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sur le blog de
Portrait de Planète
C'est ici que vous pourrez suivre
le voyage de
Cédric et Alice.
Vous y trouverez des photos, des vidéos, des sons, le carnet de route des voyageurs et surtout de nombreuses informations sur ceux qui luttent un peu partout dans le monde pour la préservation de l'environnement
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Bedaurinde, nia blogo estas en franca, tamen, vi povas vidi kelkajn bildojn. Post la voyagxo, ni provos skribi libron esperante pri nia historio
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Bonjour à tous,
Voici le récit très synthétique de notre séjour à Dubaï. Nous aurions beaucoup de choses à dire mais le temps nous manque. Nous vous raconterons tout cela à notre retour !!!
DUBAÏ
du 21 octobre au 13 novembre 2008
Dubaï aux Emirats Arabes Unis. Tout le monde se fait une idée sur cette ville de folie chez les rois du pétrole. Pour certains, Dubaï est un rêve absolu, pour d'autres un enfer. A ceux qui attendent de nous des critiques, qu'elles soient bonnes ou mauvaises, veuillez nous pardonner, car nous avons décidé de décrire simplement et de la manière la plus objective possible notre séjour aux E.A.U.
Voici donc le récit de nos 2 paires d'yeux seulement:
Après avoir quitté l'Iran sur un bateau où nous avons retrouvé Martin et Andrea, les suisses à vélos que nous avions rencontré à Yazd. Après avoir croisé la flotte de petits bateaux de contrebandiers, les plateformes pétrolières et les remorqueurs tractant d'immense quantité de terre, de sable et de cailloux (pour la réalisation des îles artificielles), Dubaï est en vue. En premier, nous ne voyons de la cité que le nuage de pollution qui l'entoure. Ensuite seulement apparaissent les gigantesques tours. Au port de Sharjah, nous passons du temps dans la douane. Hommes et femmes sont transportés séparément dans deux bus. Pour le contrôle des passeports, c'est très simple pour les garçons, mais pour les filles, c'est la fouille corporelle, la biométrie de l'oeil, et la file d'attente. Nous attendons deux bonnes heures avant de pouvoir récupérer nos bagages, mais nous ne pouvons toujours pas sortir car le chien anti-drogue à senti quelque chose dans les sacoches d'Alice. Elle doit tout déballer et expliquer aux policiers. Un détail nous choque cependant car nos sacs (tous noirs) étaient disposés ensemble dans la salle et alors que même pour nous c'est parfois difficile de savoir qui est à qui, nous avons du mal à comprendre comment les policiers ont pu faire une distinction parmi nos bagages. Enfin sortis, Raïa nous attend avec sa fille Kalina. Nous retrouvons aussi Martin et Andrea qui vont probablement aller dormir sur une plage. Raïa est très gentille et leur propose tout de suite de les accueillir même s'ils ne parlent pas Espéranto. Un peu gênés, ils finissent par accepter. Nous mettons donc tous nos bagages dans le grand 4x4 et nous le suivons jusqu'au centre ville. Nous découvrons l'infrastructure routière et le trafic local. PAS une seule bande cyclable, PAS de trottoirs, une circulation de folie avec une large majorité de 4x4. Au premier rond point, alors que nous étions engagés, un bus est arrivé et ne s'est pas arrêté passant juste entre nous deux. Bref en 10 kms, nous avons failli tous mourir 3 fois. Sur la place d'un centre culturel, nous rencontrons Julio et Baskher, deux autres Espérantistes. Le premier est Stewart et brésilien, le deuxième est ingénieur et Indien. Nous rencontrons aussi un couple de Tunisiens très sympathique. Nous passons la soirée sur une terrasse de café et nous tentons de comprendre le mode de vie local. Arrivés non sans peine jusque dans la grande maison de Raïa, nous découvrons le luxe. La gigantesque télé, la climatisation qui fait que nous avons un peu froid. Les canapés, le piano, la grande cuisine, le billard, et l'espace intérieur suffisamment important pour que les enfants puissent circuler en trottinette et à vélo.
Nous passons notre séjour à intervenir dans les écoles pour présenter le projet portrait de planète, à cette occasion nous tentons de sensibiliser les jeunes à l'environnement. Avec Raïa comme guide, nous visitons aussi de nombreux hôtels de luxes. Le reste du temps nous le consacrons à chercher une solution pour rejoindre l'Inde en bateau. Nous avons demandé aux ports, aux compagnies de cargos, aux compagnies de transport de conteneurs, aux équipages, sur internet... Aucunes solutions, nous devons nous résigner à prendre l'avion.
Alice prend la suite du récit en évoquant les grands moments de nos trois semaines à Dubaï :
Tout d'abord nous remercions Raïa et sa famille de nous avoir hébergés et fait découvrir la ville. Pour nous, séjourner chez des habitants du pays, nous permet de comprendre et de découvrir de manière plus réelle le mode de vie local.
Nous voulions aussi remercier Julio qui nous a aidé à rencontrer des écoles, fait connaître le Tchoukball, montré des endroits magnifiques comme ce canyon en Oman et aidé pour que nous ne payons pas d'extras pour les vélos lors de notre vol pour l'Inde.
Hôtels 5 étoiles
Raïa, nous a donc fait découvrir le luxe des hôtels 5 étoiles. Toute une journée, nous avons passé à les visiter comme nous aurions visité les châteaux de la Loire. Les toilettes sont magnifiques, le hall d'entrée immense avec tous les employés en tenue folklorique. Tout y est millimétré. Des milliers de fleurs coupées partout, l'immense corbeille fleurie de Lys, Roses et Orchidées dans le hall. Bien entendu, comme tout le reste, elles sont importées par avion.
Le dernier hôtel à la mode, l'Atlantys. Le hall est immense avec une gigantesque sculpture en verre avec un dégradé de couleur allant du rouge vers le bleu située en plein milieu de la pièce sous une coupole. Quand nous entrons, nous sommes forcément impressionnés par sa taille. Derrière celle-ci de grandes baies vitrées où nous pouvons contempler la plage artificielle créée dans la lagune. Il y a eu un problème avec la construction de cette «Palm island », île artificielle en forme de palmier. L'eau de la mer, ne pouvant plus circuler commençait à devenir nauséabonde. Des ouvertures ont été realisées pour que l'eau puisse être renouvelée et cela à peut-être réussi à remédier en partie au problème. Voulez-vous vous y baigner? Non? Cela n'est pas grave, ils ont pensé aux piscines!
Dans ce nouveau « palace » au bout de l'archipel artificiel, nous avons découvert l'aquarium LE PLUS grand du monde pour un hôtel, contenant des centaines de poissons dont un requin baleine qui n'arrête pas de tourner en rond. Celui-ci n'a pas son espace vital c'est pourquoi une association anglaise demande à ce qu'il soit relâché.
Les gens sont émerveillés devant cet immense aquarium, les cris résonnent dans ce grand hall impersonnel. Si nous le souhaitons, nous pouvons faire la queue pour être photographier sur le trône de l'Atlantys. Mais nous irons plus loin visiter le mall de l'hôtel (c'est à dire le centre commercial). C'est un alignement de boutiques luxueuses et de restaurants. La visite de l'aquarium coûte environ 30 euros. On doit aussi payer des prix astronomiques pour l'aquaparc où l'on peut nager avec les dauphins captifs.
Je ne sais pas si c'est parce que l'hôtel vient d'ouvrir depuis quelques semaines mais il y a un monde fou qui vient le visiter. Il doit y avoir 3 000 chambres et une centaine de suites.
L'intérieur, même si Cédric a écrit qu'il fallait rester objectif, me fait penser à Disneyland. Il y a de grosses peintures de poissons très enfantines, des blasons que nous pourrions voir dans des dessins animées,... quel contraste avec le prestige qu'ils veulent donner.
Andréa s'est promenée dans les hôtels avec une énorme herbe dans les cheveux que lui avait mise Kalina à son insu et on peut donc l'admirer ainsi sur les photos de Martin. Allez sur leur site superbe, www.silkroad-express.ch
Bref si vous recherchez le calme à Dubaï, n'allez pas dans ces immenses hôtels 5 étoiles.
Animalerie
Nous passons un après-midi dans un aquarium censé prôner la protection de l'environnement, nous pouvons lire une petite exposition qui dit que le changement climatique est naturel mais que certains scientifiques, même s'ils n'ont jamais pu le prouver, pensent que cela est dû à l'activité humaine. Après les poissons, nous allons dans une animalerie pour acheter à manger aux lapins, cailles et cochon d'inde de la maison. Pour moi, c'est insupportable de voir cela, des animaux en cage, entassés, devenant fous, aboyant, hurlant, piaffant, morts... Quelques animaux que nous pouvons trouver : ratons laveurs, grosses tortues terrestres, tous types de rongeurs domestiques et sauvages, chats, chiens, faucons, poulets, oiseaux de toutes espèces, singes, lamas, dromadaires, et autres espèces en voie d'extinction. J'ai envie d'ouvrir toutes les cages. Le fait que des gens viennent acheter ces animaux, cela perpétue ce genre de commerce, commerce illégal pour certains animaux (mais ici au pays de l'argent roi, on peut tout se permettre). Certains magasins proposent des félins ou animaux plus rares, mais il faut passer commande. Boycottons les animaleries quand on sait que beaucoup d'animaux meurent en étant capturés, dans le transport et dans la cage du magasin. Jetez un petit coup d'oeil sur le lien « One Voice » sur notre site !!!
Gratte-ciel
Dans la grosse voiture 8 places, nous parcourons la ville et remarquons que tout est en construction, des grues partout! Des gratte-ciel les uns serrés aux autres, c'est à dire que certains côtés du building ne voient jamais le soleil. Les tours sont parées de grandes vitres où brille le soleil et le ciel. Tout est dans l'apparence, la forme du bâtiment, le marbre utilisé, les fenêtres,... mais derrière, il n'y a qu'un vulgaire béton qui résonne quand on marche dessus.
Ici, ils veulent construire tout le temps, ils détruisent même des maisons récentes pour faire de nouveaux projets. Ainsi ils exproprient les locataires qui pensaient être tranquilles pendant un bon bout de temps et ils doivent rechercher un nouveau logement, plus cher car le loyer augmente.
Il y a une concurrence avec les autres pays, pour avoir le building le plus grand. Une immense tour de près de 950 mètre de haut ! Avec au moins 250 (nombre sûr) voire 500 (nombre à vérifier) ouvriers morts sur le chantier ! Impensable autant d'hommes tués pour une telle construction, mais ici, on dirait que la vie d'un ouvrier pakistanais, iranien, indien ne compte pas. Ils sont payés en fonction de leurs origines c'est à dire que pour un même métier, un européen va être payé beaucoup plus qu'un indien.
Tous les étrangers venus travailler sont soigneusement contrôlés à la douane, biométrie, passeport,... S'ils n'ont pas de contrat de travail au bout d'un mois, ils n'ont plus qu'à attendre un mois dans leur pays pour revenir à Dubaï se faire exploiter. Car c'est bien d'esclavage moderne dont il s'agit, ils viennent travailler dans le bâtiment, quelques fois l'employeur prend leurs papiers (illégal), et font du chantage avec. Un mois de travail gratuit s'ils veulent récupérer leur passeport ou leur contrat de travail.
Pour payer moins cher leur logement, ils sont 14 dans un F1. Certains partagent un lit avec quelqu'un qui travaille le jour et un autre la nuit. Ils espèrent gagner beaucoup d'argent pour pouvoir vivre ensuite tranquillement dans leur pays. Nous avons vu des buildings qui ont été construits à toute allure, en ciment et qui se fissurent deux ans après leur construction. Bravo !
Avec tout l'argent qu'il y a ici, pourquoi ne font-ils pas des bâtiments écologiques en payant convenablement les ouvriers ? Ils pourraient faire des immeubles autonomes en énergie. Malheureusement au pays des rois du pétrole, les seuls panneaux solaires que nous avons vus sont réservés aux horodateurs de certains parkings.
Malls
Dubaï possède un nombre considérable de malls, c'est à dire de centres commerciaux où nous pouvons retrouver les mêmes chaines de magasins que dans le reste du monde. Tous plus luxueux les uns que les autres, recouverts de marbre, avec des fontaines intérieurs, des restaurants chics, ouverts dans le bruit des consommateurs.
On peut aussi y trouver des scènes ouvertes, pourquoi pas une patinoire et encore plus fort, une piste de ski !!! ce qui semble logique dans un pays chaud qui ne connait jamais le gel.
Grand contraste avec notre façon de vivre, tendant vers la simplicité, la faible consommation, et la diminution de la dépendance aux objets.
A Dubaï un tiers seulement de la population est locale. Les deux tiers restants sont composés d'ouvriers ou de personnes venues faire des affaires. Ici il n'y a pas de taxes!
Tchoukball
Un nouveau sport créé par un suisse qui combine Volley Ball et Hand Ball. Notre ami Julio a fait une présentation de ce sport lors d'une conférence pédagogique pour les professeurs d'EPS. C'est amusant, tactique et la force n'est pas nécessaire pour gagner. Quelques petites règles pour comprendre ce sport. Un terrain plus petit que celui de Hand, deux camps avec deux zones, deux trampolines d'un mètre carré et deux équipes de 9 joueurs. Pour marquer un point, il faut que la balle soit lancée sur le trampoline et rebondisse sur le sol en dehors de la zone. Il n'y a aucun contact entre les joueurs. Quand une équipe possède la balle, elle a droit à 4 passes, de faire 3 pas avec le ballon. L'autre équipe ne peut pas intercepter la balle, ni défendre le filet, elle doit laisser faire comme si ils jouaient au Volley. Et c'est là où les nouveaux joueurs doivent se déshabituer à intercepter la balle et à défendre la zone!!!
C'est très amusant et tactique. A essayer!
Voici l'adresse du site web: http://www.tchoukball.org
Environnement
Quand nous avons fait nos conférences, nous avons pu remarquer que certains enseignants étaient sensibles aux problèmes d'environnement. Peut-être que nous avons été le point de départ pour un travail plus approfondi sur la protection de la nature.
Nous avons constaté que le tri n'existe pas dans les maisons et que les déchets sont simplement mis dans un immense trou creusé dans le Désert puis rebouché avec le sable. Du plastique partout ! Quand nous réutilisons de vieux sacs pour les courses, les employés ne comprennent pas et veulent nous en donner des nouveaux. Il faut insister !
Et il n'y a que peu de containers à papiers et plastique près des arrêts de bus.
Antenne relais et réseau Wi-Fi (par Cédric)
Incroyable ! Je vais commencer par dresser le décor. Dans la grande maison, la Wifi est connectée 24h sur 24, l'ordinateur capte 2 signales, l'un a 100% presque dans toute la maison et un autre que l'on capte à 70% environ mais plus fort dans la pièce où l'on dort. Autre élément majeur du décor, une énorme antenne relais à même pas 50 mètres derrière la maison (entre la maison et l'école). Voilà pour le décor, maintenant nous pouvons entrer en scène. Donc nous sommes arrivés le 21 octobre à vélo et de nuit (nous avons constaté seulement au bout de 10 jours qu'il y avait l'antenne relais). Nous nous sommes couchés presque en arrivant et le lendemain matin au réveil, j'avais mal au crâne. C'est pas très grave, je suis sujet aux migraines, c'est peut-être le changement de décor radical et le stress de la veille au milieu des grosses voitures. Bref je prends un cachet et la journée se passe à l'extérieur de la maison, ballade en voiture à la découverte de la ville et fin de journée à la plage. Le soir on rentre au domicile et en fin de soirée, le mal de tête revient. Je décide d'aller me coucher rapidement et de m'endormir vite mais le mal me rattrape et même pas 2 heures après m'être couché, la migraine est très violente, j'ai super chaud à la tête et un vertige terrible. j'essaye de prendre un cachet et je me cale contre le mur pour ne plus bouger. Les vertiges me donnent la nausée, ça a du mal à passer. La nuit est courte ! Après cet épisode violent, nous (je dis nous car Alice aussi) avons eu mal à la tête presque tous les jours. Parfois un mal plus fort mais toujours en fond cette migraine. Surtout lorsque nous restions longtemps dans la maison. Régulièrement nous avons des vertiges, nous dormons toujours très mal, nous sommes donc fatigués, énervés. A plusieurs reprises, dans la maison Alice a eu soudainement très chaud dans une oreille et moi je perdais quelques instants l'audition. Nous en avons un peu discuté avec les autres, ils ne dorment pas non plus très bien mais ne semblent pas si gênés. Andrea et Martin dorment dans une grande pièce à l'opposé de la maison. Lorsque nous partons en balade loin du domicile, ça va tout de suite mieux, la tension baisse et nous sommes beaucoup moins irritables. Ca paraît complètement fou mais nous finissons par être pressés de quitter le confort et le luxe de cette maison pour retrouver la sérénité de la tente dans laquelle nous dormons presque toujours d'un sommeil profond et récupérateur. Maintenant nous allons faire quelques recherches sur les effets des ondes sur l'organisme. Il me semble qu'une grande étude internationale sur l'impact Sanitaire de la téléphonie mobile devait paraître fin 2008, nous sommes pressés de la lire.
Quartier indien
Pour nous, le coté le plus agréable à Dubaï, c'est le quartier Indien. Avant goût de ce qui nous attend dans quelques jours, ce quartier est le plus vivant de tous les Emirats Arabe. Du monde partout, des vélos, des chariots qui transportent des marchandises, des gens simples et sympas, de la nourriture Indienne et vraiment pas cher. A titre de comparaison, dans le grand hôtel Atlantis, nous avions acheté un pain au chocolat français (mais industriel, donc de mauvaise qualité) pour 3,50 euros. Pour le même prix, nous mangeons un repas complet dans un délicieux restaurant végétarien Indien.
A la fin de notre long séjour à Dubaï, après avoir nettoyé nos vélos jusque dans les moindres recoins et préparé nos bagages, nous étions quand même contents de partir. Perdus dans cette société de consommation dont pourtant tellement de gens rêvent, nous ne nous sommes vraiment pas sentis à notre place. Cette expérience restera pour nous inoubliable et nous a apporté une réponse importante. Nous savons maintenant que nous aspirons à une vie simple et que nous ne trouverons certainement pas le bonheur dans l'argent et les choses matériels mais plutôt dans l'amour, l'amitié, les choses simples et la terre.
Publié par alice.cedric à 14:07:43 dans Carnet de route | Commentaires (0) | Permaliens
Du dimanche 12 au mardi 21 octobre
Qeshm : île en forme de flèche à
l'entrée du golf persique. Longue de 130km et d'une largeur
maximum de 30 km, il y fait toujours très chaud avec des
températures annuelles moyennes comprises entre 22 et 32°C
et un maximum de 50°C l'été. Il pleut théoriquement
en moyenne 150 mm d'eau par an, sauf qu'en certains endroits de l'île
cela fait plusieurs années qu'il n'y a plus eu de pluie et une
importante couche de poussière recouvre les arbres qui crèvent
par centaines. Avec des sites géologiques étonnants,
d'importants sites de pontes pour les tortues marines, des colonies
de coraux, de poissons et d'oiseaux, des sources de sel et de
souffre, des grottes dans le sel et surtout une mangrove unique au
monde, Qeshm est un site extrêmement important à
préserver.
Notre séjour sur l'île restera jusqu'à ce jour, le meilleur moment du voyage. Nous avons rencontré des gens formidables et nous avons pu découvrir une nature extraordinaire. Ahmad et Elham nos amis Espérantistes ont toujours veillé à ce que l'on ne manque de rien. Abou, l'ami professeur de physique, nous a carrément prêté son appartement. Un autre ami natif de l'ile, Hadi, connaît les lieux comme sa poche. Il nous a guidé et appris beaucoup sur la nature et l'histoire de Qeshm. Il y a aussi Reza, élève de Ahmad, il nous a conduit jusqu'au bout de l'ile. Pendant ces dix jours, le plus difficile a sans doute été la chaleur. Une chaleur moite étouffante et jamais de repos ! L'avantage du désert dans le centre de l'Iran, c'est que les nuits sont très fraîches. Cela nous permettait de reposer notre organisme et de pouvoir pédaler le matin dans des conditions optimums. Mais ici il n'y a jamais de repos, l'humidité et la chaleur sont présentes 24h/24 jours et nuits. Pour la première fois de notre vie, le climat des pièces climatisées nous paraît plus normal qu'au dehors. Au début, ça nous a fait très bizarre d'ouvrir la porte de l'appartement et de prendre une grosse bouffée de chaleur, comme si dehors, quelqu'un avait oublié d'éteindre le chauffage. Il faut dire qu'en ville, il fait toujours plus chaud qu'ailleurs. Les climatiseurs qui font frais dedans mais rejettent de l'air très chaud dehors, le trafic incessant et tous ces moteurs ultra-chauds contribuent largement à réchauffer l'atmosphère des villes.
Pour avoir de l'eau, on essaye de dessaler l'eau de mer, malheureusement soit le procéder n'est pas bon, soit l'industrie est obsolète, mais l'eau du robinet est quand même salée et de gros amas de sel et de rouille se forment autour des joints de la tuyauterie.
Avec Ahmad et Elham, nous partons une journée à la découverte de l'île. Nous découvrons les oeuvres magnifiques que Dame nature a réalisée grâce à l'eau, au vent et au temps. L'érosion sur les différentes roches à fini par donner des formes étranges, des monuments et des grottes furent reconverties un temps en habitations troglodytes. En nous promenant à proximité d'un village, nous manquons plusieurs fois de tomber dans des trous très profonds. Ce sont en fait des puits creusés les uns à coté des autres. On pourrait croire que des fous ont creusé partout à la recherche d'une nappe phréatique à seulement 20 ou 30 mètres de profondeur. En fait ces trous sont bel et bien des puits, sauf que l'eau qui est censée les alimenter provient du ciel. Situé dans un fond, le terrain autour forme un entonnoir, ces puits collectaient et stockaient autrefois l'eau des rares pluies. Maintenant ils sont quasiment tous secs de chez sec. il faut dire qu'il pleut de moins en moins sur l'île de Qeshm.
Nous avons ensuite atteint le but de la journée : la mangrove ! L'infrastructure touristique est encore très peu développée ce qui est une chance pour la mangrove. Nous avons calculé notre coup afin d'arriver à marée haute pour aller voir de près cette forêt maritime. Un guide nous a emmené dans une petite embarcation à la découverte de cet écosystème d'une richesse phénoménale. Les racines de ces arbres servent de garde-manger, nourricière et refuge pour de nombreuses espèces de poissons. Les oiseaux sont également présents en quantité et en variété. Soudain, en plein dans la mangrove, derrière un arbre : un dromadaire ! puis un deuxième, un troisième, une dizaine, une vingtaine !!! Mais que font-il là ? dans l'eau ? l'explication est simple, la nourriture étant très peu abondante dans le désert, les éleveurs de dromadaires vont cueillir depuis longtemps du feuillage verdoyant des arbres de la mangrove. Mais pour avoir des feuilles on ne peut plus fraîches, ces sympathiques bestiaux ont fini par apprendre à nager jusqu'aux arbres. Voir des dromadaires dans la mer, c'est marrant et peu commun, toutefois, ils exercent une pression non négligeable sur la mangrove en broutant de jeunes arbres, en essayant de se percher dessus, mais aussi en consommant les oeufs des oiseaux. Il faudra que les autochtones se méfient de ce divertissement pour touristes et limitent l'accès en masse des dromadaires (et des touristes) dans la mangrove.
Sur le chemin du retour, nous nous sommes arrêtés sur un chantier de construction de ''Lenge'', de grands bateaux traditionnels en bois. Pénétrant dans la coque du bateau pas le mince trou prévu pour l'hélice, les ouvriers nous ont fait visiter leur chef d'oeuvre.
Deux jours plus tard, nous retournons explorer le fin fond de l'ile avec Reza. Sur une plage loin de tout, nous surprenons des contrebandiers venant de Dubaï. Ils déchargent plein de grosses caisses d'un tout petit bateau et les installent dans deux gros 4x4. Ils sont au moins 15 à travailler à toute vitesse. L'un deux reste sur le bord du chemin pour faire le guet. Nous avons du mal à croire qu'ils viennent des Emirats Arabes Unis avec leur petite embarcation de 7 mètres en alu à coque plate. Pourtant sur le trajet vers DubaÏ, nous avons croisé toute une flotte de ces petits bateaux navigants à vitesse maximale vers l'île.
Lors d'une pause sur une plage qui est aussi un site de ponte pour les tortues marines, nous avons assisté à un spectacle absolument abominable. Des dizaines de milliers de poissons échoués sur le sable et autant d'autres cadavres que les vagues ramènent. Sur cette route de sable qui longe le littoral, nous contemplons ce désastre sur des kilomètres et des kilomètres. Quelques jours plus tard, nous rencontrons 2 scientifiques qui travaillent pour le Géoparc de Qeshm. Contrairement à ce que nous avions imaginé être à l'origine de ce désastre, à savoir une pollution chimique émanant d'une industrie, d'un bateau ou d'une plateforme pétrolière des Emirats Arabes, les deux scientifiques nous apportent une réponse mille fois plus inquiétante !!! Les principaux responsables ce sont nous les occidentaux, les 20% de la population mondiale qui consommons 80% des ressources de la planète. Nous les principaux responsables producteurs de gaz à effet de serre. Car c'est ça le problème ici ! Les changements climatiques ont provoqué le réchauffement d'un petit degré de l'eau de la mer, ce qui a suffit pour qu'une algue toxique se développe en masse et intoxique les poissons et accessoirement les oiseaux prédateurs.
Après cette macabre découverte, nous avons continué notre chemin à pied et traversé un lac salé à la recherche de la source. Au pied de la montagne de sel, après l'escalade de quelques blocs, nous avons trouvé l'entrée d'une cavité. Le temps que nos yeux s'habituent à l'obscurité et progressivement, la beauté des lieux apparaît et nous fait oublier la chaleur moite extrême qui règne à l'intérieur de la grotte. Les couleurs et les formes sont magnifiques, du rouge au brun au blanc avec les cristaux de sels qui brillent dans l'obscurité.
Pour finir notre séjour sur l'île, nous avons passé plus de temps avec nos amis et notamment Hadi et sa famille avec qui nous avons vraiment créé des liens. Il faut dire que nous avons des points communs et notamment la musique. Avec un frère luthier, une soeur violoniste et une autre professeur de guitare, autant dire que nous avons passé du temps, les instruments entre les mains à jouer et à improviser sur du rock ou du flamenco.
Le jour du premier départ à été émouvant, mais pas autant que le deuxième. Pour être plus clair, au moment de prendre le bateau, les gens du port nous ont expliqué qu'il n'y aurait rien ce dimanche matin. Pour plus d'explications, merci de contacter l'agence qui vous a vendu les billets. Manque de pot, le gars qui nous avait vendu les billets n'était pas des plus sympathiques. Nous sommes donc retourné dans l'agence voir notre copain qui nous avait vendu des billets le double du prix pour la simple raison que nous sommes étrangers et que le gouvernement pour qui il travaille, encourage ce genre de discrimination. Pour rappel, son collègue nous avait proposé un billet au tarif normal (soit 45 euros), mais lui s'est senti en droit de revenir sur ce prix pour exiger un billet à pas moins de 85 euros. Maintenant que nos vélos sont posés sur sa vitrine et que nous demandons des explications sur l'absence du bateau ce matin ? il nous répond qu'il n'en sait rien mais que nous pouvons toujours retourner sur le continent prendre un autre bateau ou encore mieux, nous pouvons décoller dans la journée depuis l'île. Malheureusement pour nous, il ne peut pas rembourser nos 200 dollars et nous devrons acheter en plus les autres billets. Pendant pas moins d'une heure trente, nous l'avons harcelé pour qu'il rembourse nos billets, qu'il contacte le capitaine, ou bien qu'il nous fasse une réduction de 50% sur nos billets (soit le tarif normal). Rien à faire, il n'a jamais voulu rembourser ou dédommager de quoi que ce soit, mais il a fini par nous faire deux nouveaux billets pour un autre bateau mardi matin et il nous a offert une nuit d'hôtel dont nous n'avons pas bénéficié car nous sommes retournés chez nos amis.
Quelque part, cette mésaventure nous aura permis d'assister au tout premier cours d'Espéranto sur l'ile de Qeshm et de visiter une école.
Lorsque nous étions en balade avec Ahmad et Elham, nous parlions tout le temps en Espéranto et les gens étaient souvent interpellés par ce langage qu'ils ne reconnaissaient pas vraiment. Aussitôt, nous en profitions pour faire la promotion de cette langue universelle et les gens toujours très réceptifs prenaient le contact d'Ahmad. Finalement, en dix jours, une quinzaine de personnes se sont intéressées à l'Espéranto. La veille du nouveau départ, Ahmad a décidé de convoquer toutes les personnes intéressées pour un premier cours. Bien que ne parlant pas un Espéranto très élaboré, nous avons quand même pu expliquer le fonctionnement de cette langue par le biais d'exemples et de jeux improvisés.
Mardi matin. Cette fois ci, c'est le vrai départ, Hadi nous accompagne jusqu'au dernier poste de contrôle. Il était vraiment temps pour nous de partir car nous commencions à ne vraiment plus supporter les incessants contrôles de police. Avant l'embarquement, nos passeports ont bien été contrôlés une quinzaine de fois, notamment par un policier qui, quelques jours avant, habillé en civil avait bêtement questionné Hadi sur lui et nous, savoir qui nous étions, d'où nous venions, pourquoi sommes nous ici, que fait-il avec nous ??? Bref, ce gouvernement complètement paranoïaque avec des policiers en surnombre traquant des espions étrangers ou des ennemis de l'état, ne nous manquera pas. Tout ceci est bien dommage car ce sont eux qui détériorent le plus l'image du pays. Si en France, avant le départ pour ce voyage, tout le monde nous disait de faire attention en Iran car ils considéraient que c'est un pays dangereux, c'est sûrement à cause du gouvernement et des médias. Mais la vérité est que nous ne nous sommes jamais sentis autant en sécurité qu'en Iran, les gens ont été d'une gentillesse extraordinaire, toujours là pour nous aider, nous guider, nous accueillir et nous protéger. Nous avons rencontré dans ce pays des gens que nous n'oublierons jamais et tout ce que l'on peut leur souhaiter c'est plus de liberté !
Publié par alice.cedric à 07:37:45 dans Carnet de route | Commentaires (0) | Permaliens
Jeudi 02 octobre (90 km)
Malgré une petite nuit, nous
réussissons à partir de bonne heure. La chaleur vient
vite et aujourd'hui nous souffrons beaucoup de la pollution des
camions. Ca nous file un gros mal de gorge. Nous pédalons
presque tout le temps sur un faux plat montant, heureusement que l'on
a le vent dans le dos. Arrivée à Yazd à 11h, on
n'en peut plus. Nous sommes brulés, fatigués, affamés,
assoiffés. Nous cherchons de quoi manger, puis un jardin
public pour pouvoir nous reposer à l'ombre. Mais nous sommes
bloqués par le trafic intense, la route est complètement
bouchée, les trottoirs sont bondés ! il y a du monde
partout il est impossible d'avancer. En plus, Yazd est en plein
désert alors forcément, les jardins publics, ça
ne court pas les rues. Nous nous réfugions dans l'ombre d'un
bazar où nous ne restons pas longtemps vu l'ambiance étrange
qui y règne. Il y a un jeune garçon d'une douzaine
d'années qui est très violent, il frappe son père,
les commerçants, les autres enfants... Nous n'attendons pas
notre tour et nous préférons fuir ce lieu. Nous
trouvons l'hôtel Silk Road qui est très calme et pour
1,5 euros, nous pouvons passer la nuit au frais sur le toit. Nous
rencontrons Andréa et Martin ( www.silkroad-express.ch ), deux
Suisses qui voyagent aussi à vélo. Comme nous, ils ont
prévu de passer par Dubai. Leur visa étant bientôt
expiré, il vont se rendre à Bandar e abbas en bus ou en
train. Peut-être que nos chemins se recroiseront ...
Après un peu de repos et une
bonne douche, nous allons nous promener dans cette très
vieille ville. Nous nous perdons dans un labyrinthe de petites
ruelles et comme si les 90 kilomètres du matin ne suffisaient
pas, nous marchons des kilomètres pour retrouver l'hôtel.
Vendredi 03 octobre
Nuit agréablement calme sur le
toit de l'hôtel. Pas un bruit, pas un ronflement, pas une
messe, n'est venu perturber notre sommeil récupérateur.
Nous passons la matinée à flâner sur les
banquettes du jardin du Silk Road hôtel. L'après midi,
en allant visiter la ville, nous retrouvons Yah yah, un habitant de
Yazd rencontré la veille lorsque nous étions perdus
dans le labyrinthe de ruelle. Aujourd'hui, il prend le temps de nous
emmener dans tous les recoins magnifiques de la cité. Des
endroits que sans lui, nous n'aurions jamais pu trouver. Des toits
terrasses aux vues magnifiques, des vieux bazars et des ruelles dans
la pénombre, les tours réfrigérantes (ancêtres
des climatiseurs polluants), des vieux bains publics, et même
une chambre d'hôtel pour nuit de noces. C'est une très
belle suite nommée « Adan et Eve » avec
de belles peintures au mur et un plafond entièrement peint.
Les marches qui mènent à la chambre des jeunes mariés
sont d'une hauteur incroyables (au moins 40cm), puis dans la petite
chambre, pudeur musulmane oblige, deux petits lits.
Ensuite nous visitons le musée de l'eau, un bien très précieux dans le désert. Nous découvrons que pour bénéficier d'eau fraîche en plein milieu du désert, les anciens ont creusé des dizaines et des dizaines de puits depuis les montagnes environnantes, ensuite, au fond des trous, ils ont creusé des canaux souterrains afin d'acheminer l'eau fraîche jusqu'en ville.
Samedi 4, dimanche 5, lundi 6 et Mardi
7 octobre.
Nous flânons dans l'hôtel.
NE RIEN FAIRE !!! Comme c'est bon !!! Nous passons des heures à
discuter avec d'autres voyageurs comme Belinda et Patrick, les deux
Australiens en moto, il y a aussi la famille Zegrodzki qui voyage en
bus et train avec deux énormes valises de cours pour les
enfants. Nous retrouvons aussi la famille rencontrée en
Turquie, qui voyage dans leur célèbre camion renommé
Baobab. Le couple d'allemands de Munich, Gertie et Milos qui voyagent
aussi en train et bus.
Cédric : « Alice a une dent douloureuse depuis une semaine. On ne sait pas vraiment ce que valent les dentistes iraniens, alors nous appelons l'assurance pour savoir. Les démarches sont assez compliquées alors Ali le gérant de l'hôtel, nous emmène dans une clinique. Pour 1,50 euro la consultation et 2 euros la radiographie de la dent douloureuse, on se passera de l'assurance. C'est une expérience assez intéressante pour moi mais moins pour Alice. Dans le cabinet de dentiste il y a 4 fauteuils de consultation, deux dentistes plus un troisième en congé qui vient taper dans le dos de ses collègues en pleine consultation. Il y a aussi 3 jeunes assistantes. Comme le dentiste qui s'occupe d'Alice ne voit rien, il décide de prendre une radio de la dent probablement fêlée. Les trois spécialistes se penchent au dessus de la bouche d'Alice et débattent, que vont-ils y faire, une piqûre, arracher la dent ? Rien de tout cela ! Le dentiste prescrit un simple dentifrice ».
Pendant notre séjour à
Yazd, nous découvrons aussi un sport national très
étrange. Moitié religieux, moitié danse, ce
sport se joue dans une petite arène, sous un dôme
ressemblant à celui d'une mosquée. Les sportifs ont
entre 8 et 65 ans, pèsent entre 20 et 150 kilos. Ils
s'installent en cercle et l'un d'eux se met au milieu pour guider les
autres. Sur une estrade, 2 musiciens équipés de
Djembés, ont un coran ouvert sous les yeux. Ces derniers
commencent à réciter ce qui ressemble à des
versets du Coran puis l'un d'eux se met à chanter et à
taper sur son instrument. Les sportifs se mettent aussitôt en
mouvement. Ils commencent par effectuer des pompes et des mouvements
du cou et du derrière en rythme avec la musique, puis ils se
mettent debout et s'échauffent tous les muscles et
articulations toujours en musique. Lorsqu'ils sont bien chauds, la
musique s'accélère et ils se mettent à tourner
sur eux même très vite très vite, les uns après
les autres. Ensuite ils font tourner autour de leur tête de
grosse masses en bois. A la fin de la séance, il sont
complètement en transe, certains tournent, pendant que
d'autres se roulent par terre et d'autres agitent au dessus de leur
tête, des espèces d'énormes arcs en acier avec
des dizaines de disques métalliques accrochés au cable.
Zoom sur Ali, le gérant du Silk Road Hôtel :
En faisant halte à Yazd, nous avons rencontré Ali, un gérant d'hôtel particulièrement sympathique. Il nous explique qu'en Iran, l'agriculture Biologique n'existe pas et que la situation sanitaire est absolument catastrophique. Aucune réglementation n'est appliquée et on explose les doses d'hormones au sein des élevages industriels de volailles. On utilise sans aucune protection des produits chimiques extrêmement dangereux et probablement interdits maintenant en Occident. Lui et sa famille sont propriétaires d'une exploitation agricole. Son oncle qui travaille, ou plutôt travaillait en serre, utilisait les pesticides à foison. Aujourd'hui, il est atteint d'un très grave cancer dont l'origine est connue car ce n'est pas un cas isolé. De nombreux paysans souffrent des mêmes maux.
L'utilisation de certains produits chimiques a augmenté en même temps que la résistance des ravageurs et le nombre de cancers. Aujourd'hui certaines cultures sont tellement traitées que les fruits ne sont mêmes plus comestibles.
Depuis 3 ans, Ali est CONVAINCU qu'il est nécessaire de changer les modes de production. Il veut stopper le plus rapidement possible l'utilisation de tous les pesticides dans son exploitation familiale et la convertir à l'agriculture biologique. Il recherche quelqu'un pour faire de la pédagogie auprès des paysans et présenter des moyens de lutte biologique contre les maladies et ravageurs (prédateurs, pièges).
Malheureusement, nous vérifions ses dires lorsque nous reprenons la route vers le Sud. Nous pédalons d'abord à proximité d'une zone maraîchère où des ouvriers passent entre les rangs de légumes, la tête dans un nuage toxique, la pompe à traiter dans le dos et aucun équipement de sécurité. Leur tenue de travail se résume à un tee-shirt, un pantalon et des sandales.
Quelques kilomètres plus loin, nous passons dans une grande zone de culture de pistaches. Dans de nombreuses parcelles, l'herbe a été empoisonnée à grand renfort de glyphosate. Vive le Roundup ! Vive les pistaches ! Vive Monsanto !!!
Publié par alice.cedric à 19:30:44 dans Carnet de route | Commentaires (2) | Permaliens
Dimanche 28 septembre (25 km)
Cédric : « C'est
reparti !!! Enfin pas tout à fait... car pendant le petit
contrôle habituel des vélos avant le départ, j'ai
explosé une chambre à air en la regonflant. C'est au
niveau de la valve que la chambre s'est déchirée. Non
seulement c'est irréparable, mais en plus nous n'avons plus de
chambre de secours. Je prends donc le vélo d'Alice et part à
la recherche d'un magasin de cycles. Bien avant d'en être au
point de prier Dieu, je trouve une boutique avec des chambres à
air de qualité et de bonne dimension. J'en achète 2 et
mon vélo est rapidement sur pneus ».
Le souci, c'est qu'il fait chaud
maintenant et partir sous le soleil de midi, c'est la garantie d'être
cuit à point au bout de 20 km. Nous décidons d'attendre
dans le parc. Nous mangeons, faisons la sieste, puis nous prenons une
douche dans les toilettes (décidément, les toilettes
des pays musulmans sont très pratiques pour les voyageurs.
Elles sont souvent équipées d'un petit tuyau pour se
nettoyer les parties intimes.)
Cédric : « Plusieurs
personnes viennent nous déranger pendant la sieste, pour nous
demander d'où nous venons, nous proposer à manger, ou
comme cet homme qui m'offre un beau mouchoir en tissu (ça tombe
bien, le mien est en lambeaux) ».
A 16h, nous partons pour à peine
2 heures de vélo, la nuit tombant à 18h, nous ne
pourrons guère faire plus de 20 km, le temps de sortir de la
ville. C'est formidable, nous avons le vent dans le dos. Par contre
il y a un trafic de fous et on ne compte plus le nombre de chauffards
qui nous filment avec leur téléphones portables tout en
conduisant. Peu avant 18h, nous trouvons une bonne place pour dormir.
Loin de la route, au pied d'une montagne, à proximité
d'un village, d'un cimetière et surtout d'une mosquée
(et qui dit mosquée, dit toilettes et eau). Nous pensions être
tranquilles, mais un enterrement à ramené de nombreux
curieux autour des vélos. Ils nous posent les questions
habituelles et nous demandent où nous allons dormir cette
nuit. Quand on leur répond « Ici, au pied des
montagnes », ils ont l'air affolés et refusent de
laisser ''2 touristes de valeur'' dormir avec les animaux sauvages.
C'est donc Mohammed qui nous invite chez lui. Il habite dans le coeur
du village avec toute sa famille. Il nous met à disposition
une maison toute entière inhabitée, où il y a
une grande salle, de l'eau, une douche, de la lumière, bref,
le luxe. Au début, c'est le défilé de tous les
membres de la famille proche, les frères, les soeurs, le père
la mère, le grand-père, la grand-mère. Puis tous
les cousins, voisins et amis. Heureusement que la pièce est
grande car nous sommes 55. Ils nous offrent des grenades, puis du riz
et un plat difficile à manger, voire impossible à cause
de la très forte odeur de la vieille viande de mouton.
C'est une famille très croyante
et d'une gentillesse incroyable. Ils sont gênés et
s'excusent tout le temps de ne pas pouvoir nous offrir plus, alors
que nous avons tout ! Ils nous ramènent un grand tapis, des
coussins, des fruits et de la boisson.
Le lendemain matin, ils se lèvent
exprès pour nous voir repartir et nous souhaiter bon voyage.
Lundi 29 septembre (77 km)
On attaque la journée avec le
vent de face et une pollution terrible. Sur plus de 20km, nous
évoluons dans un nuage toxique qui nous pique le nez et nous
irrite la gorge. S'il n'y avait pas la fraîcheur matinale, nous
pourrions croire être tombé en enfer. L'horizon est
bouché par la fumée gris-noire des industries
sidérurgiques, des raffineries de pétrole, du trafic
phénoménal de camions, il y a des arbres morts, des
mares de pétrole avec des déchets d'emballages
plastiques flottants, une carcasse de bovin qui se fait nettoyer par
des corbeaux.
Nous sommes heureux quand nous quittons
cette zone et quand vient le désert. Pendant le plus chaud de
la journée nous faisons halte dans un village, mais la sieste
est en partie gâchée par la découverte d'une
magnifique épingle à nourrice enfoncée dans le
pneu arrière du vélo d'Alice. A 16h, nous repartons
histoire d'avancer encore un peu avant la nuit. Nous installons le
campement sur le sable du désert, en bordure d'un village. Les
enfants viennent nous voir. Nous les entendons répéter
des phrases toutes faites en anglais mais ils n'osent pas nous
parler. Alors nous leur répondons et ils s'en vont en courant
et criant, satisfaits de la réponse.
Cédric : « En partant
dans le village en quête d'un peu d'eau, les enfants me
poussent dans la mosquée. Il y a effectivement une fontaine
avec de l'eau fraîche. L'Imam, d'une trentaine d'années
parle un peu anglais et me pose des questions sur le voyage. Il se
fait une joie de répéter les réponses aux
enfants tous très attentifs. De retour au campement, quelques
uns des garçons reviennent me chercher, soi-disant que l'Imam
voudrait me parler. OK j'y vais. Le problème, c'est que c'est
l'heure de la ''messe'' et je ne me sens pas de rentrer en plein
office. Les enfants me font patienter dans la grande cuisine de la
mosquée et le culte n'en finissant pas, je leur explique qu'il
fait maintenant nuit et que je ne peux pas laisser Alice toute seule.
De retour à la tente, nous pouvons enfin manger. A peine
commencé, nous voyons une petite lampe torche approcher. C'est
l'Imam et tous les enfants qui nous apportent de la nourriture. Il
nous explique qu'il m'avait fait appeler simplement pour nous
proposer de manger avec eux, mais constatant que je préférais
la froideur nocturne du désert, il a décidé de
nous apporter le repas ''à domicile''. Nous goûtons à
cette purée jaune aux ingrédients inconnus. L'aspect
caoutchouteux, ce doit être le fromage fondu. Il doit y avoir
des pois et aussi des patates. Le goût infâme qui rend la
mixture immangeable, ce doit être encore de la viande de mouton
qui a trainé au soleil. Une fois seuls, alors que je finissais
de dissimuler les restes de la plâtrée dans un trou dans
le sable. Le cri d'Alice faillit me faire mourir. En voulant ranger
le réchaud, elle à découvert un joli scorpion à
côté de la bouteille d'essence».
Alice : « Cédric
était parti avec une pauvre lampe presque éteinte dans
la nuit noire pour enterrer cette mixture infâme. Heureusement
sur les quatre assiettes qui nous étaient présentées,
seule une, est restée avec nous! Merci mon Dieu pour ces
quelques pâtes déjà prêtes qui nous ont
servis de prétexte pour ne pas prendre les autres assiettes.
Pourquoi mettent-ils de la viande? Cela serait si bon sans ! Bref
revenons à cet enterrement dans le désert. C'est
marrant car 10 minutes avant on se demandait si notre pelle pliable
n'était pas de trop dans nos sacoches (elle ne nous avait pas
encore servie !). Il creuse, j'arrive avec ma lampe frontale presque
éteinte elle aussi. Tout devient alors sombre autour de nous.
Et là, la nature me devient hostile, je regarde bien le sol où
je mets mes pieds. Je retourne rapidement à la tente qui se
trouve à 10 m pour vite tout ranger et me calfeutrer dans la
tente à l'abri de toutes bêtes. Cédric se fiche
pas mal de moi en me disant que nous aurions bien de la chance de
voir un scorpion car il y en a probablement un au kilomètre
carré ! Cela ne me rassure qu'un peu, surtout quand je vois
avancer un drôle, noir et gros insecte (style Lucarne
Cerf-volant) près de la bouteille d'essence du réchaud.
Avec mes yeux de myope mal aidés par le faible éclairage,
je m'approche de la bestiole à 40 cm de mon nez. Et là
au lieu de garder mon calme, je panique et appelle Cédric pour
lui dire que nous avons un nouvel hôte qui ne nous posera pas
de questions. Je crie un peu fort, trépigne, et enfin Cédric
arrive ayant accompli sa tâche. Et oui, c'est un beau scorpion,
quelle chance nous avons sur un kilométre carré, il
vient à nos pieds! Bien sûr Cédric ne peut
s'empêcher de prendre des photos. Puis arrive une moto avec
deux hommes dessus qui nous disent de partir et d'aller dormir près
de la mosquée. Nous leur montrons le scorpion et l'un l'écrase
directement avec son pied. Désolés les amoureux des
bêtes mais là, je n'étais pas mécontente
du geste. Ensuite nous avons pris nos clics et nos clacs pour
décamper, moi en trépignant de plus en plus car nos
lampes faiblissaient et que j'avais peur de retomber sur un scorpion,
même s'ils sont peu nombreux? Heureusement un gars avaient un
téléphone portable lampe torche et au bout de 10
minutes, nous nous sommes retrouvés sous les yeux des deux
imams préférés du pays. Le choix est difficile
entre les scorpions et eux mais bon! Nous sommes dans un magasin pour
vendre des produits de l'Islam (CD de prières, livres,...) et
la vitrine nous laisse apparaître comme à Amsterdam. On
fait un paravent avec la bâche des vélos et tout va
bien. A 4h00 du matin, on est réveillés en sursaut par
la prière de la mosquée car ici tout le monde en
profite et tout le monde a le droit d'être fatigué pour
la bonne cause. C'est un cauchemar les yeux ouverts et cela dure au moins
une heure. Le son est horrible et très fort. Même à
la maison, nous n'écoutions jamais la musique si fort sauf
lors de soirée. Le réveil une demi-heure (5h30) plus
tard pour partir à la fraîche est difficile ».
Mardi 30 septembre (57 km)
Le décollage est difficile.
Définitivement, nous devons oublier ce que signifie liberté
de culte ou de non culte. Ici, la messe réveille tout le monde
et est entendue par tous. Empêcher les gens de dormir, pour les
obliger à participer aux cultes, c'est une bonne méthode
pour les fatiguer et les empêcher de réfléchir.
A peine sur la route qui monte qui
monte qui monte, un homme en mobylette nous accoste et nous pose les
mêmes questions que tout le monde. Lorsqu'il sort son
téléphone, exceptionnellement, ce n'est pas pour nous
photographier, mais pour appeler un frère (cousin ou ami,
c'est pas clair cette histoire) qui habite Na'in, la ville où
nous nous rendons. Il me passe le téléphone et tout en
roulant, j'essaye de comprendre ce que l'on me dit. Tout ce que je
réussis à capter, c'est que quelqu'un nous attend à
Na'in pour visiter la ville et nous trouver un hébergement.
Nous n'aimons pas beaucoup ce genre d'initiative. L'homme à la
mobylette n'est autre qu'un rabatteur et nous ne savons pas qui nous
allons trouver à Na'in.
Après plus de 2h30 d'ascension
vient le moment de la récompense : la descente de 30
kilomètres !!! Avec des pointes à 70 km/h dans
l'aspiration des camions, puis une moyenne de 40 km/h jusqu'à
Na'in, nous y sommes à 10h30. Mahmoud nous attend sur le bord
de la route et nous demande de le suivre. C'est assez étrange
comme sensation, car nous avons l'impression que tout était
organisé depuis longtemps, que Mahmoud nous attendait
précisément aujourd'hui. Il commence à nous
promener dans la ville à vélo à la recherche
d'un bon endroit pour camper. Il nous propose la Mosquée
(comme de bien-entendu), mais quand il voit nos têtes, il
comprend rapidement qu'il va falloir trouver autre chose. Il nous
trouve donc une auberge à touristes. Le patron n'est pas là
mais le réceptionniste accepte que l'on y gare les vélos
le temps d'une balade en ville. Nous découvrons vite que
Mahmoud est très croyant et qu'il ne servira à rien
d'entamer un débat sur les religions avec lui. En début
d'après midi, il nous laisse enfin seuls pour que l'on puisse
manger et nous reposer. De retour à l'hôtel, nous
demandons au patron s'il est possible de camper dans le jardin. Il a
l'air d'accord mais téléphone à quelqu'un
(peut-être pour voir s'il y a quelques chose de mieux...). Il
nous donne rendez-vous à 13h30 à la réception
pour rencontrer un ami. Point. Sur ce mystère, il nous ouvre
une pièce où sont rangés des matelas, il nous
étend une couverture, branche la clim, nous laisse les clefs
et nous souhaite bon appétit et bonne sieste. A 13h30, on
cogne à la porte, c'est l'homme de notre rendez-vous, un vieux
guide de la région qui nous raconte de belles histoire
notamment la rencontre avec sa femme. Allez, puisque c'est une belle
histoire, nous allons vous la raconter en raccourci. « J'avais
10 ans, commence t'il, perché sur mon vélo, je roulais
dans le village quand une jolie demoiselle me jeta un caillou afin
d'attirer mon attention. J'ai ramassé le caillou que j'ai
gardé précieusement dans 5 boîtes. Un jour, je
lui ai offert les boîtes. Elle a ouvert la première
boîte dans laquelle il n'y avait rien d'autre qu'une deuxième
boîte dans laquelle il n'y avait rien d'autre qu'une troisième
boîte, dans laquelle il n'y avait rien d'autre qu'une quatrième
boîte dans laquelle il n'y avait rien d'autre qu'une cinquième
boîte dans laquelle il n'y avait rien d'autre qu'un petit
caillou. Qu'est-ce que c'est, me demanda-t-elle ? et je lui répondis
simplement qu'il faut se méfier car quand on lance un caillou
sur quelqu'un, il fini toujours par revenir. J'ai demandé sa
main et nous nous sommes mariés ». Ce monsieur nous
a semblé bien sympathique et nous a proposé une visite
avec un groupe de touristes. Malheureusement nous lui avons précisé
que nous avions rendez-vous avec Mahmoud. Il nous a demandé
d'être vigilants car même si récemment, il a été
inscrit sur le guide touristique Lonely planet, ce n'est pas un guide
officiel. Il nous a demandé simplement d'être méfiants.
16h30, Mahmoud est là pour la visite. Il se fait accompagner
d'un copain. Nous commençons la balade et dans une petite
ruelle, nous croisons des enfants. Il prend une fillette dans ses
bras, lui fait des bisous et nous dit qu'il aime beaucoup les
enfants. La fillette ne semble pas l'apprécier. Il veut
prendre des photos de nous avec les enfants, mais ces derniers n'en
ont pas envie. Il prend notre appareil et photographie alors que les
petits font la gueule. Ensuite nous passons à coté de
ruines très intéressantes sur lesquelles on ne
s'attarde pas pour rester longtemps sur un château d'eau dont
nous connaissons déjà le fonctionnement. Nous finissons
par visiter la mosquée et là il se prend le bec avec un guide
turc. Nous ne savons pas trop quoi penser, nous n'avons pas bien
compris ce qui s'est passé mais l'ambiance n'est pas bonne. De
retour à l'hôtel, il s'en va sans dire un mot au gérant.
Visiblement, ils ne s'aiment pas beaucoup. Par contre nous, avec le
gérant de l'hôtel, sa femme et son fils, le courant
passe très bien. Il nous semble être quelqu'un de très
honnête et nous passons un bon moment à discuter.
Mahmoud nous dit qu'il va revenir ce soir, mais nous ne savons pas
pourquoi faire, nous lui expliquons que nous mangerons de bonne heure
et que nous nous coucherons tôt et pas après 21h00. Il
revient et laisse entendre qu'il va manger avec nous. Nous préparons
donc à manger pour 3. Le repas presque prêt, le gérant
et sa famille nous apporte du riz cuit et une soupe de légumes
absolument délicieuse. Entre eux et Mahmoud, pas un mot et une
ambiance électrique. Pour rompre le malaise, Mahmoud part
acheter quelque chose à boire. Lorsqu'il revient avec son
copain, le gérant s'en va. Drôle d'ambiance. Il nous
explique que ces gens là sont jaloux de lui. Mouai... Nous ne
savons pas si son copain veut manger avec nous, nous n'avons que 2
couverts, nous sommes 4, c'est le flou complet. Après le
repas, il souhaite que nous l'accompagnions jusqu'à son magasin
d'informatique.
Cédric : « Alice
reste auprès de la tente et moi, je file avec les deux gusses.
Mahmoud a envie d'aller aux toilettes, il prend donc un taxi pour
aller plus vite à son magasin. Ce que je ne comprend pas,
c'est pourquoi nous n'avons pas pris le taxi tous les trois? c'est le
même prix ! En plus son compère qui me dit de marcher
plus lentement! Pourquoi? Devant son magasin, Mahmoud surgit de
derrière un muret et l'air de rien, ouvre sa boutique. A
l'intérieur, sur les murs, un poster du président, des
photos d'Imams, des cadavres de djihads, des versets du Coran...
Drôle de boutique. Il allume son ordinateur et me demande s'il
peut avoir les photos de la visite de mon appareil car le sien
n'avait plus de batterie. Il souhaite aussi avoir une photo souvenir
de nous sur nos vélos. Un peu entreprenant, il regarde mes
photos et bien sûr les trouve très belles. Il décide
de tout copier sur son ordinateur. Je ne suis pas d'accord et lui
demande d'effacer certaines photos. Ce qu'il fait avec plaisir,
sachant qu'une fois dans la corbeille de l'ordinateur, il n'aura plus
qu'à restaurer les images pour pouvoir les revoir. Il me
montre plein de photos d'autres touristes qui sont passés à
vélo.
Je n'aime pas du tout sa façon
de critiquer mes photos où des filles sont sans voiles dans
les maisons, ou bien lorsque Amad danse comme un fou dans le bus.
« Ce n'est pas bien, ce n'est pas des bons musulmans sur tes
photos, dit-il ». parce que lui est irréprochable ?
J'en ai marre et je lui dis que je veux rentrer. Il me demande s'il
peut utiliser une de mes photos pour son exposition « L'Iran
vue par les touristes étrangers ». Au point où
j'en suis je lui dit que oui. »
Sur qui sommes nous tombés ?
Mercredi 1er octobre (90 km)
Aujourd'hui est un jour spécial.
Le ramadan est terminé !!!! Nous allons pouvoir découvrir
l'Iran sous un autre jour. La traversée du désert est
une vraie partie de plaisir. Ligne droite, route plate, vent dans le
dos. Seul point noir, la chaleur et le soleil brûlant qui nous
oblige à nous tartiner de crème solaire. Lors d'une
pause dans une station service, nous en profitons pour demander un
peu d'essence pour le réchaud.
Cédric : « Un homme
qui venait pour faire le plein de son auto m'en a filé au
moins 3 litres, alors que je ne pouvais en accepter que 0,75. Le
reste est parti sur ma figure, mes habits et par terre. L'essence est
tellement peu cher ici qu'ils se permettent de la gaspiller comme
ce n'est pas permis. »
Au moment de repartir, un 4x4 de la
police s'arrête à 10 mètres de nous. Un gros
policier, sans descendre de son véhicule, nous fait signe
d'approcher. Ca y est, nous allons avoir une escorte jusqu'à
Bandar-e Abbas. Il nous demande nos passeports, écrit nos
noms, notre destination, notre n° de passeport, nos dates de
visas... Il est vraiment très désagréable et
nous repensons à ce que nous à dit Mahmoud hier : «
je vais prévenir la police de votre passage, pour votre
sécurité, c'est mieux. Et si vous voulez, vous pouvez
avoir une escorte. C'est vraiment bien une escorte, surtout pour vous
qui dormez dans le désert, il y a plein d'animaux sauvages ».
Après avoir pris ses
renseignements, le policier nous fait signe de déguerpir.
Comme nous ne repartons pas assez vite à son goût, il
revient à côté de nous et du haut de son 4x4, il
nous ré-ordonne de déguerpir. Comme nous n'aimons pas
ces manières et que nous sommes pacifiques, nous lui faisons
comprendre que nous partirons quand nous le voudrons. Devant lui,
regards croisés, nous commençons à nous étaler
de la crème solaire sur le visage, telles des peintures de
guerre de clowns. Cela ne l'amuse guère, il laisse tomber et
s'en va sirène hurlante.
Ce matin, il fait plus chaud que les
jours précédents. A midi nous sommes cuits et nous ne
pouvons plus avancer. Un genre de mosquée au dôme bleu
se dresse devant nous. A l'intérieur, il y a un parc avec des
jeux pour enfants, une fontaine d'eau fraiche et tout autour de la
cour, des pièces où des familles préparent à
manger. Ca ressemble à un caravansérail. Avec nos visages
déconfits, des hommes prennent pitié et déménagent
une place à l'ombre pour nous. Après avoir comblé
le vide de notre estomac par les restes de nouilles de la veille,
nous entamons la sieste. Comme il fait très chaud et que nous
sommes assez crasseux, nous allons prendre une douche. Problème,
l'eau est salée.
Nous essayons de nous coucher tôt,
mais c'est toujours difficile lorsqu'il y a des gens autour.
Forcément, en tant qu'étrangers propriétaires de
drôles d'engins, nous attirons l'oeil et la sympathie. Le petit
vieux qui entretient les locaux a invité toute sa famille, ils
sont au moins quarante.
Cédric : « Pendant
qu'Alice reprend sa fonction de maîtresse avec les nombreux
enfants, je discute avec les hommes de la famille. L'un d'eux, Sahid,
a été jusqu'à récemment, capitaine de
bateau entre Bandar-e Abbas et Dubaï. Il nous explique qu'il n'y a
aucun soucis pour nous rendre à Dubaï. Par contre, les bateaux
pour l'Inde transportent uniquement de la marchandise. Selon lui il
est possible de négocier directement avec le capitaine et de
mettre les vélos dans des caissons ».
Après le thé et la séance
photos, nous pouvons enfin nous coucher.
Publié par alice.cedric à 19:18:05 dans Carnet de route | Commentaires (0) | Permaliens
Samedi 20 septembre
Grasse matinée. Aujourd'hui,
nous pensons prendre un bus pour sortir de Téhéran et
aller à Kashan. Manque de pot, on passe du temps sur Internet,
on discute avec Reza et nous retrouvons Shahin qui nous remmène
en ballade l'après midi. A 17h, nous sommes prêts à
partir mais il est trop tard. Il y a 3 heures de bus, ce qui nous
ferait arriver à la tombée de la nuit et nous savons
par expérience que c'est une très mauvaise idée
de chercher un endroit pour dormir lorsqu'il fait nuit. Nous
accompagnons donc Shahin à son cours de mythologie Perse et
nous retrouvons par hasard des personnes rencontrées quelques
jours plus tôt. Notamment Hamad, un jeune super dynamique qui
aime énormément s'amuser. C'est d'ailleurs lui qui
avait organisé la journée de Disco-Bus. Il nous invite
à venir diner chez lui. Nous acceptons mais nous savons qu'il
va falloir rentrer tôt car nous aimerions partir tôt le
lendemain. Chez lui, on est très croyant. Les femmes sont très
gentilles mais cachées sous des draps, on ne voit que leurs
yeux et leur bout du nez. Il n'y a que sa cousine, artiste connue en
Iran, qui ne porte pas de voile à la maison. Le repas est
succulent mais nous avons de plus en plus de mal avec la viande. Nous
en mangions déjà très peu voir
exceptionnellement en France, mais alors là toute cette viande à
toutes les sauces et à tous les repas, ça fini par
vraiment nous écoeurer. A la fin du repas, Ahmad met de la
musique actuelle iranienne et commence à danser comme un fou,
puis il nous invite à danser aussi. Un peu hésitant
d'abord, nous avons ensuite improvisé une scottisch sur fond
de musique dance et nous avons enchainé avec les chants
traditionnels du Berry. Plus tard, en nous raccompagnant jusqu'à
nos vélos, il nous dira que c'est une journée spéciale
religieuse et il est interdit de faire de la musique et de danser ce
jour précis. Sa famille va probablement le passer à
tabac à son retour « mais, nous dit-il, je suis
musulman aussi, mais je ne veux pas d'une religion qui m'interdise de
m'amuser. Je ne fais rien de mal ».
Dimanche 21 Septembre (20 km)
Debout à l'aube, nous faisons
nos adieux au jardin de l'association Espéranto Iran et nous prenons
la route vers la gare des bus au Sud de la ville. Nous roulons sans
souffrir du trafic monstrueux de Téhéran. Bizarrement,
nous avons remarqué un genre de « pause »
autour de 7 heures du matin. Est-ce à cause du ramadan ? Est-ce
le moment de la prière ? L'heure du dernier repas avant la
journée de jeûne ? Il y a tellement peu de circulation
que des poules picorent les poubelles sur la route. Dans le bus pour
Kashan, on nous offre un petit breakfast composé
essentiellement d'emballages plastiques. Il y a un sachet plastique
avec dedans un gobelet plastique, un bonbon emballé, un petit
paquet de biscuits sous plastique. Ensuite on nous donne une paille
en plastique emballée, pour boire un berlingot de jus d'orange.
Arrivés à Kashan, on découvre que nos vélos on été maltraités dans la soute du bus. Des gros sacs de voyage ont été posés sur nos deux vélos déjà couchés l'un sur l'autre.
En plein dans la ville, il semblerait
que le camping soit difficile. Nous décidons d'aller à
l'hôtel. Comme cela, nous pourrons aussi laisser les bagages et
aller nous balader. Deux hôtels s'offrent à nous, l'un
très cher mais très propre, l'autre à un prix
raisonnable mais très sale. Finalement on prend le très
sale et qu'est ce qu'on regrette !!! Draps dégueulasses, table
couverte de jus collant (on ne peut rien poser dessus), moquette
encore plus crade, trognons de pommes séchés sous le
lit, squelette de gros cafards et cafards bien vivants dans les
toilettes, ventilateur rouillé prêt à nous tomber
sur la tête... L'endroit rêvé pour se reposer! Et
on ne vous parle pas du maître d'hôtel et de son problème
psychologique avec les liens familiaux, car ayant perdu ses parents
dans un accident de bus, il a dû vivre un grand manque affectif
au point de nous obliger à devenir son frères et sa
soeur ! « You sister me, and you brother me, me brother
you my sister brother me » répétait-il
maladivement.
Nous nous sommes évadés
de l'hôtel dès que possible pour aller visiter la ville.
Le bazar, les maisons traditionnelles et les petites ruelles.
Lundi 22 septembre (15 km)
Nous voulons décamper de bonne
heure mais manque de pot, le pneu arrière du vélo de
Cédric est crevé par un bout de métal. Nous
devons réparer dans l'hôtel sous les yeux de notre
« frère » toujours aussi mal dans sa
peau. Nous l'avons vu sortir un aspirateur, mais juste pour faire
croire qu'il fait le ménage, car en vérité nous
l'avons vu refaire notre chambre sans rien changer ; même
draps, même crasse. En route vers Fin Garden, un célèbre
jardin où fut assassiné par ordre du roi, le premier
ministre Amir Kabir (un monsieur très aimé des Iraniens
encore aujourd'hui car il souhaitait plus de liberté au
peuple), nous créons des bouchons. Des dizaines de voitures
nous filment et nous prennent en photo (vive le téléphone
portable, fléau des temps modernes), il y a notamment une
voiture pleine de jeunes hommes qui nous filment et nous suivent sur
plus de 10 kilomètres. Devant les portes du jardin, des
policiers nous informent que c'est fermé aujourd'hui à
cause d'un jour religieux (deuil national, mort de l'Imam Ali). Un
monsieur très gentil se démène pour essayer de
nous faire ouvrir la porte, il parlemente très longuement avec
les policiers, expliquant que l'on vient de loin, en vélo,
pour voir ce jardin... Finalement au bout d'une demi-heure, il
revient nous voir complètement désolé. Il nous
explique qu'il déteste le gouvernement de son pays exactement
pour cela et qu'il espère que cela va changer bientôt
car il ne supporte plus cette vie.
Nous ne lui en voulons pas du tout et
le remercions pour son aide, puis ramadan ou pas, nous avons faim.
Cette fois ci, hors de question de nous cacher, il y a de très
belles banquettes publiques sur le bord de la route, nous décidons
d'y faire un pique nique au vu et au su de tout le monde. Nous
attirons la sympathie d'un groupe de musicien qui vient se joindre à
nous pour partager quelques cacahuètes et nous offrir des
biscuits. Ensuite nous avons la visite d'une bande d'hommes très
croyants. Ils nous proposent de nous joindre à eux ce soir
pour partager des têtes de moutons bouillies, et comme nous
sommes les invités, ils nous laisseront les meilleurs morceaux
à savoir, les yeux. Ce à quoi nous répondons que
malheureusement nous sommes végétariens mais que leur
invitation est très aimable.
Vers 17h nous cherchons un coin pour
passer la nuit. Nous trouvons de très bonnes places dans un
jardin juste en face Fin Garden. Il y a des chats partout qui se
nourrissent des restes de pique-nique. Ce soir, de nombreuses
familles viennent manger dans ce parc et bien évidemment, nous
sommes invités de tous les cotés. Inutile d'entamer
notre nourriture, nous sommes alimentés comme il faut par la
véritable hospitalité iranienne.
Pendant un temps, nous avons cru
pouvoir passer une nuit tranquille, mais ce soir est un soir un peu
spécial et le repas va se prolonger jusqu'à très
tard dans la nuit. A 2h du matin, ce sont des dizaines de motos qui
tournent en rond dans le parc, puis à 4h du matin, c'est une
grande messe. Les fidèles poussent par moment des cris de
guerre. Planqués au fond de notre duvet, on en mène pas
large et on se demande si demain matin (ou plutôt dans quelques
heures) les gens seront toujours aussi gentils.
Mardi 23 septembre (20 km)
La journée commence agréablement
par une visite du fameux jardin. Pas forcément le plus beau
des parcs que nous ayons visité en Iran, c'est surtout
l'histoire qui est intéressante ici. Il y a tout de même
de grands arbres et de très beaux bâtiments. Dans les
toilettes, on profite même de la présence d'une douche.
Après la visite, nous faisons quelques courses, le plein d'eau
et nous sommes fin prêts pour la traversée du désert.
Il fait très très chaud, très sec et évidemment
pas un poil d'ombre mais on pédale de bon coeur, joyeux, nous
sommes sur l'autoroute et il n'y a presque personne. L'autoroute est
la voie la plus directe et la moins dangereuse pour nous qui restons
sur une large bande d'arrêt d'urgence. Juste après un
poste de péage, la Police Iran-''haine'' nous arrête. On
a beau essayer de parlementer, rien n'y fait, monsieur l'agent nous
oblige à faire demi-tour jusqu'à Kashan pour reprendre
une autre route, plus longue, en plein désert, plus empruntée
et plus petite donc plus dangereuse pour nous. Peut-être
qu'avec un bon billet il nous aurait laissé passer, mais nous
sommes absolument contre le fait d'alimenter le business de ces
fonctionnaires corrompus ! Comme il est HORS de question que nous
fassions demi-tour, nous attendons la première voiture qui
passe. Et c'est un producteur de pomme de Shiraz qui nous prend en
stop dans sa camionnette. Au bout de 80 km, la camionnette de son
oncle tombe en panne d'essence. Le voilà qui se met sur le
bord de la route en tournoyant un bout de tuyau plastique et un bidon
au passage de chaque véhicule. Ce langage gestuel veut
simplement dire : « Voudriez-vous bien vous arrêter
s'il vous plait, que je vous siphonne un peu d'essence? ».
Il faut attendre un automobiliste gentil (ça c'est assez
facile) mais surtout c'est de l'essence qu'il nous faut. Attendre
en plein soleil au milieu de nulle part un hypothétique
sauveur, est pour nous une situation à la fois inquiétante
et amusante. Finalement, on arrive à Esfahan en milieu d'après
midi. Notre chauffeur s'arrête pour nous laisser au bord d'un
parc en nous donnant rendez-vous chez lui à Shiraz.
Esfahan (Ispahan en français) est à première vue une ville incroyablement agréable pour nous. Le rêve du cycliste : des voies piétonnes tout le long de la rivière, des grands parcs, verdoyants, une pelouse qui nous donne envie de camper, des robinets d'eau et des prises électriques qui ont remplacé les cabines téléphoniques (et oui, vu que maintenant tout le monde a un portable greffé à l'oreille). Le problème est que sur tous ces beaux parcs, le campement est interdit. On nous propose un jardin un peu spécial à Ispahan, un grand parc où les voyageurs comme nous peuvent poser la tente lorsqu'ils passent par ici. Nous allons dans ce fameux parc Hadir et la Police (deuxième fois de la journée) commence à nous chercher les ennuis. Ils insistent pour que l'on monte la tente juste à coté de leur officine, c'est à dire près du carrefour, à l'entrée du parking, sur le bitume, sous les lampadaires, à coté des toilettes, à l'entrée du parc. Bref l'endroit le plus tranquille. Dans ce premier combat de têtes de mules, nous avons gagné en leur montrant que notre tente ne tient pas debout si on ne plante pas les sardines dans la terre. Cet argument choc nous a permis de camper 30 mètres plus loin sur l'herbe du parc.
Mercredi 24 septembre (25 km)
Mauvaise nuit dans le parc, du bruit
tout le temps, des klaxons, des alarmes de voitures et les policiers
qui faisaient joujou avec leur sirène. On décide de
partir à la recherche d'un hôtel pas cher. Le meilleurs
prix, c'est à l'hôtel SHAD, mais on va pas leur faire de
pub, vu le coup qu'ils nous ont fait. Bref, on pose nos bagages dans
l'hôtel et on part à la recherche du bureau pour la
prolongation des visas. D'après le plan que nous avons, ce n'est
pas la porte à côté et ça ferme bientôt.
Vaille que vaille, on tente le coup. On se couche sur nos vélos
et on fonce à travers le trafic, les pieds en avant. On passe
finalement des heures et des heures à chercher ce bureau qui
n'existe pas. On demande aux policiers, incapables de nous
aider. Quand nous demandons aux passants, il faut d'abord répondre
au questionnaire : « Hello, how are you? Where do you come
from ? What is your name ? Are you student ? What is your job ? Where
is your hotel ? What is your religion ? Do you like Isfahan ? Can I
help you ? » Et là, on dit que oui, on a besoin
d'aide pour trouver ce satané office, mais à chaque
fois la réponse est la même : « Sorry, I
don't no, welcome in Iran, have a good day in Isfahan ! Nice to meet
you ! »
Finalement, il est vraiment trop tard
pour chercher l'office, nous décidons de finir la journée
par une ballade dans la ville. Nous visitons des parcs très
agréables, la grande place Imam, son palais, ses mosquées
et nous nous perdons dans le grand bazar. Nous sentons bien que c'est
une ville très touristique. Il y a beaucoup d'hôtels, la
vie est plus chère, les café-Net sont biens équipés
et rapides et il n'y a qu'ici que nous avons trouvé des
commerçants qui parlent le français. Ce soir nous
téléphonons à notre contact Espérantiste local.
Elle nous rappellera plus tard à l'hôtel pour que l'on
organise une rencontre.
Sur la grande place Imam (la deuxième
plus grande au monde après la place Tien an Men), une mère
et sa fille nous invitent au resto. On accepte assez facilement
puisqu'elles sont très gentilles et que nous avons bien faim. Dans
ce fameux restaurant touristique d'Ispahan, nous nous retrouvons avec
la douzaine de copines de nos accompagnatrices. Elles nous font
déguster tout un lot de spécialités. Quand on
ressort du restaurant, on a le ventre qui traîne par terre et
on rencontre 3 touristes français. En discutant sur la place,
nous avons droit à de nouvelles invitations. Difficile de
refuser, on accepte gâteaux et pastèques jusqu'à
ce que nos estomacs frisent l'explosion. De retour à l'hôtel,
on dort mal car les réceptionnistes font la fête.
Jeudi 25 septembre (20 km)
Ce matin, nous commençons par la
demande de prolongation de visa, puis nous visitons Ispahan. Nous
rencontrons un Iranien qui parle un peu français. Il nous fait
visiter les mosquées, le bazar et tous les différents types
d'artisanat. C'est quelqu'un de très intéressant et
honnête. Il nous parle d'une grande manifestation qui doit
avoir lieu demain sur la place Imam et dans toutes les villes du
pays. En tant que musulman, il nous présente la manifestation
comme un appel à la paix entre Israël et la Palestine. Mais vu
les affiches qui sont en train d'être installées, on
s'attend plutôt à autre chose : Down with USA, down with
Israel. Il y a des grandes affiches où l'on voit Israël
représenté par une tête de mort qui mange la
Mecque. Il souhaite de tout coeur que la paix s'établisse
là-bas, mais il nous informe que demain, il ne préfère
pas venir à la manif. Sauf si l'on y va, il pense préférable
de nous y accompagner.
De retour à l'hôtel, notre
amie Espérantiste nous appelle pour nous signaler que nous pouvons
aller chez elle et que nous sommes les bienvenus. Le réceptionniste
prend l'adresse exacte et l'écrit en farsi pour nous aider à
trouver. Nous chargeons les vélos et au moment de partir, un
vilain petit policier myope comme une taupe, mais quand même
équipé d'une mitraillette, nous demande de le suivre au
poste de police du carrefour. S'en suit un interrogatoire d'une heure
pour connaître le nom exact de notre amie. Le policier que l'on
a en face ne rigole pas beaucoup car il en va de notre sécurité.
Il doit contrôler toutes les relations entre touristes et
Iraniens car ces derniers peuvent être très dangereux.
Il nous informe aussi que les Iraniens n'ont pas le droit d'héberger
des étrangers (ce qui est faux). Le pauvre
vieux, s'il savait le nombre de touristes qui se retrouvent invités
chez des habitants, il serait fou. Toujours est-il que dans ce cas
précis, même dans le cadre restreint de rencontres entre
adhérents à l'association internationale d'Espéranto,
ça lui pose problème. Nous finirons donc par retourner
au parc Ghadir en prenant soin de nous cacher pour rentrer dans le
parc, éviter à tout prix le poste de police à
l'entrée et monter notre tente le plus loin possible d'eux
afin de dormir tranquille.
Cédric : « Seulement une fois la tente montée, lorsque nous étions prêts à aller au lit, je suis passé devant le nez des policiers. Hello mister, me disent-ils en me reconnaissant tout de suite. Ca n'a pas loupé, l'un deux (un autre à la mitraillette) m'a suivi jusqu'à la tente et m'a demandé de tout ranger pour nous installer à coté de leur office. D'un air complètement désolé, je lui ai chuchoté qu'Alice avait très mal à la tête et que je ne pouvais pas la réveiller. Le pauvre gars n'a pas pu insister et dans la tente, nous nous sommes écroulés de rire ».
Vendredi 26 septembre (25 km)
Pliage rapide de la tente et petit
déjeuner sur l'herbe, à l'ombre, loin dans le parc. Une
journée qui aurait pu commencer à merveille si ces
satanés policiers voulaient bien nous foutre la paix. Au loin,
nous les voyons passer de tente en tente, rentrer dedans et balancer
des affaires dehors. Apparemment, ils ne sont pas de bon poil ce
matin. Nous avons essayé de disparaître dans le
feuillage, mais ils nous ont vu et n'avaient pas du tout envie de
jouer car selon eux, il y a des assassins dans le parc. Ils nous
saoulent tellement qu'on fini par craquer et pour bien les faire
ch... Nous nous réinstallons devant l'entrée de leur
office. Maintenant, nous sommes trop prêts, on les gêne
pour regarder la télé et jouer aux dominos. Nous
réussissons à négocier un emplacement sur
l'herbe et à l'ombre à une trentaine de mètres
d'eux. Finalement, nous montons la tente et laissons nos bagages sous
la surveillance de nos cowboys, puis nous allons assister à
cette fameuse messe spéciale pour la paix. IM-PRES-SION-NANT
!!!! La deuxième plus grande place au monde est pleine de
fidèles. Dans les hauts parleurs, des imams crient leurs
messages. Il y a des télévisions, des journalistes, des
policiers en uniforme et énormément de policiers en
civil. Avec nos têtes de touristes, nous sommes très
vite remarqués et évidemment, tout le monde se jette
sur nous, pour une photo ou une question du genre, « Êtes
vous journalistes ?, Pourquoi êtes vous ici ? Êtes vous d'accord
avec la manifestation ? » Si on est d'accord ? Bien sûr
que non, mais on ne peut pas le dire comme ça, alors nous
répondons que nous sommes pour la paix. La réponse à
l'air de leur convenir, reste à savoir quelle est leur
définition de la paix. Vu les affiches et ce qu'elles
expriment, « Israël tue nos frères Palestiniens ! Ils tuent des enfants ! Israël et les américains, sont
l'incarnation du diable !!! », Ils sont encore au stade du
désir de vengeance et loin d'une envie de paix. En diabolisant
les juifs et les américains, les organisateurs de la
manifestation font un bourrage de crâne maximum pour faire
grandir la haine et la violence dans le coeur des gens. Remarquez
qu'en France, les Arabes des banlieues sont aussi largement
diabolisés, il suffit de regarder le journal télévisé
pour constater qu'à l'origine de chaque agression, accident,
meurtre, il y a toujours un ou plusieurs ''magrébins''. Et
comme disait Chirac, ''je ne vous parle pas non plus du bruit et de
l'odeur''. Revenons la manif, un jeune homme nous suit depuis le
début, nous n'y faisons absolument pas confiance. Impossible
par exemple de sortir l'appareil photo. On ne peut rien faire, alors
nous essayons de fuir comme des touristes à la recherche de
quelque chose à visiter un jour férié où
tout est fermé. Le jeune homme nous suit encore, nous
préférons quitter la place et nous perdre dans le
bazar. Lorsque l'on revient, la messe est dite et tous les gens que
l'on croise ont des regards de tueurs. Nous visitons une exposition
photo horrible sur les horreurs de la guerre où l'on voit des
enfants morts, du sang, de l'humiliation, de la haine. Des dessins
caricaturaux montrent Israël et les USA comme les seuls responsables
de cette horreur. En fait, ce n'était absolument pas une
manifestation pacifique, c'est un véritable appel à la
violence, à la guerre !!! Le pire est de constater que dans ce
pays la religion est utilisée pour maîtriser le peuple.
La religion est imposée et la foi de tous ces gens par
ailleurs sympathiques est utilisée pour leur faire accepter
n'importe quoi comme s'engager dans une guerre idiote qui ne servira
rien d'autre que leur leaders et leurs désirs de domination,
de pétrole, ou leur simple folie meurtrière. Dans ces
moments, nous imaginons le pire et nous pensons à tous ces
Iraniens honnêtes, instruits, les plus gentils au monde, qui
souffrent non seulement de la dictature Islamique, mais qui en plus
seront les premiers à subir les conséquences d'une
guerre.
Bref, un peu refroidit par ce que nous avons vu, nous nous offrons un après-midi détente sur internet
Samedi 27 septembre (30km)
Enfin nous pouvons récupérer
nos passeports avec la prolongation de visas. Nous prévoyons
de repartir demain vers Yazd à vélo. Pour cela, nous
avons le choix entre 2 routes. Une voie principale au Nord et une
route plus tranquille au Sud. Après vérification auprès
de plusieurs personnes, la route au Sud n'est pas entièrement
goudronnée et les villages indiqués sur notre carte ne
sont pas tous fiables. Nous passons deux bonnes heures sur Internet,
et nous trouvons le moyen de communiquer par skype avec la famille de
Cédric.
Publié par alice.cedric à 12:51:11 dans Carnet de route | Commentaires (2) | Permaliens