est ici que vous pourrez suivre
le voyage de
Cédric et Alice.
Vous y trouverez des photos, des vidéos, des sons, le carnet de route des voyageurs et surtout de nombreuses informations sur ceux qui luttent un peu partout dans le monde pour la préservation de l'environnement
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Bedaurinde, nia blogo estas en franca, tamen, vi povas vidi kelkajn bildojn. Post la voyagxo, ni provos skribi libron esperante pri nia historio
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7 décembre (87 km) et jusqu'au 14 décembre à Rishikesh
Départ de Navdanya. Nous saluons tout le monde et nous faisons un bout de chemin avec quelques participants sur la piste de sable qui mène à la route. Tous vont prendre un bus vers Derah dun et nous les suivons de loin avec nos vélos. Juste avant de partir, Paolo et Francesco les deux ''bio italiens'' nous ont signalé qu'ils se rendaient ce soir à Rishikesh, la ville autoproclamée ''capitale mondiale du yoga'', à environ 70 km de la ferme. Nous décidons de nous donner rendez vous le soir dans cette ville pour boire un coup. Nous verrons ainsi qui du bus ou du vélo est le plus rapide. En chemin, nous allons voir la grande statue du Bouddha située à Clement Town, puis par la même occasion, nous tentons un raccourci par les petites routes. Manque de pot, c'est une zone militaire, nous devons faire demi-tour jusqu'à Derah dun. Avec plus de 2 heures de retard, nous décidons de pédaler sérieusement si l'on veut rejoindre les italiens ce soir. Mais sur la route il y a un trafic de folie, et nous devons affronter une multitude de dangers publics, spécialement les gros taxis jeep et les Bus très nombreux dans ce secteur.
Cédric : '' Lors de la traversée d'une ville, un bus s'arrêtant prendre des passagers s'est rabattu sans voir Alice et l'a fait tomber. J'étais moi aussi coincé juste derrière et au niveau de la porte du bus, le sifflet à la bouche, j'ai sifflé de toute mes forces ce qui à stoppé net le chauffeur qui s'apprêtait à écraser Alice. Une rage, une colère m'envahi et l'envie d'étrangler ce danger public mais l'urgent c'est de voir où en est Alice. A priori, elle s'en sort pas mal et le vélo n'a pas grand chose.''
Le reste du chemin nous maudissons tous les véhicules à moteur et supplions Dame Nature de bien vouloir se vider subitement de toutes ses ressources de pétrole. Il faut dire que lorsque l'on respire les sacs plastiques brulés, que l'on a le nez du matin au soir dans la fumée noire des pots d'échappements, que l'on a le bruit des klaxons dans les oreilles et des chauffeurs qui sont autant de criminels en puissance, et bien la fin du pétrole, on en rêve toutes les nuits !!!
Au crépuscule nous arrivons enfin au point de rendez vous et OH SURPRISE !!! Paolo et Francesco ne sont pas seuls. Delia et Max les accompagnent. Nous restons donc une semaine ensemble à discuter sur tout et n'importe quoi, à visiter la ville, croiser les vaches naines brouteuses de papier et plastique partout dans les rues jusque dans les restaurants (et pas dans l'assiette), combattre les macaques voleurs qui sautent brusquement de nulle part et volent la nourriture dans notre assiette ou nous prennent le pain de la bouche. Nous avons aussi quitté la jungle de la ville pour de longues promenades dans la vraie jungle. Le lendemain de notre arrivée à Laxman Jula l'endroit exact où nous nous trouvons à coté de Rishikesh, nous croisons Ricardo et Rachel, deux autres participants des rencontres de Navdanya. Nous sommes donc un groupe de 8 écolos et autant dire que malgré ce point commun, les débats et échanges de point de vue ont été riches durant cette semaine. Entre Ricardo le Vénézuélien qui ne peut se passer de manger de la viande tous les jours et Paolo qui est persuadé que la voiture même en usage limité reste absolument nécessaire, la semaine a été constructive pour tout le monde.
15 Décembre 2008 (20 km)
Nous avons eu du mal à quitter Rishikesh. Tout d'abord, envoyer un paquet en France, ensuite consulter une dernière fois nos mails, aller dire au revoir aux copains et à la grande cascade dans la jungle. Donner une petite interview à Delia pour qu'elle fasse paraitre un article sur le projet Portrait de Planète à son retour en Espagne. Il est presque 15 heures lorsque nous partons. Enfin, il ne nous reste plus que 2 heures à pédaler avant la nuit. Nous choisissons une toute petite route partiellement bitumée qui monte, monte, monte dans la montagne. Nous nous enfonçons dans la jungle et finalement, on se dit que le premier endroit plat sera notre campement et qu'il ne faudra pas trop faire les difficiles. Soudain, une clairière, des buffles, des singes et ... 2 belles huttes cachées sous les arbres à 200 mètres de la route. L'endroit est irréel. Dans le soleil couchant, les grandes huttes sont si belles, constituées essentiellement d'une très grande toiture en paille et d'un mur en terre crue de 1.80 mètre de haut. De la fumée s'échappe des ouvertures, il n'y a pas de porte. Les étables sont toutes faites en branches et feuillage de la jungle. Derrière nous, dans la cime de grands arbres, ce ne se sont pas seulement des singes qui sont en équilibre sur ces branches, mais aussi des femmes qui coupent des feuilles fraîches pour nourrir le bétail. L'une d'elles nous fait signe d'aller dans la maison. Nous pensons en profiter pour demander l'autorisation de camper. Une femme nous propose d'entrer dans sa hutte boire un thé. Pour ce qui est de poser la tente quelque part, il faut s'adresser à l'homme, chef de famille, qui est alité et souffre à de nombreuses articulations. Il nous montre les nombreux médicaments que l'hôpital lui a prescrits. On dirait qu'ils attendent de nous une confirmation du diagnostique et une quelconque critique sur le traitement. Nous essayons de leur faire comprendre que nous ne sommes pas médecins et que même avec notre allure d'extra-terrestres bénéficiant de toutes les technologies modernes, nous n'avons pas la science infuse. Apres le thé au lait de bufflonne, avec l'accord du chef, nous allons nous installer à 300 mètres des habitations. La tente montée, le diner finissant de cuire sur les braises du feu de bois et de bouses séchées, des enfants accompagnés d'un vieil homme nous demandent de bien vouloir plier la tente et de nous déplacer pour aller plus près de chez eux. Leur argument nous a fait bien rire au début, mais l'expression de leur visage nous a fait comprendre qu'ils ne plaisantaient pas. Chaque nuit, la fontaine du camp est visitée par les éléphants et nous nous sommes installés en plein sur leur passage. Ils nous aident tous à remonter le camp entre les deux huttes. Il y a dans ces deux familles au moins une vingtaine d'enfants. Tous ne vont pas à l'école. Tout d'abord, parce qu'ils n'ont pas assez d'argent et ensuite parce qu'il y a beaucoup de travail à la ferme. Dans malheureusement beaucoup de familles pauvres, on fait des enfants d'abord pour travailler et rapporter de l'argent comme on embauche des ouvriers. Les sentiments d'amour sont complètement absents. Comme le chantait Brassens ''me parlez pas d'amour ou je vous fiche mon poing sur la gueule, sauf le respect que je vous dois''. Tous les enfants sont très curieux et essaient de répéter ce que l'on dit en français. Ils insistent également pour qu'on leur donne un papier et un crayon pour écrire leur nom. Pour ce qui est des animaux de la jungle, ils les connaissent parfaitement car ils vivent avec. Ils n'ont jamais entendu parler de Mowgli et du livre de la jungle, ils n'ont pas la télé, pas de livres mais lorsqu'ils miment les animaux comme Baloo, Baguera ou Ati (ours, panthère ou éléphant en Hindi), on constate qu'ils ont une vraie connaissance de la jungle. Pendant la nuit, nous ne verrons pas les grandes trompes cachées dans l'obscurité et la brume, mais juste quelques sangliers venus roder près des maisons.
16 décembre 2008 (70 km)
Pour ne pas rester trop longtemps et perturber ainsi la vie du ''clan'', nous décidons de partir le plus vite possible sans prendre de petit déjeuner. Il fait très froid ce matin et pour la première fois nous devons sortir les gants. Les feuilles sur la routes, les branches cassées et les grosses crottes encore fumantes, nous indiquent que la nuit a été festive chez les éléphants. Régulièrement, des panneaux indiquent le croisement avec une route pour pachydermes. Le petit déjeuner a lieu dans la jungle, écartés de la route, nous prenons un immense plaisir à regarder la nature si vivante et si belle au lever du jour. En quittant la jungle, nous commençons par nous arrêter boire un thé dans un bouiboui. Juste derrière l'échoppe, des éléphants sans défenses (au figuré comme au sens propre), les pattes enchainées et guidés à grands coup de bâtons nous font pitié. Ces grands esclaves assurent des vacances inoubliables aux touristes qui se baladent sur leur dos et sans compter que ces safaris rapportent beaucoup d'argent, ce manque de respect total à leur égard nous dégoute. Plus loin sur la route, un soi-disant médecin nous arrête. Il nous propose de dormir dans son temple décoré de gigantesques statues de dieux divers. Un gros chien berger allemand monte la garde de ce lieu lugubre. Nous acceptons quand même le thé qu'il nous offre de bon coeur et nous repartons. Apres être passés à coté de la plus grande décharge de notre vie, c'est à dire des kilomètres et des kilomètres de déchets accumulés le long de la route, formant un véritable fleuve d'emballages plastiques, nous quittons complètement les paysages de jungle pour des zones plus plates de forêts monotones constituées d'une seule espèce d'arbre plantée en ligne à la manière des Douglas du Limousin. A une intersection, nous commettons l'erreur de demander notre route à des policiers. Ils sont tous un peu tarés, surtout un qui se prend pour un macaque (d'ailleurs nous avons fini par nous demander si se n'était pas un macaque en uniforme). Ils nous offrent un thé (encore un) et nous repartons. C'est absolument incroyable comment tout peut changer en une poignée de kilomètres. En seulement 5 km, nous passons de la forêt, du chant des oiseaux, des éléphants, de l'air pur, du ciel bleu, à un spectacle de désolation. L'air devient nauséabond, le ciel s'assombrit, ce n'est pas la nuit qui arrive mais c'est toute cette fumée qui sort des cheminées, puis à bien y regarder sur la carte nous ne sommes plus très loin de Delhi au nord, c'est peut être le vent qui nous ramène tout ce nuage de pollution. Dans cette brume à l'odeur de plastique brulé, la campagne est bien moins accueillante. Les gens ont pour beaucoup perdu le sourire. Au bord de la route et dans les marécages, pourrissent des carcasses de bovins qui se font dévorer par les chiens et les corbeaux. Nous pédalons depuis un bout de temps dans cet univers et la nuit fini par arriver sans que nous ayons trouvé où dormir. Soudain une station service avec un jardin potager. Un carré d'herbe bien plat pour nous accueillir et de grandes fleurs pour nous cacher de la route. Le jeune patron de la station nous autorise à dormir ici, nous sommes sauvés.
Cédric : ''Depuis notre semaine avec les copains à Rishikesh, je sens que mes cervicales ne sont plus très bien en place, à cause probablement du lit et du gros oreiller. Une douleur dans la nuque finit généralement par me provoquer une migraine. Après trois jours d'un mal qui couve, il explose à 17h30 alors que nous commençons à diner derrière la station. Je tente d'aller me reposer tout de suite sans prendre de cachets mais à 19h30, le mal s'aggrave et je ne suis vraiment pas bien. J'ai beau m'enfiler deux cachetons derrière la cravate, ça ne passe pas. C'est un vrai moment en enfer, il n'y a pas d'autre mot. Toutefois, dans cet univers fait de souffrance, il y a Alice qui veille sur moi. Elle me donne des boules quiès pour lutter contre le bruit du vieux groupe électrogène qui pue à 10 mètres et qui tente de pallier aux coupures d'électricité. Elle me met de l'huile essentielle de menthe sur les tempes et de l'enfer où je suis plongé, j'arrive quand même à percevoir ses massages sur mes mains. J'essaye de m'accrocher à ce petit bonheur jusqu'a ce que je m'endorme. 23h30, je me réveille complètement trempé. J'ai beaucoup moins mal à la tête, l'orage est passé mais j'ai sué à grosses gouttes. Tout est trempé, l'oreiller, le drap, le duvet... Je pars en expédition prendre une douche glaciale aux toilettes avant de finir la nuit paisiblement''.
17 décembre 2008 (65 km) Une journée pour rien
Nous discutons un bon moment avec le patron de la station. C'est quelqu'un de très gentil, respectueux et honnête. Il nous offre un thé, nous le remercions et nous redécollons direction Najibabad. 10km plus loin, c'est la ville. Tout de suite nous la sentons très hostile et nous essayons de la quitter le plus vite possible. C'est très très sale, très, très pollué, plein de monde, surtout des hommes et pas les plus respectueux. Lorsque l'on s'arrête 5 minutes dans la ville, acheter quelques bananes, c'est tout de suite 200 hommes qui nous encerclent et nous fixent comme des bêtes. Ils se rapprochent au point que nous ne puissions même plus bouger. Dans ces cas là, il faut s'imposer et ne plus avoir peur du contact. Nous donnons des coups de derrières, faisons de grands gestes, remontons sur nos vélos et sans attendre que la foule se disperse il faut commencer à pédaler au risque d'en bousculer quelques uns. Sur la route pour Kotwara, nous traversons une belle forêt où le WWF a posé son empreinte sur tous les panneaux. Nous espérons que tous ces messages écrits en hindi et parfois traduits en anglais, font leur bout de chemin dans la tête des passants. Par exemple : ''La terre est notre unique planète, respectons la comme notre mère''.
A Kotwara, nous ne trouvons pas la route qui mène à travers la jungle. Nous demandons à plusieurs personnes et toutes nous répondent la même chose : ''Il n'y a pas de route, seulement une piste et les vélos et piétons y sont interdits, à cause de la présence massive d'éléphants et d'animaux sauvages". Résignés, nous faisons demi-tour, même si nous nous sentons souvent plus en sécurité au milieu de ces animaux dits sauvages qu'au milieu de certains hommes. Dans la forêt où nous étions passés le matin, des policiers nous arrêtent. Ils nous offrent un thé et nous prennent tous en photo avec leurs portables.
Cédric : ''En fait, ils sont tous un peu obsédés par Alice et la photographie sans cesse. L'un d'eux, véritable malade sexuel, nous montre des images de pin-up sur son portable et nous les présente comme membres de sa famille, soeur, belle soeur, ou femme numéro 1, 2, 3 ... 7 ou encore maîtresse numéro 1, 2, 3, 4, .... 11. Il nous propose ensuite de passer la nuit dans sa petite chambre de fonction en nous promettant qu'il n'y aurait pas d'attouchement (promesse qu'il ferait mieux d'éviter). Pas convaincus du tout par cette option, nous demandons s'il est possible d'aller plus loin pour camper. Ils sont d'accord et nous allons près des pépinières, à coté de la maison des gardes forestiers, beaucoup moins excités et plus respectueux que ces obsédés de policiers. Nous sommes prêts à poser les sacoches quand ces derniers reviennent à la charge mais nous demandent cette fois-ci de bien vouloir partir sur le champ. Devant ce changement radical de ton, nous préférons partir sans poser de questions. C'est presque certain, ils auraient préféré que nous dormions dans leur chambre''.
De nouveau sur les vélos, nous les remercions pour leur hospitalité et nous reprenons notre route. Quelques kilomètres plus loin, le soleil orange a déjà disparu et nous ne pouvons pas prendre le risque de retourner de nuit dans cette horrible ville qu'est Najibabad. Nous stoppons dans un champ de canne à sucre. Un petit carré tout juste assez grand pour installer la tente, nous posons les vélos, mais... deux motards nous ont repérés et se sont arrêtés discuter avec des femmes un peu plus loin. 5 minutes plus tard, assis derrière un motard, fusil de chasse canons 12mm juxtaposés à la main, un policier puant l'alcool vient nous faire gentiment déguerpir du champ sous les yeux à moitié désolés des paysannes qui commençaient à comprendre que nous ne voulions rien faire de mal, à par dormir. On reprend les vélos et nous nous arrêtons plus loin dans un genre d'ashram. Nous demandons si nous pouvons poser la tente dans le jardin. Ils nous répondent que non, par contre ils peuvent nous proposer une chambre vétuste pour 200 roupies. Il y a pourtant de la place dehors, nous insistons, ils refusent. Nous remontons sur les vélos, il fait nuit. Soudain, une école. Nous demandons à un instituteur qui était encore là : nouveau refus en raison de la présence d'animaux sauvages la nuit dans l'école (mais bien sûr monsieur le professeur, il nous prend encore pour des touristes celui-là). A nouveau sur les vélos jusqu'au prochain refus, nous voici en plein coeur de la ville. Nous demandons à une station service : NON !!! Mais cette fois-ci, on nous invoque une raison plus plausible, cette ville a très mauvaise réputation et il ne fait pas bon dormir dehors. On nous oriente vers un hôtel de luxe. Le prix de la chambre est exorbitant. Nous demandons à dormir dans le jardin, évidemment, c'est non. Nous ne sommes pas vraiment sans abris puisque nous avons une tente, mais sans place pour nous installer, l'inquiétude grandit et nous sommes tous les deux près de craquer ! Une dernière info nous conduit dans un hôtel*** sponsorisé par Coca-Cola. Une cour intérieure avec une belle pelouse serait parfaite pour nous mais on nous impose la chambre à 350 roupies entre la voie de chemin de fer et le gros groupe électrogène. Complètement extenués au bord des larmes, nous acceptons. Tout de suite le ton est donné, on nous demande de rentrer les vélos dans la chambre car même dans le hall de l'hôtel, on ne nous garantit pas la sécurité. Pendant la soirée alors que nous étions déjà au lit, quelqu'un frappe à la porte, nous demandons qui est-ce ? Pas de réponse. Ca sonne, resonne, frappe à la porte, essaye d'ouvrir la porte, mais ça ne dit jamais son nom. Au bout de 20 minutes de ce petit jeu débile, nous essayons de voir par la serrure qui cela peut-il bien être ? Manque de pot, le gars se cache derrière la porte. Compte tenu de la réputation de cette ville, nous hésitons à ouvrir. C'est étrange, quand nous demandons qui est-ce, jamais de réponse. Enfin décidés à ouvrir la porte, le solide bâton qui sert de béquille de vélo à la main, prêts à en donner un grand coup sur ce personnage dont on ne sait pas s'il nous veut du bien. 1, 2, 3 on ouvre la porte ! Plus personne. Nous nous recouchons et ne dormons que d'un oeil.
18 décembre (65 km)
Ce matin très tôt, nous sommes toujours au lit, ça recommence à frapper et à sonner à la porte. Fou de colère, nous nous habillons, le bâton en l'air, nous ouvrons et qui voit-on ? Le garçon de chambre tranquillement installé à la porte en train de lire le journal qu'il nous apportait. Nous lui faisons comprendre que nous aurions préféré dormir encore un peu, plutôt que de regarder les images d'un journal écrit en Hindi. Quelques minutes plus tard, le gars revient nous demander si nous voulons prendre un petit déjeuner. NOOONN !!!!!
Décidés à fuir ce lieu au plus vite, nous faisons rapidement le paquetage et nous partons.... pas sur la bonne route. Ce n'est pas très grave car c'est une route plus tranquille. En Inde, nous voyons toujours des choses incroyables, comme ce barbier installé en pleine campagne, au bord de la route. Une petite glace et une tablette accrochées sur le tronc d'un arbre, quelques ciseaux, savons, après-rasage, et un bonhomme qui se fait couper les cheveux sous le regard bovin des buffles qui tractent des remorques de canne à sucre. En passant dans les villages et petites villes, nous sommes effarés par la crasse qui règne partout. L'Inde serait tellement plus belle sans tous ces plastiques qui brulent sur le bord des routes, sans l'huile de vidange qui noircit un peu plus l'eau croupie des plans d'eau, sans tous ces chiens galeux, porcs, vaches et enfants qui cherchent subsistances dans les gros tas de déchets ici et là. En milieu d'après-midi, une moto, des journalistes nous arrêtent. Ils prennent des photos et nous posent seulement 3 questions. D'ou venez-vous ? Comment vous appelez-vous ? Où allez-vous ? Avec ça nous verrons demain qu'ils ont réussi à faire un gros article sur nous. Qu'est ce qu'ils ont bien pu raconter ?
A la tombée de la nuit, nous demandons hospitalité dans une ferme. Le propriétaire est un Sikh très gentil qui possède aussi un palace, autrement dit, une grande salle de fête louée pour les mariages. Il nous propose de passer la nuit dans le Palace. Sur le chemin de la ferme, nous découvrons une quantité incroyable de bidons de produits phytosanitaires disséminés autour de la pompe à eau. Il est gentil mais comme la plupart des paysans de la caste des Sikh ce n'est pas un Bio. Nous essayons de parler de la ferme de Navdanya qui fonctionne très bien et obtient de très bons rendements sans aucun produit chimique et en utilisant des semences traditionnelles, mais apparemment ses amis que nous rencontrons le soir sont le commerçant de pesticides et le banquier.
19 décembre (68 km)
8h00, nous sommes attendus pour le petit déjeuner. Un marchand de miel passe dans la ferme, il nous offre une bouteille de miel de jungle, d'un goût assez léger, on dirait presque du sirop de canne. Ce matin, il y a un brouillard bien épais qui rafraîchit l'air. Vers midi le soleil a fini par prendre le dessus sur la brume. Les abords de la grande route ne sont guère accueillants. Tout est très sale et excessivement pollué par les plastiques brulés. Le trafic routier est incessant et nous ne sommes jamais tranquilles. Le midi, pour manger, nous bifurquons sur une petite route qui se transforme rapidement en chemin. Même ici il y a tout le temps du monde. Alors évidemment, au détour d'un virage, lorsque nous voyons ces arbres aux branches basses et personne devant nous, sans hésiter un seul instant, nous fonçons nous cacher. Enfin tranquilles, nous pouvons manger. Sauf que même ici, nous ne sommes pas seuls. Un couple de paysans vient à notre rencontre. Ce sont les propriétaires. Nous leur expliquons que nous mangeons et que nous reprenons la route juste après. Ils sont très gentils et nous invitent chez eux. Nous pouvons y manger, dormir et repartir demain. Un peu désolés de refuser leur invitation, nous acceptons juste le thé et quelques biscuits. Avant de repartir ils nous font visiter leur maison et nous offrent un moli (genre de gros radis) qu'ils arrachent de leur champ. De nouveau nous mettons le cap plein Est, direction le Népal. Nous sommes maintenant à 150 km de la frontière. C'est sûr (pensons nous), nous serons au Népal pour Noël. En fin de journée, nous bifurquons à nouveau de la route principale en espérant trouver un endroit tranquille pour passer la nuit. Une belle maison avec une pelouse bien plate serait parfaite. Nous commençons à entrer dans le jardin quand un Sikh sur un tracteur nous demande ce que nous voulons. Sans autre explication, il refuse que nous allions demander dans cette maison qui n'est pourtant pas la sienne. Soudain un autre sikh arrive en moto. Les deux hommes discutent et le motard nous invite chez lui. Mieux que la tente, selon lui, nous sommes ses invités et nous auront droit à un vrai lit. Pour plus de sureté il fait entrer les vélos et tous nos bagages dans sa nouvelle maison en béton. Il n'y a aucune finition ni dehors ni dedans et visiblement il n'y en aura jamais. Ce sera du béton gris pour la vie. Notre langage est limité néanmoins nous arrivons à nous faire comprendre. Très fier de son exploitation, il nous fait visiter sa ferme. Dans la cour, la remorque pleine de cannes à sucre est attelée au tracteur, prête à être conduite à l'usine de raffinement. Au passage il prend une canne qu'il nous offre comme une friandise. A son grand étonnement, nous savons comment manger de la canne à sucre brute. Sur la route, nous avons regardé les enfants prendre la canne à un bout, l'éplucher avec les dents en arrachant l'écorce puis en croquant à pleine dents dans la pulpe sucrée. Toutefois nous ne sommes pas si enjoués de manger de cet hybride PE105 ou quelque chose comme ça, issu des labos de l'agro-business et ayant poussé dans des sols riches en pesticides et engrais chimiques divers. Les Sikhs, bien que très gentils, serviables et hospitaliers sont aussi les plus gros agriculteurs pollueurs de l'Inde. Notre hôte nous fait visiter le hameau habité pour la plupart par la famille. Une de ses nièces parle très bien anglais et nous restons un moment dans sa maison. Deux heures plus tard en allant préparer notre lit pour la soirée nous découvrons que toutes nos sacoches ont été maladroitement fouillées. Très facile à vérifier car tout est organisé et rangé de telle manière que si l'on ne connait pas la combine, il est impossible de refermer les sacoches. Notre Sikh ne comprend pas ce qui ce passe, il était avec nous tout le temps. Mais un regard sur sa fille, sa femme et l'un de ses petits fils suffit à cerner les coupables. Depuis la cuisine, visiblement très mal à l'aise, ils nous observent vérifier tout le contenu de nos sacoches. Nous leur faisons comprendre que nous ne sommes vraiment pas contents et que s'ils avaient souhaité savoir ce que nous transportions, ils n'avaient qu'à le demander. La confiance que nous avions envers eux est tombée et l'ambiance à été beaucoup moins chaleureuse jusqu'à notre départ.
La nuit est très courte. Ils se couchent très tard. La moustiquaire qu'ils ont mise à notre disposition n'empêche pas quelques moustiques parmi les centaines qui tournent autour de nous de venir nous piquer. En plus pendant la nuit, ils dorment la lumière allumée, un couple fait l'amour, le bébé pleure, un frère débarque au milieu de la nuit avec sa moto et entre dans la maison. A 4h du matin, tout le monde se lève. Le père fait sa prière, le marchand de lait vient collecter le lait de la ferme. Les femmes font leur toilette et préparent à manger. Enfin, le soleil pointe son nez, la lumière est enfin éteinte.
20 décembre (91 km)
Avant de partir, notre hôte nous indique un endroit ou nous pourrons passer la nuit prochaine. Il s'agit du temple Sikh de Nanak Mata à environ 90 km. Nous le remercions et nous partons avec des poches de fatigue sous les yeux. Comment font-ils pour dormir si peu ? Sur la route, c'est toujours le même trafic et les mêmes gars en moto ou en voiture qui nous doublent et s'arrêtent juste devant pour nous voir passer et recommencent leur cinéma 3 ou 4 fois. Dans la ville désorganisée de Kicha, nous cherchons notre route quand un homme crade postillonnant son tabac à chiquer sur nous quand il parle, nous demande de suivre sa jeep. Il veut juste nous mettre sur la bonne route. C'est très gentil à lui et nous acceptons. Toutefois, nous croisons des doigts pour qu'il ne nous parle plus. Soudain, il s'arrête devant un poste de police, sort de son véhicule et va tout de suite serrer la main des policiers. Il pose sa vieille veste bleue déchirée et sort de sa poche son béret et son sifflet. Il apparait alors comme le chef de la police. Il donne ses ordres, remonte dans sa voiture et nous postillonne qu'il va nous escorter jusqu'au Népal ! Nous essayons de lui expliquer que ça va aller, que l'on va se débrouiller, rien à faire, il prend cette mission au sérieux. Nous le suivons donc sur cette route, ou plutôt cette piste crade et poussiéreuse. Plusieurs fois il s'arrête pour nous parler, cracher sa chique et baver sur son uniforme. A quelques kilomètres de la ville, il s'arrête enfin et nous souhaite bon voyage. Nous le remercions de nous avoir crachés dessus si bien et il nous répond qu'il n'a fait que son devoir. Le midi, nous nous arrêtons manger à l'écart de la route, dans une bananeraie. Les pauvres gens qui travaillent là (principalement des femmes) ne comprennent pas ce que nous faisons. Quand le chef arrive, nous nous faisons gentiment virer de la propriété. Nous nous installons donc au bord de la route devant la grille et nous mangeons sous leurs yeux désolés.
Alice : ''En reprenant la route, Cédric a comme une douleur dans les côtes, comme un point de coté qui l'empêche de respirer correctement. En plus chaque trou sur la route le fait grimacer de douleur. Il sent qu'il a de la fièvre. Que faire ? Nous sommes au milieu des champs et il reste 30 km pour arriver au temple.''
Cédric : ''Non sans mal, nous arrivons à Nanakmata. On s'arrête dans le premier temple Sikh que l'on voit. En plus de la douleur dans les côtes et de la fièvre qui est de plus en plus forte, j'ai une énorme envie de pisser. Dans le temple, il n'y a que des vieux qui ne comprennent rien. Nous essayons de leur expliquer qu'on veut aller aux toilettes, rien à faire. Un vieux me demande de me déchausser et de me couvrir la tête. Malade ou pas, je suis dans un temple Sikh, il faut respecter la religion. Il me demande de me laver les mains. Manque de bol, pas d'eau au robinet. Un autre vieux revient quelques minutes plus tard avec un pichet d'eau. Je me lave enfin les mains et demande toujours à aller pisser. Le vieux barbu me fait monter les escaliers et ouvre la porte du temple. Il n'y a que le livre sacré, des instruments de musique et des décorations religieuses. Je me retourne et me demande s'il n'est pas en train de se foutre de ma gueule et il me fait signe de faire le tour de la pièce ce que j'exécute sans perdre de temps. En ressortant il me montre une boite à dons. J'ouvre mon porte monnaie qui par malchance est vide de chez vide. Le vieux me sourit, me tape sur l'épaule, l'air de dire ce n'est pas grave mon p'tit, allez, viens, on redescend. En bas je retrouve Alice à qui j'explique que je n'ai toujours pas pu pisser, c'était juste le protocole d'entrée dans le temple. Un jeune sikh arrive et parle deux mots d'anglais. Je lui demande TOILETTE et il me montre un bâtiment de l'autre coté de la cour. Sans prendre le temps de remettre mes chaussures, j'y courre et me soulage. Enfin !!!
Ensuite, la nuit arrivant, et mon état physique au plus bas, nous demandons s'il est possible de monter la tente sur l'herbe à coté d'un tas de bois. Les vieux qui sont là, semblent ne pas comprendre mais sont d'accords, jusqu'à ce que l'un d'eux arrive à nous expliquer que nous pouvons dormir dans une chambre.
Ils nous guident dans une pièce équipée d'un grand lit et de toilettes. J'avale deux cachés contre la fièvre et me couche sans manger.''
Publié par alice.cedric à 13:59:24 dans Carnet de route | Commentaires (0) | Permaliens
mardi 3 décembre (20 km) NAVDANYA
Ce matin, nous sommes attendus pour le thé. Pas de prière mais le moment est venu de payer la nuit où plutôt de faire un ''don obligatoire''. Disons que vu la qualité de la chambre sans la douche, si on la compare à un hôtel, ça doit tourner dans les 150 à 200 roupies maximum. Comme la veille nous les avions entendus parler de prix et de quelque chose comme 500 roupies. Nous décidons de donner 250 roupies pour nous deux ce qu'il refuse en nous montrant sur son carnet à souche que quelqu'un avait donné 300 roupies il y a longtemps et que ce serait mieux qu'on donne la même chose. De toute façon il nous a imposé son tarif. Alors va pour 300. Pour ce prix là, nous qui voulions camper la veille, on aurait mieux fait d'aller à l'hôtel.
Nous quittons vite ces lieux, direction les bureaux de Navdanya. Après avoir un peu tourné en rond, nous rencontrons enfin les salariés de l'association. Les bureaux se situent à l'écart de la circulation et au milieu d'un beau parc où nous aurions pu camper très tranquilles. Mais nous préférons ne pas y penser, ça nous fait trop de mal. Nous obtenons les informations nécessaires et précises pour nous rendre aux rencontres internationales sur la ferme expérimentale. En début d'après midi, après un petit message internet envoyé pour rassurer la famille, nous sommes sur la route. Ce que l'on ne sait pas c'est que l'Internet n'a pas fonctionné et que la semaine que nous avons passé à Navdanya qui s'ajoutait à déjà deux semaines sans donner de nouvelles à fini par vraiment inquiéter la famille (enfin... plutôt les parents de Cédric) qui a appelé l'ambassade de France à la rescousse. Cette dernière a fait des recherches très efficaces et a d'ailleurs retrouvé notre trace dans la ferme de Navadanya, perdue dans la campagne Indienne. Et puis nous avons par la suite reçu des messages d'espérantistes népalais contactés par l'ambassade de France au Népal qui nous recherchait aussi.
En fin d'après midi, nous quittons la ''old shimla road'' et nous empruntons un petit chemin sur la gauche 15,5km après la grande horloge de Derah Dun. Des cailloux, puis du sable, puis enfin des chauffes eau solaires, nous sommes arrivés. ''Welcome to Navdanya''.
Nagi fait partie de l'équipe qui travaille sur la ferme. Il nous accueille et nous présente le programme et le fonctionnement. Comme il n'y a pas assez de chambre, nous devons nous séparer et aller chacun respectivement dans le dortoir des gars ou des filles. Le programme des journées est très intéressant et ce qui nous rassure un peu, c'est que l'on ne fera pas que parler. Car selon eux, la participation financière ne fait pas tout et ils considèrent à juste titre que la participation physique est encore plus importante. Le matin donc, avant que ne commencent les conférences et débats, les participants au stage sont invités à travailler aux cuisines, dans les champs ou à l'entretien des bâtiments. C'est un peu le fonctionnement d'un Ashram à la mode Gandhi. A l'aube, pour ceux qui le souhaitent, il y a une séance de yoga, puis le petit déjeuner. En fin de matinée, et dans l'après midi se déroulent les conférences et ateliers. Le soir après le repas, il y a toujours un créneau de prévu pour le partage de connaissances ou la réflexion sur des sujets divers que chaque participant peut proposer. Les moments libres sont mis à profit pour lire les ouvrages très intéressants de la bibliothèque, discuter entre participants de tous pays ou bien redonner un coup de main dans les champs.
''Cédric : Pour ma part, je suis resté le plus souvent planté dans les champs, tandis qu'Alice restait scotchée le nez planté dans les bouquins de la bibliothèque''.
Le premier jour après notre arrivée, un chercheur nous fait visiter la ferme. Nous découvrons l'ampleur des travaux réalisés ici. Cela n'a rien à voir avec une simple ferme de néo-baba-cool, refusant tout progrès technique et cultivant à l'ancienne avec des boeufs. Cette ferme est bien au contraire A LA POINTE DU PROGRES. Un laboratoire permet d'étudier les plantes, et les caractéristiques physico-chimiques du sol après telle ou telle culture. On étudie aussi les coéxistences entre plantes et recherche des techniques naturelles pour lutter contre les parasites.
En allant visiter la banque de graines, nous traversons des champs où sont expérimentés en mélange de nombreuses plantes traditionnelles. L'idée étant de trouver les combinaisons les plus bénéfiques pour le sol, la qualité de la production, l'auto résistance face aux parasites et la régularité du rendement permettant au paysan d'étaler la récolte sur toute l'année et donc d'avoir un revenu régulier. Evidemment tous les produits chimiques sont exclus et la réponse est toujours trouvée dans la nature. Notre guide nous rappelle des choses simples : ''Il suffit d'être attentif et de bien observer le fonctionnement et la réaction des plantes et des insectes. Par exemple, si un insecte ravageur ne va jamais sur telle ou telle plante, c'est qu'elle n'est pas bonne pour lui donc elle aura peut-être un effet répulsif. Peut-être aussi que la plante sera toxique pour l'insecte, dans ce cas nous pourrons l'utiliser comme insecticide naturel.''
Dans la Banque de graine, comme dans un temple (d'ailleurs c'est un peu un temple), nous devons poser nos chaussures. Il n'est pas question de rapporter des graines non-invitées sous nos chaussures dans le bâtiment. Après avoir franchi la porte, plusieurs armoires s'étalent devant nous renfermant des centaines de variétés de plantes traditionnelles. Un tableau vient récapituler de manière très synthétique la collection. Rien que pour le riz, plus de 400 variétés ont été recensées et analysées. Chacune des variétés possèdent des qualités propres qui justifient à chaque fois un peu plus l'inutilité des OGM. Sur plus de 400 riz, imaginez un peu les formes, les couleurs, les qualités nutritionnelles, les goûts et surtout les différents sols auxquelles il sont adaptés ! Sols plus ou moins secs, humides, chauds, froids, argileux, filtrant, etc...
En utilisant des boeufs comme force de travail, les recherches scientifiques portent aussi sur la valorisation de la bouse. Fertilisants, engrais hyper-concentrés, ou spécial pour le démarrage des jeunes plants, insecticides, compostage rapide en un mois grâce à différentes espèces de lombrics. Biogaz utilisé pour les cuisines. La vache est non seulement un moyen d'enrichir gratuitement le sol, mais aussi un moyen pour le paysan de gagner en autonomie et indépendance par rapport au prix du pétrole et du gaz.
De retour sur le site des conférences, nous faisons connaissances avec les participants. Venus d'un peu partout dans le monde, il y a de tous les âges mais surtout des jeunes. Nous sommes les seuls à être venus en vélo mais beaucoup sont venus sans utiliser l'avion. Il y a des Anglais, Indiens, Espagnoles, Américains, Australiens, Italiens, Allemands, Suédois, Sud-Africains et Sud Américains.
Les repas bio nous font beaucoup de bien et en discutant avec les autres, nous nous rendons comptes que ça bouge de partout dans le monde. Et bien NON, il n'y a pas qu'en France qu'il y a des vilains irréductibles gaulois qui luttent contre les OGM, la malbouffe et l'emprise des grosses multinationales. Il y a par exemples les très sympathiques et joyeux Paolo et Francesco père et fils, paysans maraichers Bio qui nous expliquent qu'en Italie lors du débat sur les OGM au sein des syndicats agricoles, les paysans bio ont fait une telle pression que certains leaders qui étaient d'abord favorables à l'invasion des OGM se sont finalement prononcés contre. Et aujourd'hui encore, les OGM sont complètement interdits dans toute l'Italie. Nous avons beaucoup sympathisé aussi avec Max le militaire pacifiste anglais. Suite à un accident qui lui a fragilisé le dos, il est en vacances prolongées. Il a toujours le statut de militaire anglais, mais il a décidé d'aller de l'Angleterre jusqu'en Afghanistan à pied et sans un sous. A son départ il ira voir son gouvernement pour lui signaler qu'il se rend en Afghanistan à pied et qu'à son arrivée à Kaboul, il veut pouvoir marcher en paix sans courir le risque d'être fusillé ou bombardé. Il ira demander à tous les gouvernements des pays qu'il va traverser de s'engager définitivement sur le chemin de la paix. Aux pouvoirs politiques de prendre leur responsabilité (si toute fois ils se sentent encore un brin responsables d'autre chose que de leur porte monnaie et s'ils arrivent à porter encore un peu d'intérêt à autre chose qu'à leur carrière personnelle).
Entre autres personnes super que nous avons rencontré à Navdanya, il y a aussi Delia, une Française de l'Argentine vivant à Ibiza. Adi, une autre Italienne très active. Rachel l'Espagnole et Ricardo le Vénézuélien, tous deux en mal du pays, ils sont devenus fous avec l'aventure d'un fromage et d'un jambon qui leur a été envoyé mais dont ils n'ont jamais pu bénéficier ne serait-ce que de l'odeur.
Puis tous les autres avec qui nous avons bien discuté et qui font bouger les choses dans leur pays.
A la fin du stage, nous avons remarqué que l'ensemble des participants avait fait le plein d'énergie et étaient plein de volonté et d'idées nouvelles pour agir dans leur pays.
Tout ce qui a été dit pendant cette semaine, nous le savions, et pourtant... Pour certains, réentendre des choses aussi simple que ''l'arbre est dans la graine'' a suffit pour redonner plein de courage et d'espoir.
Publié par alice.cedric à 12:39:38 dans Carnet de route | Commentaires (0) | Permaliens
Lundi 1er décembre (42 km)
Au petit matin, drôle de surprise dans la tente. Des milliers d'araignées y ont trouvé refuge. Nous sommes à l'abri derrière la moustiquaire, mais elles se sont installées partout sur la toile de tente et sous les sacs et dans les fermetures des sacoches. Cette drôle d'invasion nous motive à décoller rapidement. Nous prendrons le petit déjeuner plus tard dans un Dhaba (petit restaurant de bord de route vendant de la nourriture pas fraiche) qui multipliera les prix par 2 ou 3 rien que pour nous. Nous leur faisons bien comprendre qu'il ne faut pas nous prendre pour des touristes et que nous connaissons la réalité des prix. En même temps ce n'est que 1,5 euro. Sur la route nous croisons beaucoup de voiture de mariage, toutes décorées avec des guirlandes d'oeillets d'Inde. Parfois nous croisons un orchestre devant des maisons où sont célébrés les mariages. Lorsque la route commence à vraiment monter, il y a tout de suite beaucoup moins de monde et les quelques personnes que nous croisons semblent très surpris de voir non seulement des étrangers mais en plus sur de drôle d'engins. Les zones de culture de la vallée laissent place à la jungle. Un gros serpent écrasé sur la route nous indique la présence de beaux spécimens de reptiles. Puis des branches s'agitant au dessus de la route attirent notre regard. Ce sont des Langours, une autre espèce de singe assez commune en Inde. Plus gros et plus fort que les macaques, ils sont blancs avec un visage noir. Ils sont assez pacifiques et préfèrent la vie en famille dans la cime des arbres. Un motard nous voyant en train d'observer les singes s'est arrêté et nous a mis en garde de ne pas nous approcher de trop près car si jamais ils décident de nous attaquer, personnes ne pourra venir nous sauver. Au sommet de cette petite montagne nous nous arrêtons dans la ville de Nahan. En faisant quelques courses, un journaliste nous arrête. Quelques questions et une photo lui suffisent pour rédiger un ''bel'' article. Nous essayons en vain de parler d'environnement ; d'expliquer à chaque journaliste que nous croisons pourquoi nous voyageons à vélo. Nous essayons de leur parler de la pollution, des déchets, de la paix. Mais visiblement, ils s'en foutent et préfèrent raconter dans leur journal que deux touristes sur des nouveaux vélos ultra modernes et super design, sont venus en Inde sans peur malgré les attentats à Bombay. En fait nous en avons un peu marre de cette presse people qui remplit des pages pour ne rien dire d'intéressant et même pire car les ¾ de l'article sont issus de l'imagination du ''journaliste''.
En redescendant de Nahan, nous faisons attention de ne pas foncer dans un singe, un cochon, une vache, un chien ou un enfant, tous fouillant dans les déchets au bord des routes.
En fin d'après midi, alors que nous prenions un peu d'eau à une pompe au bord de la route et que nous en profitions pour nous laver un peu le visage couvert de poussière, un vieil homme ressemblant beaucoup au Mahatma Gandhi, vêtu des mêmes habits de coton et équipé des mêmes lunettes ronde, est venu nous voir. Il parle un anglais impeccable avec un formidable accent Indien. Il est très tranquille, rigole tout le temps et son humeur joyeuse est très communicative. Lorsqu'il nous invite à boire un thé, nous le suivons sans hésiter. Il habite un petit village très calme et quand nous lui expliquons que la nuit approchant, il nous faut partir à la recherche d'un endroit pour camper, Il nous propose de dormir au pied d'un arbre sacré, au milieu des champs derrière chez lui.
Très vite nous installons le campement avant que la nuit ne tombe vraiment. Quelques voisins viennent voir les deux étrangers mais dès que nous nous mettons à table, respectueusement, ils s'en vont. Notre sosie de Gandhi revient vite nous voir pour savoir si nous avons besoin de quoique ce soit. Puis un autre voisin, vient nous voir et a anticipé nos besoins. Il nous apporte une lampe à pétrole pour nous éclairer, des délicieuses pâtisseries faites par sa femme et un gros seau d'eau très chaude pour nous laver. Nous discutons un bon moment avec lui. C'est un garde forestier. Il surveille de près l'exploitation du bois dans la jungle et veille à ce qu'il n'y ait pas de coupes illégales. Il nous invite à prendre le petit déjeuner chez lui demain matin. Après avoir gouté aux pâtisseries maison, nous ne pouvons qu'accepter.
La nuit est très agréable sous cet arbre sacré. Rien ni personne n'est venu troubler notre profond sommeil récupérateur.
Lundi 2 décembre (65km)
La brume matinale a tout trempé. Nous essayons de profiter des premiers rayons de soleil pour faire sécher les toiles mais nous sommes assez pressés d'être dans la ferme de Navdanya et nous sommes encore invités pour le petit déjeuner chez le garde forestier. Après une petite photo de groupe avec les quelques hommes qui sont venus de bon matin nous regarder plier le camp, nous traversons le village pour aller dans la maison du garde. Une bien moderne demeure, comme quoi les fonctionnaires d'Etat peuvent bien gagner leur vie en Inde. Toutefois il y a des traditions auxquelles ils sont attachés. Riches ou pauvres, ils doivent rester fermiers et donc, ils ont toujours leurs champs et leurs vaches. La cuisine est aussi restée détachée de la maison dans un petit bâtiment où la femme prépare les plats sur le sol et cuisine au feu de bois. Nous sommes très gâtés et les voisins apportent aussi des plats à deguster (on a l'impression d'un concours de cuisine dont nous sommes le juris). Après tout ça, nous avons beaucoup de difficulté à pédaler.
Le soir, nous sommes rendus à Derah Dun. Malheureusement il est tard et les bureaux de l'association de Navdanya viennent de fermer. En appelant la ferme expérimentale, nous apprenons qu'elle est à 15 km de la ville et que le stage qui s'y déroule n'est pas à destination des paysans locaux mais c'est une rencontre internationale sur le thème de ''Gandhi et la mondialisation''. Des participants venus de tous pays y sont présents, mais nous devons payer l'hébergement, la nourriture et le défraiement des intervenants. Sans trop connaitre vraiment le programme, nous sommes prêt à participer au stage et rien que de savoir que nous allons enfin pouvoir re-manger bio, nous hésitons à pédaler même de nuit pour y être le plus tôt possible. Malheureusement, nous sommes fatigués, il fait noir et nous ne connaissons pas la route pour la ferme. Puis il y a aussi un journaliste qui vient de nous donner rendez vous pour un entretien le lendemain matin. Nous cherchons un lieu sûr pour camper cette nuit en ville. Rapidement, on nous oriente (est-ce parce que nous sommes européens?) vers l'église catholique. Dans une ruelle calme, nous distinguons une église toute neuve et derrière elle, un grand jardin en herbe avec quelques grands arbres : parfais pour camper. L'accueil de la part du curé Indien est glacial ! La réponse est non et sans appel ! Sans nous demander si nous sommes catholiques, mariés ou quoi que ce soit, il refuse de nous donner asile dans le jardin de l'église en nous prétextant que les touristes doivent être dans des hôtels car dehors ce n'est pas sûr, surtout depuis l'attentat de Bombay qui, on le rappelle, avait touché justement un hôtel de luxe. Et puis on se demande vraiment quel terroriste va venir trouver deux pauvres touristes à vélos dans la pénombre de ce jardin derrière une église gardée par un molosse ! Nous le remercions chaleureusement pour son accueil et nous tournons les talons vers la nuit et le froid de dehors. Nous ne savons pas du tout où aller. La fatigue et la faim aidant, nous commençons à vraiment désespérer quand soudain une voix divine provenant du jardin du curé nous dit en anglais ''je connais un endroit où vous pouvez dormir ce soir''. Un jeune homme apparait, c'est un enfant de choeur qui n'a pas perdu une miette de notre bref entretien avec le ''père''. Il nous guide vers le ''presbytère'' qui est en fait une riche école catho. A peine avons nous franchi les grilles du parc de cette grande école qu'un homme, habillé très classe avec petite barbe, nous invite à le suivre sans nous demander quoique ce soit. Il nous demande de garer les vélos et enfin s'intérresse à nous. ''D'où venez vous ? Etes-vous catholiques ? Mariés ? Des enfants ? Vous voulez loger ici ? Effrayés à l'idée d'être encore jetés dehors, nous répondons oui à tout (sauf pour les enfants). Il nous répond que c'est bien mais avant toute chose, il doit nous présenter au directeur des lieux. Nous le suivons dans une grande maison où nous rencontrons une femme blonde. Elle est américaine et c'est la directrice. Elle nous fait installer dans deux fauteuils, puis son mari ne tarde pas à venir. Nous sommes complètement exténués et ne rêvons que d'un lit. Ils nous posent de nombreuses questions sur notre éducation religieuse et les buts de notre voyage. Nous répondons toujours la vérité qu'ils veulent entendre c'est à dire que nous avons fait notre communion, le catéchisme et enfant de choeur (enfin, seulement Cédric), et puis nous voyageons pour la paix et la fraternité.
''Cédric : Nous n'allons quand même pas jusqu'à dire que nous voyageons pour évangéliser la planète, mais quand même, dans ces moments là, je repense au flic en civil qui nous avait baladé dans les bazars fermés de Ispahan pendant la grosse manifestation anti-israelienne et à qui je racontais qu'elles étaient les fêtes religieuses chrétiennes et l'histoire du petit Jésus venu pour nous sauver de cette mouise. Amen''
Finalement, ils refusent de nous laisser camper dans le grand parc et nous imposent une chambre pour notre confort. Voila qui est très gentil (mais nous les entendons discuter de prix lorsque nous sortons de la maison).
Notre guide en costume nous conduit jusqu'à une chambre où il n'y a même pas de croix accrochée au mur. Nous en profitons pour lui demander s'il y aura quelque chose à payer. ''Bien sûr, nous répond il'' et à la question ''Combien?'' il nous rassure énormément en nous disant que ce ne sera pas cher.
Il nous invite à venir manger dans son appartement avec sa famille, mais il faut que l'on apporte notre nourriture, pour partager. A part des cacahuètes et des nouilles, on n'a pas grand chose. Tant-pis, on y va avec ce que l'on a.
Il habite dans un appartement au premier étage dans un des nombreux bâtiments du presbytère. Il nous présente sa femme, ses 2 filles et la grand-mère. Ils ont déjà plus ou moins mangé, mais tout le monde se réunit quand même autour de la table.
''Cédric : Je sens le coup venir gros comme une maison, il va nous demander de prier avant le repas ! Bingo en plein dans le 1000 !!! Heureusement, il me demande à moi car Alice ne connait pas encore bien les prières que j'ai commencé à lui apprendre entre notre chambre et l'appartement. Comme avant de monter sur scène, j'ai le trac. Je m'excuse auprès de lui, mais mon anglais étant loin d'être parfais, je préfère prier en français. Je prends discrètement une profonde inspiration, ferme les yeux, joints les mains et baisse la tête en espérant qu'Alice fera de même avec autant de conviction. Et je me lance, le trac disparait, je suis à fond en train de réciter le ''Notre Père'' à haute voix et je n'arrive pas à croire à ce qu'on est en train de vivre !!!
Depuis que nous avons franchis la grille, il cherchait à savoir si nous étions de vrais chrétien(ne)s. Cette prière avant le repas était un test grandeur nature.
Nous mangeons notre nourriture et nous offrons des cacahuètes. Sa femme nous donne quelques restes froids. Il nous semble qu'il y a de la viande. Pas de bol, le lendemain commence pour moi un épisode tourista qui aura bien du mal à passer.''
Publié par alice.cedric à 12:31:17 dans Carnet de route | Commentaires (0) | Permaliens
Mardi 23 novembre 2008
Nous quittons l'hôtel à midi et nous nous rendons au Golden Temple. Nous pédalons presque les yeux fermés car tout le monde nous guide vers le site (c'est dire la réputation). Lorsque nous arrivons, nous ne demandons rien mais comme si nous étions attendu, un grand Sikh nous guide vers un dortoir, met tout le confort à notre disposition et nous propose d'aller manger. Free ! Tout est Free, gratuit, nous n'avons rien à payer ?! Il y a quand même des boites à dons un peu partout où nous pouvons glisser quelques billets. En sortant du dortoir, nous entendons un vacarme assourdissant. Si c'est un groupe de percussions, ils ne sont pas vraiment en rythme. En fait, ce sont des personnes, toutes volontaires, qui lavent la vaisselle métallique. Nous suivons des gens et nous faisons comme eux. Ils tendent les 2 mains ouvertes, nous faisons de même et nous recevons une assiette, un gobelet et une cuillère. Dans une immense salle, nous nous asseyons par terre, en rang d'oignons, sur de longs longs longs tapis de jute. A peine assis, déjà des gens passent avec des seaux en inox, pleins de délicieux plats qu'ils nous jettent dans l'assiette. Pour le pain, nous devons tendre nos 2 mains ouvertes et le gars nous jette 2 chapatis en disant « Pechatal Waeguru ». Après mangé, nous devons suivre le ‘'troupeau'' et faire comme eux. Finalement c'est simple et très bien organisé.
Le temple est magnifique ! Dans une enceinte carrée, bordée de grands bâtiments blancs, un grand plan d'eau et au milieu le temple presque entièrement recouvert d'or. Nous rencontrons des Sikhs très gentils, comme ces travailleurs volontaires qui recouvrent le temple de feuilles d'or. Ils nous offrent du thé et nous guident dans le musée des Sikhs. Ils nous racontent l'histoire de leur religion, leurs coutumes, la persécution qu'ils ont subit et des histoires incroyables comme ce guru qui s'est battu pendant 5 km avec sa tête coupée tenue dans l'une de ses mains. Ou encore le guru qui est resté plusieurs jours sous l'eau et est revenu à la surface, vivant et frais comme un gardon. Nous nous lions d'amitié pour un autre jeune sikh qui est électricien mais qui donne beaucoup de son temps libre pour le temple. Il nous fait visiter l'infrastructure, l'énorme pompe à eau et les filtres industriels pour potabiliser l'eau. La machine à chapatis conçue par des sikhs permet de fournir 15 000 pains à l'heure. Elle remplace l'ancienne machine de conception pakistanaise qui fournissait entre 5 000 et 7 000 chapatis par heure et avec un démarrage au diesel. La nouvelle a un démarrage électrique et la cuisson est au gaz, « c'est plus performant, plus écologique, moins bruyant et moins polluant » nous dit il très fier. Comme tout est gratuit, nous demandons en contre partie, s'il est possible d'aider. « bien sur, voulez-vous aider pour la vaisselle ? ». Nous nous retrouvons en moins de deux à la plonge en train de laver des centaines de couverts. Après cela, il se fait tard, nous sommes un peu fatigués mais nous suivons notre ami dans le temple pour une messe quotidienne importante, le moment où le livre sacré quitte le temple pour aller passer la nuit dans une autre pièce. C'est très impressionnant de voir tous ces gens se baisser et nettoyer le sol avec les mains juste avant l'arrivée du livre sacré, puis à son passage tout le monde crie, tape des pieds, des mains. Après la messe nous retournons au dortoir ou nous passons une mauvaise nuit à coté d'une américaine enrôlée dans une secte. Elle passe la nuit à se balancer au dessus du lit et à réciter des prières. Elle dort très peu et à chaque fois dans n'importe quelles positions.
Le portail s'ouvre, une file pour les hommes une pour les femmes et c'est la fouille corporelle pour tout le monde. Je dois aller derrière des rideaux et on me palpe, vérifie le sac. Ensuite les indiens courent pour être aux premières loges. Il y a de grandes tribunes en béton, depuis quand datent-elles? Depuis quand et pourquoi existe cette cérémonie? Ce sont des questions qui me passent par la tête.
Un policier nous dirige vers la tribune spéciale touristes. Refouille. Il y a aussi des gradins pour les VIP (very important people).
Coté indiens, les tribunes sont pleines mais les femmes sont quand même séparées des hommes. Coté pakistanais, seulement un sixième est rempli. Mais, oh surprise, les femmes ont des habits colorés, ne portent pas forcement le voile. Quel changement après l'Iran et les Emirats Arabes Unis (où les femmes du pays sont majoritairement habillées en noir et voilées de la tête aux pieds). Nous finissons par regretter de n'avoir pas pu traverser ce pays qui, ont en est presque sûr, n'est pas plus dangereux que l'Iran.
La fête commence. Coté indien, des jeunes filles, deux par deux courent chacune avec un drapeau. Toutes celles qui veulent courir se présentent devant les soldats et se mettent en file ... indienne bien sûr. Après 15 minutes de course, s'enchainent 10 minutes de danse où il n'y a que les femmes qui se déhanchent, sautent, lèvent les bras en l'air.
Du coté pakistanais, les femmes n'ont pas cette chance, est-ce pour montrer que l'Inde est un pays plus libre qu'il y a cette exhibition? Puis des slogans sont scandés de chaque coté, la foule répète ce que dit le chauffeur de tribunes.
Avec une symétrie parfaite entre les deux pays, les soldats se mettent désormais en ligne et vont d'un drôle de pas vers la bordure. Stop ! Ils lèvent haut la jambe, tapent du pied. Ils reviennent devant chaque tribune, puis un à un, chaque soldat officie près du portail tout en marchant vraiment bizarrement et en poussant des cris de bêtes ou d'homme de cro-magnon. Les premiers vont défaire la corde du drapeau et revenir, les deuxièmes vont enrouler celle-ci et revenir, les 3èmes vont descendre les drapeaux à la même vitesse, les 4ème claironnent et les 5ème emportent le présent, bras tendus en levant haut les jambes. Les soldats se serrent la main, les drapeaux sont bien descendus à la même vitesse. Des hourrahs des deux cotés !!! A la fin, on pouvait apercevoir que les tribunes pakistanaises étaient pleines!
Mon impression est bizarre, tout cela pour ça. Une sorte de compétition sans l'être. Du patriotisme? Cela m'a fait penser à la garde britannique. Toujours est-il que pendant le spectacle, des terroristes pakistanais ont tiré à vu sur n'importe qui dans un hôtel chic de Bombay, faisant de nombreux morts et entretenant ainsi une éternelle tension politique entre l'Inde et le Pakistan, deux pays dotés d'armes nucléaires''.
Nous repartons à pieds jusqu' à la ville pour reprendre le bus. Un rickshaw à moteur s'arrête pour nous demander si nous sommes intéressés pour retourner à Amritsar. Il nous demande 200, puis 100, puis 50 pour nous deux. OK! On s'installe a l'arrière, assis sur une fesse, pliés en deux, nous sommes 9 dans ce rickshaw grand comme une voiture sans permis. Nous sommes poursuivis par un autre rickshaw qui se fait un point d'honneur à être derrière nous coûte que coûte. Cela fait rire tout le monde. Dans notre pot de yaourt à moteur toutefois nous rions un peu jaune car le chauffeur semble dormir à poing fermé. Sa tête balance de gauche à droite, d'avant en arrière.
On nous dépose à la gare, on donne 50 roupies et le gars nous dit qu'il n'est pas content. ''Va comprendre Charles''. On s'en va, on se perd dans la ville pour arriver une heure plus tard dans le temple. Le programme prévu est de manger puis dormir mais cela va se passer autrement.
Alice : '' Voilà t'y pas que Cédric retrouve son copain d'hier et celui-ci l'embauche pour distribuer le pain béni à tous ceux qui mangent dans la grande cantine du temple qui ne désemplit jamais ! Le travail consiste à répéter devant chaque convive ''Perchatarl Vaeyguru'' et ces derniers tendent les deux mains. Ensuite le jeu consiste à lancer de haut les chapatis dans le creux des mains. 15 minutes plus tard, ils ressortent, direction le temple d'or. On reste dedans à écouter les chants religieux accompagnés de tablas. On s'endormirait presque et pour ma part, je pense au lit. 21h15, on dit enfin au revoir au copain qui aurait bien aimé que nous restions jusqu'à la mise au lit du livre sacré mais nous voulons, nous aussi, sacrément nous mettre au lit.''
Publié par alice.cedric à 09:19:04 dans Carnet de route | Commentaires (0) | Permaliens
Voici enfin des nouvelles merci d'avoir été patients !
Nous avons toutes les photos à mettre sur le site et 2 cahiers à recopier.
Avec seulement 4 heures d'électricité par jour dans la capitale Népalaise et une connexion lente, cela va encore nous prendre du temps.
Désolé
En attendant, en guise d'apéritif, voici le récit de notre arrivée à New Delhi !
Bonne lecture ...
13 novembre 2008
Cédric : ''Nous sommes assis tous les deux, la nuit vient de tomber, on a mangé et nous commençons à digérer à plus de 10000 mètres d'altitude au dessus du Pakistan. Je n'arrive pas encore à croire que je suis dans un avion entre Dubaï et New Delhi. Moi qui pensais ne jamais utiliser ce moyen de transport polluant tellement privilégié. J'ai bien pourtant failli le louper. Ce matin, nous nous sommes levés très tôt et après nos adieux à Raïa, les enfants, Martin et Andréa (que nous reverrons peut-être), après avoir roulé dans le trafic sur l'autoroute et provoqué un accident (un camion qui nous regardait au lieu d'être concentré sur sa route): Nous voici dans le terminal numéro 3, tout neuf, ultra moderne, on se croirait dans un film de science fiction. Nous donnons nos vélos sans les emballer (ils nous promettent d'en prendre soin) et grâce à l'aide de Julio notre ami Espérantiste, Brésilien, joueur de Tchukball et Stewart, nous ne payons pas d'extra. Un peu en avance, nous flânons au milieu des boutiques Dutyfree où tout est plus cher qu'ailleurs. Seulement 20 min avant le départ, nous réalisons qu'il serait bon de changer nos Dirhams pour des Roupies. Alice part au bureau de change et moi, avec les bagages, je l'attends devant une boutique de cannes de golf. Je regarde le panneau d'affichage qui indique ''Dernier appel pour le vol Dubaï- Delhi''. Je commence à paniquer, Alice n'est toujours pas revenue. Soudain j'entends un appel : « Mister Cédric Tuolong... tatatitatata...est demandé immédiatement à l'embarquement ». Dans cet immense bâtiment sans fin, j'entends Alice qui crie mon nom. Je cours comme je peux en trainant les bagages et lorsque je l'aperçois un policier m'arrête. « DON'T MOVE » m'ordonne t'il ! Ben oui mais c'est ma femme ! que je lui réponds. « Je sais, répond-t'il, elle vous cherche et vous allez louper votre avion alors NE BOUGEZ PAS, je vais la chercher ». 2 longues minutes plus tard, Alice revient en courant, même pas le temps de m'engueuler, contrôle des billets, trouver notre chemin au milieu de ce labyrinthe de verre, enfin nous voici dans l'avion. « Vous êtes les derniers, on a bien failli partir sans vous, mais enfin où étiez vous ? ». Drôle d'accueil de la part de l' hôtesses. Je leur réponds que je faisais du lèche-vitrine et que je n'ai pas vu le temps passer. Le commandant vérifie le bon fonctionnement de l'appareil, 2 hôtesses nous font un spectacle de mime, l'avion commence à rouler et soudain, collé au siège, l'avion s'élance, prend de la vitesse, décolle, ça y est c'est foutu, on ne peut plus reculer, dans 3 heures nous sommes en Inde.
Sur le petit écran, on voit l'avion qui avance au dessus du golf persique, puis le Pakistan. La nuit est tombée très vite et maintenant nous passons au dessus de la frontière Indo-Pakistanaise. Trois petits tours dans le ciel au dessus de Delhi et on se pose. Premières impressions en sortant de l'oiseau de fer. 1), il fait plus froid. 2), ça ne sent pas très bon. 3), c'est beaucoup moins propre qu'à Dubaï. 4), tout semble désordonné. 5), Les gens sont plus curieux, ils portent des habits plus colorés et ils ont tous le sourire. Nous cherchons une place tranquille dans l'aéroport pour pouvoir passer le reste de la nuit. A priori, ça va être difficile, par terre c'est vraiment crade, mais il y a des gens qui dorment quand même. Finalement, derrière des bancs, entre une couche sale et deux plantes vertes, au pied du mur vitré qui donne sur la rue, nous nous installons. Un mal de tête commence à se faire sentir et malgré la prise de cachets, le mal va empirer jusqu'à ce que la douleur soit vraiment insupportable. Alice, désemparée s'occupe de moi comme elle peut. Elle me met des gouttes d'huiles essentielles de menthe sur les tempes pour soulager la douleur, me donne des boules quiès pour moins de bruit, un voile sur la tête pour moins de lumière. Après les frissons, les vertiges, la nausée et tout se qui caractérise une migraine bien carabinée, j'ai pu dormir 2 ou 3 heures. En ouvrant les yeux et en soulevant mon voile, j'en vois 7 autres paires (d'yeux) qui me fixent de l'autre coté de la vitrine. Ce sont des Indiens qui, curieux comme une mère chatte, me fixent d'un regard qui veut dire : '' bienvenue en Inde mon p'tit gars''.
Avant la migraine, nous avons discuté avec d'autres français qui attendaient leur avion. Ils sont chercheurs et professeurs de préhistoire. Ils parcourent le monde en essayant de déterminer par où, quand et comment certains savoir faire comme la taille des silex en biface s'est propagé dans le monde. Ce fut une discussion très intéressante qui a fait grand bien à notre appétit de savoir.
14 novembre 2008 (45km)
Cédric : ''Pendant la phase de réveil dans l'aéroport, mes yeux sont restés écarquillés devant ces bonshommes tout vêtu d'orange et avec la tête rasée. L'un d'eux, avec ses grosses lunettes, ressemblait tellement au Dalaï-Lama que j'ai fini par croire que c'était lui qui était assis à la terrasse de ce café de l'aéroport.''
Après un frugal petit déjeuner, nous avons enfourché nos vélos et à nous Delhi ! Détail important, on roule à gauche ! Dès les premiers mètres on s'en prend plein la face. Pour commencer, de pauvres gens dorment inertes sur le trottoir. Des hommes pissent sur ce même trottoir. Des toxicomanes sont plongés dans un coma si profond qu'ils ne sentent même plus les dizaines de mouches sur le visage, dans le nez, les oreilles et la bouche. Ils ont l'air morts, peut-être le sont-ils vraiment. Soudain au bord de la grande route, couchée au beau milieu des ordures, notre première vache sacrée rumine tranquillement des peaux de bananes en regardant le trafic d'auto-rick-shaw. Après avoir traversé le périphérique et les bidonvilles au dessous des ponts, nous entrons dans le parc Budha Jayanti Smarak. Assis sur le trottoir, non ce n'est pas un mirage, c'est bel et bien un macaque qui attend que l'on passe juste à côté pour nous faire un grand sourire. Attention le sourire du macaque n'a rien d'affectueux, c'est plutôt une mise en garde avant l'assaut. Quelques mètres plus loin une famille macaque est assise sur un muret. Ils font ce que font tous les macaques, ils dorment sous un rayon de soleil, les jeunes s'amusent et les autres se cherchent les poux. Nous voulons les prendre en photo mais les sourires qu'ils nous balancent tout en étant près à bondir nous empêchent d'approcher. Nous nous promenons toute la journée dans la capitale indienne, les yeux écarquillés. La pollution est très très importante, que ce soit l'air irrespirable, les déchets, le bruit, l'eau que l'on ne peut pas boire, tout est pollué, malgré tout, la vie est la tellement intense. Le sourire jusqu'aux oreilles, nous pédalons dans la poussière au milieu de tous ces humains, ces vaches, ces chèvres, ces chiens, ces chats, ces macaques, ces perroquets, ces milans noirs, ces mangoustes, ces rats...
A la tombée de la nuit nous trouvons un hôtel équipé de chauffe-eau solaire. Pour 3 euros la nuit nous y allons avec plaisir.
Du 15 au 21 novembre (50 kms)
Par hasard dans les rues de Delhi, nous retrouvons Jens et Céline, que nous avions rencontré l'avant veille de notre départ de Dubaï. Nous nous retrouvons plusieurs soirs de suite pour aller manger chaque fois dans un resto différent. Les 3 premiers jours, nous visitons la ville, les temples, les parcs, le fort rouge, la place connaught, les bazars, ... Souvent, ce ne sont pas les bâtiments historiques qui nous marquent le plus, mais les gens. Par exemple lors de notre balade dans le Fort rouge. Les Indiens sont tous incroyables, les hommes bien rasés les cheveux courts et la raie sur le coté, les Siks avec leur énorme barbe et leur turban de 12 mètres de long, les femmes avec leurs longs cheveux et leur sari coloré. Nous sommes ravis de constater qu'ils sont curieux de leur histoire et qu'ils se déplacent en grand nombre pour visiter les musées (une file d'attente de 1km ce dimanche pour entrer dans le fort rouge).
Lundi 17 novembre
Nous avons rendez vous à 14h avec Vandana Shiva. Nous sommes très heureux de revoir cette femme militante pacifique dans la continuité de Gandhi. Nous l'avions rencontré en France lors d'un des nombreux procès de faucheurs volontaires. En expliquant la situation des paysans indiens face aux OGM, elle avait renforcé notre engagement et notre devoir de lutter contre ces plantes et animaux génétiquement modifiés disséminés dans la nature. Après nous être perdus dans des ruelles et des endroits qui ressemblent à des villages en pleine capitale, nous trouvons enfin le siège de l'association NAVDANYA (qui signifie 9 graines, 9 étant un nombre sacré en Inde et qui signifie aussi quelque chose de 9). C'est Vandana en personne qui nous accueille, mais nous discuterons 2h30 avec Maya, qui travaille dans la structure et qui parle un Français parfait. Elle nous explique comment Vandana a commencé à militer. De grandes forêts du nord de l'Inde étaient menacées de destruction. Vendue aux bucherons pour une bouchée de pain, cette forêt qui était source de nourriture, de médicaments, de bois, de remèdes contre les maladies des cultures, etc. Dans cette région de montagnes, la forêt permet de maintenir les sols lorsque sévit la mousson. Elle retient également l'eau et favorise sa pénétration dans le sol. Bref, si la forêt disparaissait, tous les gens qui en dépendaient allaient également disparaitre. Vandana a donc commencé à militer avec les femmes qui enlaçaient les arbres lorsque les bucherons arrivèrent. A force de ténacité elles ont gagné le combat et la forêt est restée sur pied. Lorsque l'Inde était anglaise, Gandhi s'était battu et avait réussi à relocaliser la fabrication des vêtements. Car même si le coton était produit en Inde, le textile était manufacturé en Angleterre. Les habits made in England avaient donc été brûlés et les Indiens se sont remis à filer le coton et fabriquer leurs propres textiles. C'est exactement ce que fait aujourd'hui l'association Navdanya. Après avoir brûlé les champs de coton transgéniques et redonné des semences traditionnelles aux paysans, l'association est en train de leur redonner une liberté millénaire. La liberté de pouvoir semer une partie de sa récolte, la capacité de produire sans recours aux pesticides, la liberté d'échanger des graines avec les voisins. Navdanya a déjà constitué dans tout le pays des banques de graines traditionnelles. Ils y a des laboratoires, des fermes expérimentales et des fermes écoles presque partout. Leur objectif est simple, faire partir l'énorme multinationale MONSANTO du pays. En effet, les paysans de part leur pratique culturale, ont toujours favorisé la biodiversité et ils n'ont pas attendu les bons conseils de Monsieur MONSANTO pour nourrir l'humanité. La solution se trouve principalement dans l'environnement et très rarement dans les labos. Dans le centre de l'Inde, près de Bhopal, des milliers de paysans se sont laissé tenter par les OGM, les agents de commerce de MONSANTO allant parfois même jusqu'à jouer avec la foi des fermiers en leur disant que c'est Dieu qui leur envoi ces graines. Imaginez un seul instant leur désarroi, après qu'ils aient échangé toutes leurs vieilles semences pour des OGM plantés sur toute l'exploitation, lorsque vient le moment des récoltes et qu'il n'y a presque rien. Des milliers, oui des MILLIERS de paysans se sont suicidés après avoir tout perdu. La plupart ingurgitent des litres de pesticides en pleine place publique pour se donner la mort ! Face à ce tableau cauchemardesque, que nos amis anti-OGM de ''Vigilance OGM 36'' et d'ailleurs se rassurent, car au pays de Gandhi les alternatives prennent de l'ampleur. De plus en plus de paysans se convertissent à l'agriculture biologique. Il y a même des Etats qui se déclarent ''Zone Biologique''. L'association donne des semences traditionnelles aux paysans qui diffusent ensuite dans leur entourage ces mêmes semences.
Un stage doit avoir lieu prochainement dans l'une des fermes expérimentales de l'association. Nous prévoyons de nous y rendre en vélo mais après notre visite de l'association, nous sommes tombés tous les deux biens malades. Le reste de notre séjour à Delhi se résume essentiellement à notre petite chambre d'hôtel où nous nous soignons à tour de rôle contre la fièvre, la toux, le mal de gorge et le rhume. Durant notre convalescence, nous passons notre temps assis à la terrasse du p'tit resto de l'autre côté de la rue. Nous sirotons doucement notre mélange de miel citron et gingembre chaud autour d'une crêpe au sucre et nous regardons le brouhaha de la rue. Les touristes qui se font harceler par les mendiants, les charrettes tirées pas 2 grands boeufs qui finissent par boucher la rue, les rick- shaws qui s'impatientent et se foncent dedans, ils cherchent aussi à prendre en priorité les étrangers parce qu'ils payent plus. Il y a aussi la vache sacrée qui broute l'étale de légumes pendant que le commerçant a le dos tourné. Lorsque celui-ci se retourne il crie un grand coup, lève les poings au ciel mais ne frappe jamais la vache qui est sacrée et qui semble le savoir. Elle s'en va tranquillement et on distinguerait presque un sourire coquin de ''vache qui rit''.
Avant de quitter Delhi, nous avons quand même visité le musée de Mahatma Gandhi. Moment riche en émotion. Les nombreuses photos et divers objets collectés nous font pénétrer dans l'histoire de ce grand homme, mais aussi quelque part, dans l'histoire de l'humanité.
Lundi 22 novembre 2008
Nous prenons le train pour Amritsar, la ville frontière avec le Pakistan. De là-bas, nous pourrons reprendre notre voyage à vélo comme si nous avions traversé le Pakistan. Prendre le train en Inde, c'est déjà une aventure, mais avec des vélos, c'est encore pire. Il a déjà fallu entrer dans la gare et ne pas écouter ces racoleurs qui nous inventent tout un tas d'histoires pour que l'on achète les billets dans leur agence. Ensuite, pour les vélos, il fallait acheter de nouveaux billets dans un office que nous avons mis trois heures à trouver. Complètement caché à l'opposé de la gare, derrière le dernier quai, sous une montagne de paquets emballés dans de la grosse toile de jute. Des motos, dans l'attente d'être expédiées, sont emballées avec de la paille que quelques chèvres qui trainent par là, essayent de brouter. Pour nous rendre sur le quai numéro 7 ou 8 (même le chef de gare ne sait pas sur quel quai va arriver le train), nous traversons les voies avec les ouvriers qui tirent et poussent de lourds charriots. La misère est là aussi. Des femmes, des enfants et des hommes aux habits dépenaillés essayent de récupérer quelques bricoles qui tombent des trains. Au milieu de nous tous, les rats se promènent à l'aise, ils ne craignent personne. Cet univers pollué qui sent l'urine et la fumée de plastique brulé, leur convient à merveille. Comme partout en Inde, les vaches sacrées se promènent sur les rails à la recherche d'une peau de banane ou tout simplement d'une place au soleil.
Nos vélos sont chargés très brutalement et posés l'un sur l'autre dans un wagon. Nous préférons garder avec nous tous nos bagages. Dans notre wagon de 2 ème classe, une famille de Sikh a réservé 4 banquettes de trois places pour au moins 20 personnes (cherchez l'erreur). Le train démarre, on avance de quelques mètres et soudain, affolement général dans notre famille de Sikh. Après inventaire, il semblerait qu'il manque le fiston de 12 ans, probablement resté à quai. Le père tire la sonnette d'alarme et actionne le freinage d'urgence. Rapidement des agents de gare sont là et tout le monde part à la recherche du p'tit gars. Morte d'inquiétude, la famille décide de ne pas prendre le train. Ils commencent à descendre les valises sur le quai quand soudain, arrive tranquillement le petit gars qui était parti faire un tour dans le wagon voisin. Les bagages et la famille au complet reprennent places dans le train et dans le rire et le soulagement général ; le voyage reprend. Une famille assise en face de nous, nous offre plein de nourriture qu'ils achètent aux marchands ambulants dans le train. Nous n'aurions jamais osé manger de ces choses là compte tenu de l'hygiène totalement absente et nos estomacs fragiles. A chaque arrêt, de nouvelles animations, marchands de peignes, transsexuelles, enfants qui offrent des spectacles de clowns ou d'équilibristes en échange de monnaie. D'autres enfants passent entre les sièges en rampant par terre et en nettoyant le sol avec leur seul tee shirt, il y a aussi le défilé incessant d'estropiés, d'amputés... qui passent demander l'aumône.
Nous arrivons vers 10h du soir après 8 h de train pour seulement 500km. Certains diront « vive le TGV » mais franchement, dans ce train TGL (très grande lenteur), nous profitons des gens, des paysages, on se sent voyageur. Nos vélos ont un peu souffert dans le transport, nous les avons cherchés pendant 1h au milieu des gros sacs éventrés. Un jeune homme nous guide vers un hôtel. Comme il est tard, nous le suivons mais ce n'est pas un service gratuit. Tout comme le vieux gardien de nuit qui nous change les draps alors que nous pouvions le faire nous même.
Publié par alice.cedric à 15:10:58 dans Carnet de route | Commentaires (1) | Permaliens