Jeudi 02 octobre (90 km)
Malgré une petite nuit, nous
réussissons à partir de bonne heure. La chaleur vient
vite et aujourd'hui nous souffrons beaucoup de la pollution des
camions. Ca nous file un gros mal de gorge. Nous pédalons
presque tout le temps sur un faux plat montant, heureusement que l'on
a le vent dans le dos. Arrivée à Yazd à 11h, on
n'en peut plus. Nous sommes brulés, fatigués, affamés,
assoiffés. Nous cherchons de quoi manger, puis un jardin
public pour pouvoir nous reposer à l'ombre. Mais nous sommes
bloqués par le trafic intense, la route est complètement
bouchée, les trottoirs sont bondés ! il y a du monde
partout il est impossible d'avancer. En plus, Yazd est en plein
désert alors forcément, les jardins publics, ça
ne court pas les rues. Nous nous réfugions dans l'ombre d'un
bazar où nous ne restons pas longtemps vu l'ambiance étrange
qui y règne. Il y a un jeune garçon d'une douzaine
d'années qui est très violent, il frappe son père,
les commerçants, les autres enfants... Nous n'attendons pas
notre tour et nous préférons fuir ce lieu. Nous
trouvons l'hôtel Silk Road qui est très calme et pour
1,5 euros, nous pouvons passer la nuit au frais sur le toit. Nous
rencontrons Andréa et Martin ( www.silkroad-express.ch ), deux
Suisses qui voyagent aussi à vélo. Comme nous, ils ont
prévu de passer par Dubai. Leur visa étant bientôt
expiré, il vont se rendre à Bandar e abbas en bus ou en
train. Peut-être que nos chemins se recroiseront ...
Après un peu de repos et une
bonne douche, nous allons nous promener dans cette très
vieille ville. Nous nous perdons dans un labyrinthe de petites
ruelles et comme si les 90 kilomètres du matin ne suffisaient
pas, nous marchons des kilomètres pour retrouver l'hôtel.
Vendredi 03 octobre
Nuit agréablement calme sur le
toit de l'hôtel. Pas un bruit, pas un ronflement, pas une
messe, n'est venu perturber notre sommeil récupérateur.
Nous passons la matinée à flâner sur les
banquettes du jardin du Silk Road hôtel. L'après midi,
en allant visiter la ville, nous retrouvons Yah yah, un habitant de
Yazd rencontré la veille lorsque nous étions perdus
dans le labyrinthe de ruelle. Aujourd'hui, il prend le temps de nous
emmener dans tous les recoins magnifiques de la cité. Des
endroits que sans lui, nous n'aurions jamais pu trouver. Des toits
terrasses aux vues magnifiques, des vieux bazars et des ruelles dans
la pénombre, les tours réfrigérantes (ancêtres
des climatiseurs polluants), des vieux bains publics, et même
une chambre d'hôtel pour nuit de noces. C'est une très
belle suite nommée « Adan et Eve » avec
de belles peintures au mur et un plafond entièrement peint.
Les marches qui mènent à la chambre des jeunes mariés
sont d'une hauteur incroyables (au moins 40cm), puis dans la petite
chambre, pudeur musulmane oblige, deux petits lits.
Ensuite nous visitons le musée de l'eau, un bien très précieux dans le désert. Nous découvrons que pour bénéficier d'eau fraîche en plein milieu du désert, les anciens ont creusé des dizaines et des dizaines de puits depuis les montagnes environnantes, ensuite, au fond des trous, ils ont creusé des canaux souterrains afin d'acheminer l'eau fraîche jusqu'en ville.
Samedi 4, dimanche 5, lundi 6 et Mardi
7 octobre.
Nous flânons dans l'hôtel.
NE RIEN FAIRE !!! Comme c'est bon !!! Nous passons des heures à
discuter avec d'autres voyageurs comme Belinda et Patrick, les deux
Australiens en moto, il y a aussi la famille Zegrodzki qui voyage en
bus et train avec deux énormes valises de cours pour les
enfants. Nous retrouvons aussi la famille rencontrée en
Turquie, qui voyage dans leur célèbre camion renommé
Baobab. Le couple d'allemands de Munich, Gertie et Milos qui voyagent
aussi en train et bus.
Cédric : « Alice a une dent douloureuse depuis une semaine. On ne sait pas vraiment ce que valent les dentistes iraniens, alors nous appelons l'assurance pour savoir. Les démarches sont assez compliquées alors Ali le gérant de l'hôtel, nous emmène dans une clinique. Pour 1,50 euro la consultation et 2 euros la radiographie de la dent douloureuse, on se passera de l'assurance. C'est une expérience assez intéressante pour moi mais moins pour Alice. Dans le cabinet de dentiste il y a 4 fauteuils de consultation, deux dentistes plus un troisième en congé qui vient taper dans le dos de ses collègues en pleine consultation. Il y a aussi 3 jeunes assistantes. Comme le dentiste qui s'occupe d'Alice ne voit rien, il décide de prendre une radio de la dent probablement fêlée. Les trois spécialistes se penchent au dessus de la bouche d'Alice et débattent, que vont-ils y faire, une piqûre, arracher la dent ? Rien de tout cela ! Le dentiste prescrit un simple dentifrice ».
Pendant notre séjour à
Yazd, nous découvrons aussi un sport national très
étrange. Moitié religieux, moitié danse, ce
sport se joue dans une petite arène, sous un dôme
ressemblant à celui d'une mosquée. Les sportifs ont
entre 8 et 65 ans, pèsent entre 20 et 150 kilos. Ils
s'installent en cercle et l'un d'eux se met au milieu pour guider les
autres. Sur une estrade, 2 musiciens équipés de
Djembés, ont un coran ouvert sous les yeux. Ces derniers
commencent à réciter ce qui ressemble à des
versets du Coran puis l'un d'eux se met à chanter et à
taper sur son instrument. Les sportifs se mettent aussitôt en
mouvement. Ils commencent par effectuer des pompes et des mouvements
du cou et du derrière en rythme avec la musique, puis ils se
mettent debout et s'échauffent tous les muscles et
articulations toujours en musique. Lorsqu'ils sont bien chauds, la
musique s'accélère et ils se mettent à tourner
sur eux même très vite très vite, les uns après
les autres. Ensuite ils font tourner autour de leur tête de
grosse masses en bois. A la fin de la séance, il sont
complètement en transe, certains tournent, pendant que
d'autres se roulent par terre et d'autres agitent au dessus de leur
tête, des espèces d'énormes arcs en acier avec
des dizaines de disques métalliques accrochés au cable.
Zoom sur Ali, le gérant du Silk Road Hôtel :
En faisant halte à Yazd, nous avons rencontré Ali, un gérant d'hôtel particulièrement sympathique. Il nous explique qu'en Iran, l'agriculture Biologique n'existe pas et que la situation sanitaire est absolument catastrophique. Aucune réglementation n'est appliquée et on explose les doses d'hormones au sein des élevages industriels de volailles. On utilise sans aucune protection des produits chimiques extrêmement dangereux et probablement interdits maintenant en Occident. Lui et sa famille sont propriétaires d'une exploitation agricole. Son oncle qui travaille, ou plutôt travaillait en serre, utilisait les pesticides à foison. Aujourd'hui, il est atteint d'un très grave cancer dont l'origine est connue car ce n'est pas un cas isolé. De nombreux paysans souffrent des mêmes maux.
L'utilisation de certains produits chimiques a augmenté en même temps que la résistance des ravageurs et le nombre de cancers. Aujourd'hui certaines cultures sont tellement traitées que les fruits ne sont mêmes plus comestibles.
Depuis 3 ans, Ali est CONVAINCU qu'il est nécessaire de changer les modes de production. Il veut stopper le plus rapidement possible l'utilisation de tous les pesticides dans son exploitation familiale et la convertir à l'agriculture biologique. Il recherche quelqu'un pour faire de la pédagogie auprès des paysans et présenter des moyens de lutte biologique contre les maladies et ravageurs (prédateurs, pièges).
Malheureusement, nous vérifions ses dires lorsque nous reprenons la route vers le Sud. Nous pédalons d'abord à proximité d'une zone maraîchère où des ouvriers passent entre les rangs de légumes, la tête dans un nuage toxique, la pompe à traiter dans le dos et aucun équipement de sécurité. Leur tenue de travail se résume à un tee-shirt, un pantalon et des sandales.
Quelques kilomètres plus loin, nous passons dans une grande zone de culture de pistaches. Dans de nombreuses parcelles, l'herbe a été empoisonnée à grand renfort de glyphosate. Vive le Roundup ! Vive les pistaches ! Vive Monsanto !!!